Marseille: Les Marseillais s’interrogent sur les fermetures de plage, la mairie veut des «bravos»

BAIGNADE EN EAUX TROUBLES Depuis le début de la saison estivale, une quinzaine de plages ont fermé à Marseille à cause de la mauvaise qualité d’eau de baignade

Adrien Max

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La plage du Prophète à Marseille est celle où la baignade a été interdite le plus de jours depuis le début de la saison estivale.
La plage du Prophète à Marseille est celle où la baignade a été interdite le plus de jours depuis le début de la saison estivale. — ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
  • Depuis le 1er juin et le début de la saison estivale, le drapeau violet a été hissé quinze fois sur les plages de Marseille.
  • Les résultats des analyses de la plage du Prophète montrent des résultats similaires à l’émissaire de Cortiou, d’où les eaux usées de Marseille sortent.
  • Selon l’adjoint à l’hygiène, des mises en demeure ont été adressées.

« Chaque année ça va être la même zumba ? » « Vous voudriez pas plutôt la fermer par défaut et si jamais par hasard il se trouve que les analyses sont bonnes vous tweetez pour dire qu’exceptionnellement la plage est ouverte ? » Moins d’un mois après l’ouverture de la saison estivale à Marseille, les plages ferment déjà.

Monique Daubet, adjointe LR à l’hygiène ne comprend pas les critiques qu’essuie la ville après ces fermetures. « Les gens devraient nous dire bravo. Nous ne sommes pas obligés de procéder à ces analyses préventives quotidiennement, mais nous le faisons. Si nous nous contentions des analyses ponctuelles de l’ARS les gens pourraient se retrouver à se baigner dans une eau sale », préfère-t-elle souligner.

Sept jours de fermeture et 15 drapeaux violets hissés

Depuis le début de la saison balnéaire le 1er juin, soit 19 jours, les plages marseillaises ont connu 7 jours de fermetures pour 15 drapeaux violets hissés, interdisant la baignade, selon un décompte réalisé via le compte Twitter de la mairie. Les principales plages concernées sont celles de Borély, du Prado, de l’Huveaune, mais surtout celle du Prophète.

La situation de la plage du Prophète interpelle. Sur les 15 drapeaux violets hissés, 5 concernent directement celle du Prophète, encore fermée mercredi. A regarder de plus près les résultats d’analyses du 12 juin dernier, les relevés sont tout bonnement hallucinants. En matière d’Escherichia coli, les valeurs atteignent 15.199 UFC/100 ml quand elles doivent être inférieures ou égale à 100 UFC/100 ml pour être considérée comme eau de « bonne qualité ». Pour les entérocoques, les valeurs atteignent 5.918 UFC/100 ml, loin des 100 UFC/100 ml pour être considérée comme de l’eau de « bonne qualité ».

Les relevés des analyses des plages de Marseille le 12 juin 2019.
Les relevés des analyses des plages de Marseille le 12 juin 2019. - Site de la mairie de Marseille

Au Prophète, des valeurs de l’émissaire de Cortiou

« Les Escherichia coli et entérocoques sont des marqueurs de déjection humaine ou animale », explique Valérie Michotey, professeure d’écologie microbienne à l’institut méditerranéen d’océanologie d’Aix-Marseille université. Si quelqu’un venait à se baigner dans une eau comme celle des Prophètes du 12 juin dernier, il nagerait dans un bain de résidus de matières fécales.

« Des valeurs comprises entre 10.000 et 15.000, c’est ce que nous relevons à la sortie de l’émissaire de Cortiou [sortie des eaux usées et normalement traitées de Marseille] où la baignade est bien sûr interdite. Selon nos modélisations de courant, il n’est pas rare que l’eau soit portée vers les îles du Frioul, avant de revenir vers les plages, ce qui pourrait expliquer certaines pollutions. Mais les bactéries se dissolvent à la faveur des courants. Pour trouver de telles valeurs c’est qu’il s’est passé quelque chose », avance la scientifique.

Mises en demeure

Monique Daubet affirme connaître la cause de cette pollution : « Un particulier a vidangé sa piscine dans le réseau d’eau pluvial, ce qui a contaminé l’eau. Vous savez, avec une piscine non nettoyée, on peut atteindre ces chiffres. Une mise en demeure a été adressée à ce particulier. » Une seconde mise en demeure a également été envoyée à une entreprise qui a vidangé une réserve d’eau usée dans les eaux pluviales.

« C’est vrai que nous sommes partis sur un rythme élevé de fermetures mais ce ne sera pas la saga de l’été. Et si jamais une plage ferme, il en reste 20 autres, je rappelle que le taux d’accessibilité en de 97 % », avance Monique Daubet. De là à ce que les Marseillais disent « bravo » à la mairie…