Téléphone au volant, somnolence sur la route… Quels comportements dangereux ont prospéré depuis quinze ans?

SECURITE ROUTIERE Selon une étude d’Axa prévention, l’utilisation du téléphone portable apparaît comme le fléau le plus prégnant aujourd’hui

Delphine Bancaud

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L'utilisation du téléphone au volant a explosé depuis 15 ans.
L'utilisation du téléphone au volant a explosé depuis 15 ans. — CHAMUSSY/SIPA
  • Si 22 % des usagers de la route utilisaient leur smartphone (tous usages confondus) en 2006, 46 % le font en 2019.
  • Alors qu’en 2004, 24 % d’entre eux conduisaient sans s’arrêter pendant 4 ou 5 heures d’affilée, ils sont aujourd’hui 34 % à le faire.
  • L’usage des trottinettes électriques a aussi induit de nouveaux comportements dangereux, 61 % des usagers passant à côté d’un piéton à vive allure.

Bien sûr, en quinze ans, il y a eu d’énormes progrès technologiques sur les véhicules, un durcissement de la réglementation, ainsi qu’une multiplication des campagnes de communication sur la sécurité routière. Si leurs effets sont notables sur les comportements routiers, puisque le nombre de morts sur la route est passé de 5.530 en 2014 à 3.488 en 2018, ils n’ont pas permis d’éradiquer toutes les incartades des conducteurs, comme le souligne une étude* de l’association Axa prévention dévoilée ce mercredi.

Pire, certains comportements dangereux ont prospéré depuis quinze ans. Le téléphone est ainsi devenu un véritable fléau sur la route. « En 2006, 22 % des Français téléphonaient en conduisant, ils sont 46 % aujourd’hui. Et même 49 % si l’on prend la tranche des 18-24 ans. Et si 59 % des usagers de la route utilisaient leur smartphone (tous usages confondus) en 2018, 70 % le font en 2019 et même 83 % des 18-24 ans. La généralisation de la 4G en 2016, conjuguée à la volonté d’être relié au monde en permanence et de ne pas louper une information, expliquent ces comportements. Or, il faut rappeler que lorsque vous écrivez un SMS de deux lignes, vous n’êtes plus attentif à la route pendant 45 secondes et vous multipliez par 23 le risque d’avoir un accident. L’hyperconnexion est un mal qui tue », résume Eric Lemaire, président d’Axa prévention.

Peu vigilants face à la fatigue

Les gouvernements successifs n’ont cependant pas été inertes face à ce phénomène, rappelle le capitaine Cédric Roger, expert de la Sécurité routière de la gendarmerie nationale : « En 2003, a été décrétée l’interdiction de tenir en mains un téléphone sur la route et en 2015, les oreillettes et casques ont été proscrits. Par ailleurs, les contrôles se sont intensifiés, 800 infractions de ce type étant constatés par jour par la gendarmerie nationale », explique-t-il. Et si on cumule les contraventions émises par la gendarmerie nationale et par la police nationale en 2017, on arrive à 380.105 pour usage du téléphone au volant et à 23.281 pour utilisation des oreillettes, selon la Sécurité routière. « Et encore, ces chiffres sont relativement modérés, car les infractions sont difficiles à constater. Elles le sont par des gendarmes ou des policiers motards qui circulent dans des véhicules banalisés. Ce sera plus facile de le faire dans 12 à 18 mois avec le déploiement de nombreux  radars tourelles, qui permettent de voir mieux et de plus loin », explique Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la Sécurité routière.

Le temps n’a pas eu d’effet positif non plus sur la vigilance des conducteurs à l’égard de leur fatigue au volant. Alors qu’en 2004, 24 % d’entre eux conduisaient sans s’arrêter pendant 4 ou 5 heures d’affilée, aujourd’hui, ils sont 34 % à le faire. « La perception du danger à conduire fatigué est en baisse, alors qu’un accident sur trois sur l’autoroute est lié à l’endormissement au volant. Et la veille des grands départs, les Français dorment peu. Or, il faut rappeler que lorsqu’on est éveillé 17 heures d’affilée, c’est comme si l’on avait 0,5 g d’alcool par litre de sang », informe Eric Lemaire.

Le réflexe du « pas vu, pas pris » n’a pas périclité

D’autres réflexes plus fugaces ne se sont pas ou peu améliorés avec le temps. Ainsi, 71 % des conducteurs avouent passer au feu orange (ils étaient 73 % en 2004), 19 % franchir une ligne blanche pour doubler (versus 18 % en 2004), 41 % oublient d’utiliser leur clignotant (versus 48 % en 2004) et 22 % reconnaissent doubler par la droite sur l’autoroute (versus 19 % en 2004). « Les Français ont tendance à relativiser le danger lié à ces petites infractions, alors que doubler un véhicule sans mettre son clignotant peut être gravissime », souligne Eric Lemaire. « Lorsqu’un conducteur effectue un dépassement par la droite sur l’autoroute, il ne se rend pas compte des risques qu’il prend. Car une collision à 130 km/h équivaut à chuter du 3e étage d’un immeuble », complète le capitaine Cédric Roger.

Et en quinze ans, de nouveaux moyens de transport sont nés (trottinettes, monoroues, segway, vélos en libre-service), qui ont induit de nouveaux risques sur la route. « Avec la trottinette électrique, on assiste à un phénomène de jungle urbaine. En 2019, 36 % des Français considèrent les conducteurs de trottinettes comme les plus dangereux sur la route. D’ailleurs, 61 % des conducteurs de trottinettes reconnaissent frôler des piétons à vive allure, 41 % utiliser leur smartphone en roulant et 41 % transporter des passagers », constate Catherine Chazal, secrétaire générale d’Axa prévention. « Mais la réglementation qui sera mise en vigueur à la rentrée prochaine va permettre d’améliorer les choses, car la vitesse maximale autorisée en trottinette sera de 25 km/h et les conducteurs de ce type d’engin auront interdiction de les utiliser sur des trottoirs », estime Emmanuel Barbe.

 

*Étude Kantar TNS pour AXA Prévention, réalisée du 25 janvier au 14 février 2019 auprès d’un échantillon de 1.996 personnes représentatif de la population résidente en France métropolitaine âgée de 18 à 75 ans.