Marseille: «Ils m’ont rendu ma dignité», un programme novateur pour accompagner les jeunes des quartiers

INSERTION Le programme Impact jeunes insufflé dans trois quartiers des Bouches-du-Rhône a permis de toucher 800 jeunes, et d’en accompagner certains dans leur projet

Adrien Max

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Marseille le 16 janvier 2011 - La cité Bellevue felix pyat dans les quartiers nords de Marseille
Marseille le 16 janvier 2011 - La cité Bellevue felix pyat dans les quartiers nords de Marseille — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Les Apprentis d’Auteuil ont lancé le projet Impact Jeunes il y a deux ans afin d’aller à la rencontre des 13 – 30 ans de trois quartiers des Bouches-du-Rhône dans le but de les accompagner.
  • En deux ans, le programme a touché près de 800 personnes dans ces trois quartiers.

« Je faisais partie de ces jeunes de quartier qui ont toujours appris à se débrouiller seuls. Ça m’a amené pas mal d’ennuis et j’ai fait quelques années de prison Mais aujourd’hui, j’ai réussi à trouver un travail grâce à Impact jeunes. Je suis téléconseiller. Ils m’ont rendu ma dignité, ma fierté, maintenant ma mère est fière de moi », témoigne Haikle.

Ce jeune homme de 27 ans est originaire de Felix Pyat, un des plus pauvres quartiers de France, dans le IIIe arrondissement de Marseille. Il est suivi depuis le début de l’année par le programme Impact jeunes porté par les Apprentis d’Auteuil. Il vise à accompagner les personnes âgées de 13 à 30 ans de trois quartiers des Bouches-du-Rhône, à Tarascon et Marseille (Felix Pyat et Malpassé).

« Ce sont les jeunes qui nous disent leurs envies »

« Nous sommes sortis du cadre habituel pour ce projet. Ce sont les jeunes qui nous disent leurs envies, leurs projets, et nous essayons de les construire collectivement. Nous sommes sur des échelles très locales afin de percevoir les changements, et miser sur un pouvoir de contagion positive », détaille Nathalie Gatellier Vignalou, pilote du programme Impact jeunes.

« Le manque d’information dans nos cités est un gros problème. Les jeunes ne sont pas au courant des opportunités qui existent. Ce n’est pas une approche professionnelle mais plus personnelle, il y a un accompagnement psychologique, mon «booster» c’est comme ma sœur », détaille Haikle.

Booster, un métier d’avenir ?

Julie Landon, ingénieure chez Airbus, a quitté son poste pour devenir « booster » à la cité Malpassé en avril 2017, comme Lucile à Felix Pyat et Ismail à Tarascon. « Quand j’ai appris que j’allais faire du porte à porte au quartier, j’avais quelques appréhensions. Mais au final, j’ai un taux d’ouverture de 81 % et je rencontre aussi plein de gens qui vont bien », relate-t-elle. En deux ans, elle a su trouver des relais dans le quartier.

« Deux jeunes sont très suivis sur les réseaux sociaux, du coup je leur envoie des infos sur des forums, sur des actions et ils les transfèrent « les bons plans de Julie » », se réjouie-t-elle.

Un rôle essentiel au point que l’élue à la jeunesse des Bouches-du-Rhône, Danièle Brunet, souhaiterait que « le rôle des boosters devienne un vrai métier dans l’avenir ». « Ils vont toquer aux portes pour aller voir les jeunes qu’on ne veut pas voir d’habitude », estime-t-elle.

800 jeunes touchés en deux ans

Depuis la création du programme il y a deux ans, Impact jeunes a touché près de 800 jeunes, sur un objectif de 1.200, dont 200 ont obtenu un emploi. Près de 130 autres sans emploi, ni études, ni formation professionnelle, sont en «raccrochage professionnel», ce qui aurait permis de faire économiser 600.000 euros à la société, selon une étude de l’Ansa.

Près d’une centaine d’entreprises se sont engagées dans ce programme afin d’accompagner ces jeunes volontaires, et Bruno Galy, directeur des Apprentis d'Auteuil Paca, espère 200 entreprises à l’horizon 2020. Si les collectivités territoriales, par la voix de Danièle Brunet, ont promis des financements, Bruno Galy espère convaincre d’autres financeurs privés. Pour cela, ils organisent une grande soirée au Mucem le 25 juin afin de présenter leur programme aux professionnels.