«Gilets jaunes»: Des CRS ont-ils «gazé gratuitement» une terrasse de café à Toulouse?

FAKE OFF Une vidéo virale accuse les forces de l'ordre d'avoir projeté du gaz lacrymogène à la terrasse d'une brasserie toulousaine sans raison apparente lors de l'acte 31 des « gilets jaunes » 

Alexis Orsini

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Des « gilets jaunes » à Toulouse, le 1er juin 2019.
Des « gilets jaunes » à Toulouse, le 1er juin 2019. — Frederic Scheiber/SIPA
  • Samedi 15 juin, à Toulouse, l’acte 31 des « gilets jaunes » a donné lieu à de vives tensions entre manifestants et forces de l’ordre.
  • Une vidéo virale filmée ce jour-là accuse les CRS d’avoir « gazé gratuitement » une terrasse de brasserie.
  • 20 Minutes fait le point sur le déroulé des évènements.

A Toulouse, samedi 15 juin, l’acte 31 des « gilets jaunes » a été marqué par des tensions notables entre les forces de l’ordre et les manifestants. Et notamment par une intervention musclée à une terrasse de café, devenue virale grâce à la vidéo relayée par la page Facebook « Gilets Jaunes Infos », visionnée plus de 21.000 fois en seulement quelques jours.

« Scène HALLUCINANTE à Toulouse ! On [n'] a plus le droit de boire un coup après la manif ? Les FDO gazent la terrasse d’un bar et bousculent à tout-va. Mais ce n’est pas tout, ils ont également réussi à mettre le feu à la terrasse du bar avec les lacrymogènes tirés n’importe comment », s’insurge la légende du post. La séquence montre notamment les forces de l'ordre tenter d’extirper un « gilet jaune » présent sur la terrasse, avant de faire usage de leur gaz lacrymogène sur la foule réunie à proximité.

Un comportement également dénoncé par la page « Luttes invisibles » qui va jusqu’à affirmer : « ACTE 31 : LES CRS GAZENT GRATUITEMENT UNE TERRASSE DE CAFE A TOULOUSE ».

FAKE OFF

Ce passage isolé est tiré d’un direct réalisé par le vidéaste amateur Djemadine : on retrouve les mêmes images sur la vidéo ci-dessous, à partir de 3’50’10, lorsqu’il se met à courir vers la terrasse de l’établissement situé dans l’hypercentre de Toulouse, au moment de cette intervention musclée.

Les images filmées quelques minutes avant permettent en revanche de constater que les forces de l’ordre étaient en train de tirer des fumigènes dans la rue située face à la brasserie, avant d’investir sa terrasse.

Le vidéaste précise à 20 Minutes : « Ca s’est passé vers 17h30 [quelques heures après une intervention musclée dans un bar]. Je suivais le cortège depuis son départ, quelques heures plus tôt, et l’ambiance était assez semblable à l’acte 22. Dix minutes seulement après le départ, il y avait déjà des heurts, puisque les forces de l’ordre ont pris la banderole qui était en tête de cortège et ont commencé la dispersion. Toute la journée, il y a eu beaucoup d’utilisations de gaz lacrymo. »

« Les forces de l’ordre avaient aspergé la terrasse de la brasserie avec leur canon à eau quelques minutes avant leur intervention, ce qui avait déjà créé des tensions. L’établissement est souvent visé parce qu’il est situé juste à côté du métro Jean-Jaurès, mais aussi parce qu’il accueille souvent des “gilets jaunes” pour les protéger quand ils sont gazés, le temps que ça se calme – ou des street medics quand il y a des blessés », poursuit Djemadine.

« Pas d’insulte »

Un responsable de l’établissement indique à 20 Minutes : « Comme on se trouve au départ et à l’arrivée de la mobilisation, on est exposés, les forces de l’ordre gazent souvent la terrasse. Mais on accueille tout le monde, y compris les CRS lorsqu’ils veulent aller aux toilettes ou ont besoin de quelque chose, on ne fait pas de politique. »

Selon lui, le « gilet jaune » que les CRS tentent de tirer vers eux au début de la vidéo serait à l’origine de l’intervention : « Il leur a simplement dit : "Vous n’avez pas honte de gazer les gens ?", il n’a pas prononcé d’insulte, et ils sont rentrés sur la terrasse – alors qu’ils ne le font jamais. »

Le service d’information et de la communication de police nationale (Sicop) affirme pour sa part que les forces de l’ordre ont simplement suivi la procédure prévue dans le cadre d’une dispersion : « Les policiers ont fait plusieurs sommations, restées sans effet puisque les personnes sont restées au niveau de la terrasse – qui fait partie de l’espace public. »

« Comme certaines personnes restaient au contact, deux options étaient envisageables : soit l’usage de la force, soit le recours au gaz – c’est le deuxième choix qui a été retenu », conclut le Sicop.