Un panneau de la campagne contre le harcèlement des femmes dans le métro parisien, dévoilé le 9 novembre 2015.
Un panneau de la campagne contre le harcèlement des femmes dans le métro parisien, dévoilé le 9 novembre 2015. — RS

HARCELEMENT

Harcèlement sexuel: La multiplication des vidéos contribue-t-elle à une prise de conscience collective?

Alors qu’un homme vient d’être condamné ce lundi à huit mois de prison avec sursis pour s’être masturbé devant une passagère du métro l’ayant filmé, la multiplication des vidéos et des photos peuvent-elles permettre une meilleure prise de conscience du harcèlement ?

  • Un homme de 48 ans a été condamné ce lundi à huit mois de prison avec sursis pour s’être masturbé devant une femme dans le métro.
  • Cette dernière l’avait filmé et avait diffusé la vidéo sur Twitter.
  • La multiplication de ces photos et de ces vidéos peut-elle faire bouger les visions sur le harcèlement, encore souvent nié ?

Un homme de 48 ans a été condamné ce lundi à Paris à huit mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pour s’être masturbé devant une femme dans le métro. Cette dernière avait filmé la scène avant de publier la vidéo sur Twitter.

Ce n’est pas le premier cas de suspect de harcèlement filmé ou photographié par des victimes et partagé sur les réseaux sociaux. Depuis quelques années, « l'harceleur à la couronne » comme il est surnommé, un individu circulant dans les stations de métro parisiennes avec une couronne, une pancarte « Kiss me, I’m the king », fait l’objet de nombreux témoignages et photographies de la part de femmes qu’il aurait tenté d’embrasser. En août, une étudiante de 24 ans avait posté une vidéo de harceleurs de rue sur Facebook, faisant des centaines de millier de vues.

En finir avec le scepticisme

La démocratisation des outils de photos et de vidéos, aujourd’hui disponibles sur l’ensemble des téléphones mobiles, couplée au succès des réseaux sociaux, permet-elle de mieux rendre compte du harcèlement sexuel auprès du grand public ?

« La vidéo permet d’apporter un témoignage. Or, la multiplication de témoignages, quels qu’en soient les supports, est utile pour alerter et prévenir l’opinion publique », étaye Héloïse Duché, cofondatrice de StopHarcèlementDeRue. Pour elle, « l’émergence de vidéos où des victimes ont filmé leur agresseur est un signe d’une prise de conscience de l’inacceptable et permet d’augmenter le niveau d’intolérance à la violence masculine dans la société. »

Images chocs, paroles non crues

Pour Céline Piques, porte-parole d’Osez le féminisme, « deux ans après le mouvement #MeToo, les femmes continuent de parler. Mais comme parler ne suffit pas, vu qu’on met sans cesse en doute leur parole, les vidéos peuvent montrer des faits indéniables. »

Au-delà de présenter des faits, les images participent également à prendre conscience de la portée des actions dénoncées grâce à la force de l’impact visuel. « Les images ont toujours un aspect plus choc, qui permet de réveiller encore davantage les consciences. Les derniers événements (Weinstein, #Metoo, Baupin…) permettent d’éduquer les hommes, mais surtout les femmes à ne plus excuser des comportements qui étaient autrefois socialement tolérés », note Valérie Duez-Ruff, avocate au barreau de Paris.

Monsieur Tout-le-monde

L’utilisation d’images peut également faire la différence dans les consciences en démythifiant les harceleurs et en montrant que, loin d’être des individus à part et tranchant avec l’ordinaire, il s’agit bien souvent de personnes lambda. « Il est important de montrer que le harcèlement n’est pas l’apanage d’un type d’homme, d’une catégorie sociale, d’une ethnie, mais que c’est un comportement du quotidien et pratiqué par Monsieur Tout-le-monde », estime Céline Piques.

Sans compter que ces vidéos peuvent se révéler d’une grande aide pour la justice, comme le rappelle Safya Akorri, avocate au barreau de Paris : « L’usage de la vidéo/photo peut constituer un atout fondamental. Tout d’abord : là où, avant, les procès se résumaient à "parole contre parole", aujourd’hui, il est possible pour les femmes et usagères des transports publics de se constituer une preuve supplémentaire, quasiment infaillible : l’image. Parfois même avec le son. C’est un élément matériel qui permet de faire basculer un dossier en un rien de temps. »

Ne pas en faire une exigence ou une victoire

Mais pas question de célébrer cette nouvelle donnée, qui trouve vite ses limites pour la cofondatrice de StopHarcèlementDeRue : « Gardons-nous de penser qu’il faut voir pour croire, ou nous risquons d’exiger des femmes qu’elles disposent toutes des conditions nécessaires pour filmer leur agression. Si rendre publique la violence suffisait à l’arrêter, cela se saurait. »

Céline Piques, si elle salue le courage des femmes ayant réalisé ces vidéos, ne veut pas prendre le risque que cela devienne une obligation. Elle rappelle : « On ne peut pas les obliger à filmer leurs agressions. C’est une prise de risque supplémentaire qui peut engendrer de la violence et amplifier l’agression et ses conséquences. Et ne nous y trompons pas : filmer les harceleurs ne leur fera pas perdre leur sentiment d’impunité. C’est à la police et à la justice de travailler aussi en ce sens. »