Nantes: Elles passent le bac, après avoir lancé la première grève scolaire pour le climat

ENVIRONNEMENT Ambre Blanco et Louise Perret-Michaux passent le bac ce lundi, après une année perturbée par les manifestations lycéennes

Frédéric Brenon

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Ambre Blanco et Louise Perret-Michaux, à l'initiative de la première Marche lycéenne pour le climat, devant la place Royale, point de départ des manifestations.
Ambre Blanco et Louise Perret-Michaux, à l'initiative de la première Marche lycéenne pour le climat, devant la place Royale, point de départ des manifestations. — F.Brenon/20Minutes

Ce lundi, c’est le jour J pour des dizaines de milliers de candidats au baccalauréat. A Nantes, Louise Perret-Michaux et Ambre Blanco, en 1ère au lycée Jules-Verne, passeront les épreuves de français, puis celles de sciences dans quelques jours. Bonnes élèves, elles s’avouent « pas trop stressées », malgré des « révisions tardives » et une « année perturbée ». Il faut dire que les deux jeunes femmes, 16 et 17 ans, avaient plutôt la tête aux manifestations ces derniers mois. Celles de la grève scolaire pour le climat, qu’elles sont les premières (avec leur amie Nina Bureau) à avoir importée en France, le vendredi 8 février. Presque par hasard.

« On entend dire que les jeunes sont fainéants, on a prouvé le contraire »

« On voulait mobiliser dans notre lycée contre la réforme du bac et ça n’avait pas pris du tout. Un vrai échec. Dans le même temps, les grèves pour le climat, un sujet qui nous tient à cœur, se multipliaient à l’étranger. On s’est dit pourquoi pas réessayer de faire bouger les jeunes ? », raconte Louise. « On en a parlé autour de nous, on pensait qu’on allait être 20 dans la rue mais, en fait, on était plus de 100, poursuit Ambre. L’ambiance était déterminée et super positive, ça a convaincu d’autres gens. On a enchaîné comme ça tous les vendredis au départ de la place Royale. »

D’autres lycéens les imiteront un peu partout en France, une vraie « fierté ». « On entend souvent dire que les jeunes sont fainéants, pas engagés, qu’ils sont bloqués sur leur téléphone. On a prouvé le contraire. Greta Thurnberg a été le déclencheur de tout ça, on peut la remercier », analyse Ambre. « L’important ce n’était pas le nombre de manifestants, c’était que le message se répande, complète Louise. L’environnement, on en parle de plus en plus entre potes. Contrairement à ce que disent pas mal d’adultes, il y a déjà urgence pour la planète. Il faut agir maintenant. Ce décalage générationnel est assez affolant. »

« On a appris beaucoup de choses »

Malgré la proximité du bac, le temps libre des deux lycéennes était absorbé par la cause. « Il faut écrire des lettres, faire des pancartes, partager les visuels, contacter les gens et les relancer en permanence. » Leurs parents sont « compréhensifs », quelques profs les encouragent, pas tous. « Le père de Nina a été obligé d’écrire une lettre au proviseur pour expliquer nos absences, explique Louise. De toute façon, on ne se voyait plus renoncer. Mieux vaut sécher les cours que de regarder la catastrophe arriver. » « Sur le plan personnel, on aussi appris beaucoup de choses. On a fait des rencontres, on a échangé avec des élus, on a fait un discours au conseil départemental. Moi, ça a brisé ma timidité », ajoute Ambre.

Si, en raison des examens, les manifestations du vendredi ont cessé le 24 mai, les deux jeunes femmes, qui visent les concours de Sciences Po pour « devenir plus tard diplomates », espèrent relancer le mouvement à la rentrée prochaine. « Il le faut. Au niveau national, on n’a rien obtenu, ça craint », annoncent les deux lycéennes qui ont « hâte d’avoir le droit de voter ». « Aux Présidentielles 2022, on aura l’âge. On peut espérer que la génération climat s’exprimera. »