Immeubles effondrés à Marseille : «On va vérifier la moindre virgule», sept mois après le drame une charte du logement présentée au conseil municipal

LOGEMENT Plus de sept mois après le drame de la rue d’Aubagne, collectifs, mairie et préfecture semblent enfin être tombés d’accord sur une charte qui doit être votée ce lundi 

Adrien Max

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Le tribunal populaire organisé par des collectifs devant la mairie de Marseille.
Le tribunal populaire organisé par des collectifs devant la mairie de Marseille. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Une charte du relogement qui lie les collectifs citoyens, la ville et l’Etat doit être présentée devant le conseil municipal de Marseille ce lundi.
  • La préfecture a modifié le texte à la dernière minute mercredi, ce qui a provoqué la colère des collectifs et de nouvelles négociations.

« Plus personne ne peut supporter ce document ». C’est le sentiment qui prédomine au sein des collectifs de riverains, de la mairie et de la préfecture après plus de cinq mois d’âpres négociations pour une charte du relogement. Une charte que réclame notamment le collectif du 5 novembre depuis le drame de la rue d’Aubagne à Marseille, le 5 novembre 2018, qui a entraîné directement et indirectement l' évacuation de près de 3.000 personnes de leur logement.

A la veille du conseil municipal de la ville de Marseille, le collectif annonce enfin avoir trouvé un accord avec la mairie et l’Etat. Le texte devrait donc être soumis au vote ce lundi.

Des modifications unilatérales de dernière minute

Arlette Fructus, adjointe en charge du logement à la mairie, confirme : « Elle a été présentée en commission vendredi matin, elle sera donc bien soumise au vote lundi ». « Je suis très fière de voir que cette charte aboutit. C’est le travail de cinq mois d’un travail les uns avec les autres, qui couvre tous les champs de cette situation d’urgence, conséquence du drame de la rue d’Aubagne », se félicite-t-elle. Un soulagement pour Kevin Vacher, membre du collectif, même s’il prévient : « Nous vérifierons jusqu’à la moindre virgule ».

A quelques heures près, la charte aurait pu ne pas être signée faute d’un revirement de dernière minute. « On a reçu un mail mercredi midi avec des modifications sur la forme et sur le fond. On a dû tout revérifier, et beaucoup de points clés avaient été modifiés par le cabinet du préfet de région », se désole Kevin Vacher. Alors qu’elle menait les discussions depuis le début, Marie-Emmanuelle Assidon, ancienne préfète à l’égalité des chances a récemment nommé préfète pour les JO de 2024 ce qui a davantage compliqué les négociations. Le collectif a dû alerter le ministre du logement Julien Denormandie pour mettre la pression sur la préfecture, qui a finalement cédé.

Le silence de la métropole

Si de nombreuses modifications sont dénoncées par le collectif, trois cristallisaient les tensions. A commencer par le sort réservé aux personnes sans papiers délogées, alors que le collectif ne voulait « aucune différenciation en fonction du statut administratif des personnes », mais aussi la question de l’insalubrité. « La préfecture ne voulait prendre en charge que le relogement des personnes évacuées via un arrêté d’insalubrité permanents, alors que ca fait des années qu’aucun n’a été pris à Marseille », souligne le collectif.

Pour Arlette Fructus cette situation s’explique par des changements d’interlocuteur au sein de la préfecture : « Marie-Emmanuelle Assidon est partie et les personnes qui ont pris le relais n’avaient pas forcément les bonnes informations. Le préfet qui a relu le texte censé être définitif a voulu faire quelques réajustements. » Autre motif de satisfaction, la métropole, qui était restée en retrait de ces négociations, devrait se rapprocher des collectifs dans la semaine. « Nous n'avions pas les compétences du relogement pour les évacuations d'urgence. Nous allons nous rapprocher des collectifs pour organiser le relogement des personnes concernées par la rénovation de certains îlots d'habitation », explique la Métropole. 

Las de découvrir des modifications à la dernière minute, le collectif appelle à un grand rassemblement devant le conseil municipal de lundi afin que le texte soit voté.