Bac 2019: Que faire contre le syndrome de la page blanche pendant l'épreuve de philo?

EDUCATION Le stress, la peur de l’échec ou l’effet de surprise provoqué par certains sujets paralysent parfois les candidats

Delphine Bancaud

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Un élève qui s'apprête à composer dans un lycée de Nancy.
Un élève qui s'apprête à composer dans un lycée de Nancy. — POL EMILE/SIPA
  • Le syndrome de la page blanche, c’est une impression de trou noir, de ne plus rien savoir, une peur paralysante de l’échec.
  • Si les techniques de relaxation et exercices de pensées positives peuvent aider le candidat à aborder l’épreuve plus sereinement, un travail d’analyse de son sujet va lui permettre de regagner en confiance.
  • Et si les références de philosophes ne lui reviennent pas, d’autres références artistiques, littéraires, scientifiques, politiques peuvent lui permettre d’étayer sa pensée.

Ce lundi, dès 8 heures du matin, les élèves de Terminale ont rendez-vous avec leurs copies pour l’épreuve de philosophie du bac. Mais ce face-à-face n’est pas toujours serein et certains élèves seront confrontés au syndrome de la page blanche. Une impression de trou noir, de ne plus rien savoir, une peur paralysante de l’échec. « Certains candidats sont déstabilisés par des sujets auxquels ils ne s’attendaient pas. Car quelques jours avant le bac, ils ont consulté des articles leur prédisant les sujets qui tomberaient. Or, il est rare que ces prophéties soient exactes », explique Emmanuel-Juste Duits, auteur de Réussir la Philo au Bac*. « C’est un mal qui touche souvent les perfectionnistes, qui se mettent une telle pression face à la réussite qu’ils se bloquent le jour J », constate aussi Annie Reithmann, ex-professeur de philosophie et spécialiste des méthodes d’apprentissages.

Dans ces cas-là, certains se ferment comme des huîtres et attendent la fin de la première heure d’épreuve pour pouvoir quitter la salle en rendant copie blanche. Une erreur fatale, selon Ory Lipkowicz, professeur de philosophie : « L’épreuve de philosophie, c’est le moment de donner ce qui a été en gestation pendant l’année. C’est l’occasion d’éprouver les mots de Nietzsche : "deviens ce que tu es". Il ne faut pas la rater », s’enflamme-t-il.

« Il est impossible de ne rien avoir à dire sur un sujet de philo »

Si l’impression de panique domine, le candidat ne doit pas hésiter à s’octroyer quelques minutes pour faire discrètement un rapide exercice de relaxation, conseille Annie Reithmann : « Il faut s’étirer, boire un peu d’eau, fermer quelques minutes les yeux et se concentrer sur sa respiration en visualisant mentalement son corps. Ce qui va permettre de mettre à distance les émotions négatives, de se recentrer sur soi-même et de se réancrer dans le réel », insiste-t-elle. Erreur à éviter : se focaliser sur ses voisins qui ont commencé à noircir des pages, ou se répéter en boucle qu’on est en train de perdre du temps. « Il faut se rappeler que l’épreuve dure quatre heures, donc que ce n’est pas dramatique de perdre 30 minutes pour retrouver ses moyens », estime Emmanuel-Juste Duits.

Pour faire redescendre la pression, il est nécessaire d’oublier les autres quelque temps. Pour regagner un peu de confiance en soi, le candidat doit aussi s’efforcer d’avoir des pensées positives. « Il faut se dire :"J’ai travaillé toute l’année, j’ai les capacités intellectuelles de répondre à un sujet". Car il est impossible de ne rien avoir à dire sur un sujet de philo », estime Annie Reithmann.

Sauter sur le commentaire de texte, un réflexe fréquent en cas de panique

Trois sujets étant proposés aux candidats, l’erreur serait de les survoler en s’imaginant qu’on est incapable d’en traiter n’en serait-ce qu’un. Le fait de les relire plusieurs fois les rendra plus accessibles En cas d’angoisse de la page blanche, le réflexe le plus courant est de se jeter sur le commentaire de texte. Mais ce n’est pas forcément une bonne idée, selon Annie Reithmann : « Si on ne maîtrise pas vraiment la pensée de l’auteur, on peut faire de graves contresens, alors que la dissertation laisse plus de liberté. » « Les candidats ont tendance à croire que le commentaire est plus facile, car le texte offre un support rassurant. Mais c’est une fausse idée, car le risque de paraphraser le texte est réel. Alors qu’avec la dissertation, les examinateurs vont surtout évaluer la démarche intellectuelle, l’exercice de liberté critique, la manière dont un candidat va convaincre en enchaînant ses idées de manière cohérentes », complète Ory Lipkowicz, professeur de philosophie.

Et si le candidat hésite entre deux sujets, Ory Lipkowicz lui donne un conseil avisé : « Pour choisir son sujet, je recommande d’opter pour celui qui suscite instinctivement au candidat le maximum de plaisir intellectuel. Même s’il n’a pas l’impression d’avoir le plus de connaissances pour celui-là. Car le plaisir à débattre va stimuler la créativité du candidat ».

S’approprier le sujet en procédant pas à pas

Si le candidat a opté pour un sujet de dissertation, mais ne sait pas par quel bout le prendre, Annie Reithmann lui recommande d’agir avec méthode : « Pour que le sujet entre en résonance en soi, il faut d’abord analyser les termes les plus importants. Face à un sujet comme :"La raison s’oppose-t-elle aux préjugés ?", par exemple, il faut d’abord définir les notions de raison et de préjugés », explique-elle. Un avis partagé par Ory Lipkowicz : « Il faut tenter d’élargir le sujet en démarrant par l’analyse des notions abordées et jeter sur le brouillon à quoi ces mots nous renvoient. En opérant ainsi, par associations d’idées, l’élève va finir par trouver un fil conducteur », explique-t-il. Emmanuel-Juste Duits donne un exemple : « Si l’on tombe sur un sujet comme "La science peut-elle tenir lieu de sagesse ?" Il faut faire deux colonnes, « science » et « sagesse » et y noter les associations d’idées que procurent ces deux notions. Par exemple, sous le mot science, on va indiquer maths, physique, invention… Et sous le mot sagesse, art de vivre, harmonie, compréhension, humilité. Ce travail va permettre de dégager naturellement des oppositions entre ces deux notions, pour pouvoir organiser sa pensée ensuite », explique-t-il.

Et inutile de se focaliser sur les références philosophiques : « La mémoire vient si la pensée est active. Donc, en jetant de premières idées sur le papier, les références philosophiques vont s’imposer automatiquement », assure-t-elle. « Il ne s’agit pas d’étouffer sa réflexion par une doxographie. Le candidat peut aussi avoir de références artistiques, littéraires, scientifiques, politiques. Et s’il n’a pas de citation de philosophe en tête, il peut se contenter de résumer la pensée de l’auteur », ajoute Ory Lipkowicz. De multiples armes pour gagner la guerre, donc.

 

*La philosophie, méthode de travail pour réussir au lycée, éditions Créaxion, 4 euros.

*Emmanuel-Juste Duits, Réussir la Philo au Bac, 2019, 12 euros.