Paca: La ligne nouvelle Provence Côte d'Azur, un «scandale financier et écologique», dénoncent des collectifs et Sud-Rail

TRAIN Des associations écologistes et Sud-Rail Paca dénoncent un projet coûteux favorisant les métropoles au détriment du réseau de proximité.

Caroline Delabroy

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La ligne nouvelle Provence Côte d'Azur entend désaturer les nœuds ferroviaires de Marseille, Toulon et Nice. (Photo d'illustration)
La ligne nouvelle Provence Côte d'Azur entend désaturer les nœuds ferroviaires de Marseille, Toulon et Nice. (Photo d'illustration) — Fred Dufour afp.com
  • La concertation publique sur les deux premières phases de la Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur est ouverte jusqu’au 18 octobre.
  • Si les aménagements en surface et la modernisation du système de navigation des trains ne semblent pas poser question, la construction d’une gare souterraine à Marseille rencontre l’opposition de plusieurs collectifs.
  • La nouvelle ligne ne serait opérationnelle qu’à l’horizon 2060.

Alors que la loi Mobilités est en cours d’examen, SNCF Réseau vient de lancer la concertation publique sur les phases 1 et 2 de la « Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur », projet relancé par ladite loi. Le calendrier fait quelque peu tiquer Didier Cade, président du collectif « Stop LGV Sud Sainte Baume » qui, avec d’autres collectifs, s’étonne : « Pourquoi avoir inscrit l’amélioration de l’existant dans le projet global de la LGV ? » Et de poursuivre : « L’amélioration de la gare de Marseille en surface et la modernisation du système de navigation des trains, prévues en phase 1, c’est ce qu’on demande depuis le début, et c’est ce qui est déjà inscrit au contrat Etat-Région. Cela permet de faire circuler plus de trains sur une même ligne, et d’augmenter ainsi le cadencement. »

Là où les choses se corsent, c’est sur la seconde phase du projet soumis à concertation, à savoir la création d’une gare souterraine à Marseille. « Le sous-sol marseillais est pour le moins incertain, sans compter tous les camions que cela va mettre sur la route pour sortir les déblais, tout ça pour faire une gare souterraine traversante alors qu’il y a déjà La Blancarde qui pourrait être développée », dénonce Didier Cade. Sans compter le tracé «catastrophique» choisi pour relier Marseille à Toulon, qui selon lui va rendre impossible le fret sur cette voie. « C’est un projet axé sur la grande vitesse des années 80, il faut sortir de là et envisager l’avenir autrement, tranche-t-il. Sur le transport de village en village, c’est le TER qui est efficace pour lutter contre la pollution, par la LGV. »

« C’est fait plus pour les touristes que les habitants de Paca »

Mobilisé aux côtés des associations écologistes, le syndicat cheminot Sud-Rail pointe aussi l’impact financier. « Ce nouveau projet ne sera pleinement opérationnel qu’à l’horizon 2060, pour un coût prévisionnel qui atteint plus de 25 milliards d’euros, détaille Frédéric Michel, secrétaire régional de Sud-Rail Paca ». « Tout le financement qui ira dans cette ligne nouvelle n’ira pas dans l’existant, si on fait un rapport coût/service rendu, c’est une pure catastrophe », juge-t-il. Et d’enfoncer un peu plus le clou : « Cette ligne n’est pas pensée en termes de réseau pour permettre une desserte fine de proximité, elle est sur du flux européen et favorise les métropoles et le littoral déjà saturé. C’est fait plus pour les touristes que les habitants de Paca. »

Tout à chacun a jusqu’au 18 octobre pour faire part de ses remarques dans le cadre de la concertation publique. « Toutes les questions sont ouvertes, il n’y a pas de tabou, c’est l’intérêt de la chose », rappelle-t-on à SNCF Réseau. Reste que « l’objet de la concertation n’est pas de décider mais de recueillir l’avis du public afin de le présenter au gouvernement, qui déterminera ensuite le périmètre de l’enquête publique ». Une enquête qui pourrait aboutir à un début des travaux de la phase 1 à partir de 2023.