«Gilets jaunes»: L'action des policiers pendant les manifestations contrôlée par les «bœuf-carottes»

ENQUETE La police des polices a été chargée en 2018 de 265 dossiers judiciaires concernant des faits commis durant les manifestations des «gilets jaunes»

Thibaut Chevillard

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La cheffe de l''IGPN, Brigitte Jullien, présente le rapport 2018 de la police des polices
La cheffe de l''IGPN, Brigitte Jullien, présente le rapport 2018 de la police des polices — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • L’IGPN (Inspection générale de la police des polices) a présenté ce jeudi son rapport annuel.
  • Les « bœuf-carottes » mènent 265 enquêtes judiciaires liées aux manifestations des « gilets jaunes » en 2018.
  • Au moins huit informations judiciaires ont été ouvertes.
  • Le rapport pointe notamment l’augmentation de l’usage du LBD (lanceurs de balles de défenses) et des grenades de désencerclements par les policiers l’année dernière.

Une année 2018 « largement impactée » par les manifestations des « gilets jaunes ». Depuis bientôt 31 semaines, heurts entre policiers et manifestants occupent pleinement les 104 enquêteurs de l’ IGPN (Inspection générale de la police nationale) déployés partout sur le territoire. Pour la seule période du 17 novembre au 31 décembre 2018, les « bœuf-carottes » comme ils sont surnommés ont été saisis par les parquets de 265 enquêtes. Des dossiers concernant notamment des blessures causées par les armes de défense intermédiaire. Pour ce service chargé du contrôle des différentes directions de la maison police, la situation est inédite.

Ces enquêtes sont « compliquées » à mener, remarque la cheffe de l’IGPN, Brigitte Jullien, lors d’une conférence de presse ce jeudi. Les enquêteurs doivent déterminer si l’usage de la force a été légitime et si la riposte apportée a été « proportionnée à l’attaque subie ». Mais « les personnes ne viennent pas déposer plainte immédiatement ». Or les vidéos des caméras de surveillances installées dans les rues ne sont conservées que 30 jours. Et les enquêteurs doivent souvent s’en passer. Ils sont alors obligés de dénicher des images des faits sur les réseaux sociaux, en comprendre le contexte, puis essayer d’identifier l’agent mis en cause au milieu de dizaines d’autres. L’entendre, organiser des reconstitutions.

Huit informations judiciaires ouverte

« Même pendant les manifestations contre la loi El Khomri, il n’y a pas eu autant de saisines », souligne l’inspectrice générale, Brigitte Jullien, précisant que 40 % de ces enquêtes (105), réalisées en toute « indépendance », ont été transmises à la justice après avoir été bouclées. « Les parquets ne nous informent pas des décisions qu’ils prennent ensuite », poursuit celle qui a pris la tête de ce service composé de quelque 295 agents en début d’année. Elle signale néanmoins qu’au moins huit informations judiciaires ouvertes.

Parmi ces dossiers, 113 concernent des blessés avec une ITT (Incapacité temporaire de travail) égale ou supérieure à 8 jours. Il faut dire que les policiers ont fait un usage très important des LBD (lanceurs de balles de défenses) ou des grenades à main de désencerclement lors de ces manifestations des « gilets jaunes ». Ce que de nombreux manifestants et militants dénoncent. Sur les 6.357 munitions de LBD tirés l’an passé, « plus du tiers » l’a effectivement été entre le 17 novembre au 31 décembre. En 2017, 5.420 munitions avaient été utilisées, soit 203 % moins.

Hausse de l’utilisation des grenades de désencerclement

Quant aux grenades de désencerclement, les policiers en ont utilisé 5.420 l’année dernière contre 1.367 en 2017. Soit une hausse de 296 % sur un an. Là encore, « 72 % du total des munitions » ont été tirés entre le 17 novembre et le 31 décembre 2018. Comment expliquer un tel usage ? Les policiers, analyse-t-elle, ont été confrontés à « des situations d’émeute », auxquelles ont participé des individus très virulents. « C’est un miracle qu’il n’y a pas eu de mort dans un camp ou dans l’autre », souffle à 20 Minutes une source proche du dossier.

Si elle « réfute le terme de violences policières », la patronne de l’IGPN est néanmoins consciente de la nécessité de mener une réflexion sur l’usage du LBD. « On n’y échappera pas, mais ce n’est pas le moment de le faire », assure Brigitte Jullien. « On est encore dans un moment de manifestations et de contestations qui ne permet pas à la police nationale de s’arrêter et de prendre du recul. Il faut absolument qu’on puisse le faire. Je pense qu’on participera à cette réflexion car nous avons éléments objectifs à apporter. »