Bac: L'épreuve de philo sera-t-elle perturbée par la grève de la surveillance?

EDUCATION Ce lundi démarre l’avant dernière édition du bac sous sa forme actuelle. Et elle risque d’être mouvementée

Delphine Bancaud

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Epreuve du bac de philo au lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg.
Epreuve du bac de philo au lycée Fustel de Coulanges de Strasbourg. — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Des syndicats d’enseignants ont appelé à une grève de la surveillance des épreuves du premier jour du bac, pour protester contre la réforme du lycée et du bac et réclamer une hausse de salaire.
  • Si des poches de grévistes pourraient se manifester dans les académies d’Aix-Marseille, Créteil, Lille, Toulouse et Montpellier, le ministère de l’Education ne croit pas à des perturbations majeures sur le territoire.
  • Des surveillants supplémentaires ont été prévus au cas où.

Même en période de forte tension sociale, les syndicats d’enseignants rechignent à déposer un préavis de grève au moment du bac, de peur de perturber leurs élèves. Mais cette année, la coupe est pleine et l’intersyndicale regroupant le Snes-FSU, premier syndicat chez les enseignants du secondaire, Sud-Éducation, la CGT et le Snalc ont appelé à la grève de la surveillance ce lundi, jour de l’épreuve de philosophie.

Et ce, pour protester contre la  réforme du lycée et du bac, pour réclamer une hausse de salaire et pour s’élever contre les lois sur la fonction publique et « Pour une école de la confiance ». Un appel auquel répondra Erwan, enseignant de l’académie de Rouen, qui est censé surveiller l’épreuve de philo lundi, mais ne le fera pas : « La seule solution pour protester contre la politique d’austérité du gouvernement en matière d’éducation et la réforme des lycées est de frapper fort. Et je sais déjà que beaucoup d’enseignants de mon lycée seront en grève », explique-t-il à 20 Minutes. « C’est la première fois depuis 2003 qu’un tel appel à la grève est déposé pour le début du bac, ce qui montre le niveau d’exaspération des enseignants », confirme Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU. « Ce jour de grève est lourd de sens et c’est le moyen d’action plus visible que nous ayons, puisque le ministre ne nous entend pas depuis des mois », surenchérit Marie-Hélène Piquemal, vice-présidente du Snalc.

« On ne croit pas du tout à un raz-de-marée de grévistes »

Les enseignants du secondaire n’ayant pas à se déclarer grévistes à l’avance, difficile de dire si le mouvement sera suivi ou pas. Au ministère, on ne croit pas à ce scénario : « Nous ne sommes pas particulièrement inquiets, car nous n’avons pas d’alerte importante remontant du terrain », a indiqué ce jeudi Jean-Marc Huart, directeur général de l’enseignement scolaire lors d’une conférence de presse. Idem pour Philippe Vincent, secrétaire général du Snpden-Unsa, principal syndicat des chefs d’établissement : « Des perturbations sont marginalement à prévoir dans des académies qui s’étaient déjà fortement mobilisées lors des précédents appels à la mobilisation, mais on ne croit pas du tout à un raz-de-marée de grévistes », indique-t-il à 20 Minutes.

Mais du côté des syndicats, on estime que la grève pourrait être suivie, notamment dans certaines académies : « Dans celle d’Aix-Marseille, Créteil, Lille, Toulouse et Montpellier, les remontées de terrain laissent penser que la mobilisation sera importante. D’ailleurs, je n’ai jamais vu un tel niveau de précautions de la part du ministère, ce qui prouve une certaine crainte du mouvement », explique Frédérique Rolet.

« On a doublé le nombre de notre réserve de remplaçants »

De fait, la rue de Grenelle n’a voulu prendre aucun risque et a pris des mesures particulières pour que les épreuves se déroulent bien, quel que soit le niveau de mobilisation des enseignants. « Pour parer à d’éventuelles absences, on a convoqué jusqu’à un tiers de surveillants supplémentaires dans les académies qui pourraient être les plus touchées par la grève », informe Jean-Marc Huart. Il peut s’agir « de professeurs qui n’étaient pas amenés à surveiller ce jour-là, et qui, finalement, sont invités à le faire, ou des membres du personnel d’un établissement. Il peut y avoir du recours à des vacataires. Illustration au lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis : « On a doublé le nombre de notre réserve de remplaçants » a indiqué à l’AFP Bruno Bobkiewicz, le proviseur.

« S’il y a beaucoup de grévistes, on pourra aussi mobiliser les collègues qui occupent les couloirs et mettre un prof au lieu de deux dans chaque salle », ajoute-t-il. Autre solution en cas de surveillants qui manqueront à l’appel : faire plancher les candidats dans des grandes salles plutôt que dans des petites, afin de faire appel à moins de surveillants. Autant d’options qui devraient permettre aux élèves de pouvoir composer tranquillement. Mais quoi qu’il en soit, le Snes-FSU ne désarmera pas et a d’ores et déjà prévu un rassemblement des enseignants grévistes au métro… « Rue du Bac ».