Grève des femmes: Après la Suisse, la France?

CONTINENT NOIR La Suisse va connaitre sa deuxième grande grève des femmes vendredi 14 juin. La France pourrait en connaitre une dans quelques mois

Rachel Garrat-Valcarcel

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La manifestation
La manifestation — AFP
  • Vendredi 14 juin, les femmes suisses sont appelées à faire grève pour leurs droits. La première avait eu lieu vingt-huit ans avant, jour pour jour.
  • Espagne, Pologne, Argentine, Québec ou encore Belgique ont connu de tels mouvements féministes, mais pas la France.
  • Un collectif tente de promouvoir l’idée d’une grève des femmes en France le 8 mars 2020.

La Suisse va vivre une journée pas banale, vendredi. Ce 14 juin, la Confédération va connaître ni plus ni moins qu’une grève des femmes. Et ce n’est pas la première : le 14 juin 1991, 500.000 femmes étaient descendues dans la rue, de Genève à Zurich (sur 3,3 millions de Suissesses), dix ans, jour pour jour, après l’inscription dans la constitution du pays de l’égalité entre les femmes et les hommes. Vingt ans, seulement, après l’obtention du droit de vote.

Ces dernières années ont été marquées aussi par des grèves féministes en Pologne, au moment de la remise en cause de l’interruption volontaire de grossesse, en Argentine contre les violences machistes. Les plus impressionnantes étant sans doute les « huelgas feministas » espagnoles qui ont fait descendre dans la rue plusieurs millions de femmes pour leurs droits.

50.000 manifestantes en novembre

En France, on n’y est pas. Au pays de Simone de Beauvoir et Monique Wittig, on en reste aux 50.000 manifestantes revendiquées par les organisatrices de « Nous toutes », le 24 novembre 2018. Peu, au regard de nos voisines. Mais « une très grande réussite dans le contexte français », estime Héloïse Ducher, militante féministe, fondatrice de Stop harcèlement de rue, et qui a justement participé à l’organisation de la manifestation « Nous toutes ».

« C’était une très belle mobilisation. Quand on a commencé, on était même pas sûres d’y arriver », précise-t-elle. En France, « le mouvement des femmes est moins fort, il y a moins d’associations avec pignon sur rue, mais il s’organise aussi d’autres manières », dit Héloïse Ducher. Elle donne l’exemple, toujours dans la sphère francophone, du Québec, qui a organisé, avec succès, une marche « Du pain et des roses » contre la pauvreté des femmes… en 1995.

Pas nouveau

Pourtant, les grèves des femmes, qui n’ont rien de nouveau en soit, la France en a connu. Mais il s’agissait de « journées de grèves ponctuelles dans les années 1970 », rappelle Héloïse Ducher. Plus récemment, les grèves symboliques du type « 7 novembre, 16h34 », qui dénoncent le fait que les femmes sont payées 25 % de moins que les hommes ont connu un succès d’estime assez important.

Surtout, un groupe nommé « On arrête toutes » se propose d’organiser une grève le 8 mars 2020, en France. Suzy Rojtman, qui espère que « la grève suisse va être un gros succès » et se dit « admirative » des millions de femmes espagnoles dans la rue, a déjà participé à plusieurs réunions d’organisation pour cette grève annoncée. Elle gère la page Facebook de l’évènement.

« Un outil pertinent »

« On est au début », reconnait-elle pudiquement : « On est conscientes des difficultés du mouvement social et des syndicats en France. On a les pieds sur terre. » Il n’en reste pas moins que pour Suzy Rojtman, la grève, c’est un bon outil. « Le 8 mars est une journée de lutte. Un mot d’ordre de grève s’inscrit très bien là-dedans. »

« C’est un outil très pertinent », pense aussi Héloïse Ducher. « C’est une très bonne initiative. Cela permet de faire ressortir le travail invisible des femmes. » C’est-à-dire : le travail domestique, bien sûr. Mais aussi toutes les injonctions, sur l’apparence par exemple, auxquelles elles doivent se plier. Or, « les injonctions, c’est du travail », dit la fondatrice de Stop harcèlement de rue.

Le fait que le 8 mars 2020 tombe un dimanche est d’ailleurs plutôt positif pour Suzy Rojtman, cela permettra de faire « plus qu’une grève du travail salariés ». Pour le partage des tâches ménagères, pour l’égalité salariale, l’augmentation des salaires des femmes (car le smicard est en fait une smicarde), la revalorisation des métiers dits féminins… les mots d’ordre promettent d’être larges. Sans doute à l’image de la situation « deuxième sexe » en France : un pays où, pour ne donner qu'un seul chiffre, tous les deux jours, une femme est tuée par son compagnon ou ex-compagnon.