Conseils de classe de fin d’année: Comment sont décidés les redoublements?

EDUCATION En cette période de conseils de classes, les enseignants doivent se prononcer sur le passage ou non des élèves au niveau supérieur

Delphine Bancaud

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Un collégien en Bretagne.
Un collégien en Bretagne. — MATHIEU PATTIER/SIPA
  • Même si les redoublements ont augmenté en 2018, ils demeurent rares.
  • Car leur efficacité ne fait pas consensus au sein de la communauté éducative.
  • Avant de proposer à un élève de redoubler, les équipes pédagogiques évaluent les ressorts de l’élève pour rebondir avec cette année de redite, sa capacité d’acceptation de cette perspective…

« Avis défavorable au passage en classe supérieure ». Alors que les conseils de classe de fin d’année ont lieu actuellement, certains élèves vont être confrontés à la perspective de repiquer une année. D’autant qu’un décret pris par Jean-Michel Blanquer en 2018 a élargi la possibilité d’avoir recours au redoublement, alors que Najat Vallaud-Belkacem, qui l’avait précédé rue de Grenelle, l’avait rendu exceptionnel.

Une disposition qui a fait évoluer la donne, à consulter une note statistique du ministère de l’Education nationale. Elle montre qu’à la rentrée 2018, les taux de redoublement sont repartis à la hausse pour tous les niveaux du collège (+0,8 % en 6e, +0,7 % pour les 5e, +0,6 % en 4e, +2,3 % en 3e) et au lycée, en seconde générale et technologique et en première (+0,6 % et +0,3 %).

Il est utilisé avec parcimonie

Pour autant, le recours au redoublement reste rare, comme le souligne Eric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE : « En 2009, 40 % des élèves de 15 ans avaient au moins redoublé une fois et en 2015, ils n’étaient plus que 22 % (contre 13 % dans la moyenne des pays de l’OCDE). Car plusieurs études ont montré que le redoublement n’était pas la méthode la plus efficace pour les élèves en difficulté. Il est stigmatisant et les élèves qui ont redoublé reproduisent souvent les difficultés qu’ils ont rencontrées l’année d’après ».

Un avis partagé par Philippe Vincent, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (Snpden) : « Il n’y a pas de consensus de la communauté éducative sur les effets du redoublement et il n’est proposé que dans le cas où les dispositifs d’accompagnement pédagogique n’ont pas permis de pallier les difficultés importantes d’apprentissage rencontrées par l’élève », indique-t-il.

« La plupart des redoublements portent sur les années de transition »

En pratique, en primaire, c’est le conseil des maîtres qui propose le redoublement d’un élève à ses parents, qui font connaître leur réponse sous quinze jours. À l’issue de ce délai, le conseil des maîtres arrête sa décision. Et les parents peuvent former un recours dans un délai de quinze jours auprès de la commission départementale d’appel. Au collège et au lycée, le redoublement est aussi proposé par le chef d’établissement, après avis du conseil de classe et discussion avec la famille. Là aussi, les parents ont un délai de trois jours ouvrables pour faire savoir au chef d’établissement s’ils acceptent cette décision ou s’ils décident de faire appel devant une commission d’appel. « Mais les familles sont de moins en moins nombreuses à aller en commission d’appel, car la discussion autour du redoublement est très discutée avec les parents en amont », constate Philippe Vincent.

« La plupart des redoublements portent sur les années de transition, à savoir la 3e, la 6e ou la seconde. Ils concernent des élèves qui ont accumulé des difficultés au cours des années. Et comme les enseignants sont tenus de suivre des programmes, ils ont du mal à prendre en compte les difficultés de leurs élèves au fur et à mesure », estime Eric Charbonnier. « Une partie des collégiens qui redoublent leur 3e le font aussi car ils refusent de s’orienter en filière professionnelle, comme leur a recommandé le conseil de classe, et souhaitent refaire une année pour entrer en seconde générale », observe Audrey Chanonat, principale d’un collège de La Rochelle. « Cette décision peut aussi être prise parce qu’un élève a connu un long arrêt maladie ou que sa scolarité a été perturbée par une grosse crise d’adolescence », explique Philippe Vincent.

Une décision mûrement réfléchie

Et parfois, les profs ne sont pas d’accord entre eux à l’idée de faire redoubler un élève : « Ça m’est arrivé que l’on passe 30 minutes à débattre sur un cas, car les avis sur la manière dont l’élève pourra rebondir en redoublant ne vont pas tous dans le même sens », témoigne Audrey Chanonat. « Je veille toujours à ce que les enseignants ne restent pas sur une impression de fin d’année, qui pourrait leur faire suggérer un redoublement alors qu’un élève a plutôt bien marché en début et en milieu d’année. Et parfois, un prof de maths propose le redoublement d’un élève parce qu’il a de mauvais résultats dans sa discipline, alors que dans les autres, il n’a pas de problèmes. Il faut avoir une vision générale de l’élève et ne pas s’attacher qu’à ses notes lorsqu’on envisage de le faire redoubler », estime Philippe Vincent.

Et toute proposition de redoublement ne se fait pas sans étudier le retentissement psychologique qu’il pourrait avoir sur l’élève : « Si l’on sait que l’élève va mal le vivre et qu’il ne travaillera pas, on ne lui proposera pas », indique Audrey Chanonat. Mais même avec ce travail fin sur chaque dossier scolaire, les équipes pédagogiques ne sont pas complètement sereines après avoir proposé un redoublement : « En redoublant, certains élèves se sont enfoncés dans les difficultés scolaires, mais d’autres se sont révélés. Nous n’avons jamais de certitude d’avoir pris la bonne décision », reconnaît Philippe Vincent