VIDEO. «Je ne lâcherai pas ce combat, je dois continuer malgré la pression», assure Latifa Ibn Ziaten

TEMOIGNAGE La mère de la première victime de Mohamed Merah se trouvait à Toulouse, au lendemain des actes de vandalisme dont elle a été victime à son domicile de Rouen

Beatrice Colin

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Latifa Ibn Ziaten, la mère de Imad Ibn Ziaten, le premier militaire victime des attaques perpétrées par Mohamed Merah.
Latifa Ibn Ziaten, la mère de Imad Ibn Ziaten, le premier militaire victime des attaques perpétrées par Mohamed Merah. — Erez Lichtfeld / SIPA

Sa visite à Toulouse, là où son fils Imad a perdu la vie sous les balles de Mohamed Merah, était prévue de longue date. Et Latifa Ibn Ziaten a tenu à la maintenir malgré les actes de vandalisme qui ont visé sa maison, la veille dans l’agglomération de Rouen.

Sur les murs, la mère de la première victime du tueur au scooter a découvert des tags menaçants et antisémites inscrits dans la nuit. « Je ne lâcherai pas ce combat c’est sûr et certain, je dois continuer malgré la pression », a-t-elle expliqué à la sortie d’un entretien avec le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc.

« J’ai été surprise parce que j’œuvre pour la paix, j’essaie d’aider cette jeunesse qui est perdue. Je sors d’un procès difficile et je vois chez moi "vive Merah", "on va t’avoir Latifa". Tout ça c’est choquant, a assuré cette mère courage qui a fondé l’Association Imad Ibn Ziaten pour la jeunesse et la paix. Je demande aux gens qui me soutiennent à continuer à m’aider, à me donner ce courage, je ne suis pas seule il y a beaucoup de monde derrière moi, et je n’ai pas peur de reculer. Aujourd’hui, les noms sont effacés, il n’y a plus rien, alors j’avance. »

Ce n’est pas la première fois que Latifa Ibn Ziaten est la cible d’attaques. Alors qu’elle se trouvait à Carcassonne pour intervenir auprès de jeunes, elle avait croisé la route de Radouane Lakdim. Celui qui perpétra quelques mois plus tard cinq assassinats dans la capitale audoise et à Trèbes avait alors dit : « Vous n’êtes pas musulmane. »

« Je n’ai pas peur »

Autant d’actes haineux qui ne la font pas faiblir. « Je n’ai pas peur, j’ai perdu un fils de 30 ans, un militaire qui servait la République, un fils que personne ne peut remplacer. J’ai perdu ma moitié et je la remplis avec l’aide que je peux apporter, en transmettant des valeurs, la tolérance, la laïcité, l’amour à toute cette jeunesse qui en a besoin aujourd’hui », poursuit-elle, trouvant « lâche » la personne qui préfère taguer sa maison que de venir échanger avec elle.

Un échange qu’elle continue à avoir, comme cet après-midi à Toulouse où elle devait rencontrer des jeunes dans une médiathèque du quartier toulousain de Bagatelle. « Elle aurait pu se replier, être aigrie, elle a ce courage d’aller au devant les jeunes, de faire de son malheur une occasion pour d’autres d’éviter des malheurs », a assuré à ses côtés le maire de Toulouse.

Une ville que son fils aimait et qui lui rendra hommage d'ici à la fin de l'année en inaugurant une allée à son nom, et à ceux des deux autres militaires tués par Merah, dans un jardin de l’ancienne caserne Niel, dans le quartier Saint-Agne.