C'est quoi cette histoire de «faux steaks» vendus aux démunis?

SCANDALE « 20 Minutes » fait le point sur l'affaire des « faux steaks » vendus à des associations caritatives

Jean-Loup Delmas

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Un steak, illustration
Un steak, illustration — Pixabay
  • 780 tonnes de steaks de mauvaise qualité ont été vendues à des organismes caritatifs en faveur des plus démunis.
  • « 20 Minutes » revient sur les questions que pose ce nouveau scandale.

780 tonnes de steaks de mauvaise qualité ont été vendues depuis juillet 2018 à des organismes caritatifs pour les plus démunis comme la Croix-Rouge, Les Restos du cœur, le Secours populaire ou les Banques alimentaires. Provenant de Pologne, la viande a été achetée dans le cadre d’un marché public de 5,2 millions d’euros, financé par le Fonds européen d’aide aux plus démunis. 1.500 tonnes ont été achetées, 780 livrées à une entreprise française, se servant d’une autre société française comme intermédiaire. C’est quoi exactement des « faux steaks » ? Comment est-il possible de frauder de la viande ? 20 Minutes fait le point sur cette affaire.

De « faux steaks », c’est quoi ?

Les steaks étaient « non-conformes » selon Loïc Tanguy, directeur de cabinet à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) : « Des analyses ont montré un excès de gras, alors que le steak prévu était à 15 % de matière grasse, et un rapport de collagène sur protéine, qui détermine la qualité de la viande, non-conforme ». En bref, il s’agit « de la viande qui n’était pas de bonne qualité, contenant du soja, de l’amidon et d’autres tissus ». Il précise cependant qu’il n’y avait pas de non-conformité sanitaire et que les steaks n’étaient d’aucun danger pour les personnes les ayant consommés, uniquement qu’il y avait tromperie sur le produit, étant de moins bonne qualité que ceux prévus. C’est d’ailleurs les remarques directes des associations mais aussi des bénéficiaires, interloqués par l’aspect et le goût de ces steaks, qui auraient alerté les services.

Bercy rappelle néanmoins qu’il n’y a aucun souci sur la provenance polonaise, qui a toujours été prévue dans le contrat. « Que le steak vienne de Pologne ou de France n’est pas la question, c’est sa composition qui pose problème », résume Loïc Tanguy.

Cela concernait-il toute la livraison de 780 tonnes ou uniquement quelques échantillons ?

S’il n’y a « pas moyen de savoir précisément combien représentent les steaks frauduleux sur la livraison totale », Bercy a révélé ce vendredi que sur les 42 échantillons prélevés à travers toute la France, contenant tous plusieurs steaks, aucun n’était conforme aux normes.

Quelle sera la suite de l’affaire ?

Les dirigeants des deux entreprises françaises concernées ont été auditionnés. Les investigations se poursuivent, notamment en Pologne, qui a été prévenue de l’affaire le 5 juin. Le réseau Food Fraud, qui gère ce genre de cas extra-national, a lui aussi été contacté. Les recherches se poursuivent également pour savoir s’il y a d’autres cas et s’il pourrait s’agir d’une tromperie en bande organisée. Les sanctions encourues par le négociateur présumé sont passibles de peine de prison pour tromperie : deux ans de prison ferme pour la personne physique, et jusqu’à 1,5 million d’euros pour la personne morale.

Y a-t-il de plus en plus de scandales de nourriture en France ?

Lancé à ce sujet, Loïc Tanguy répond : « Si de plus en plus d’affaires semblent sortir, c’est parce que nous avons une politique de la transparence », dans le but, dit-il, d’avertir à la fois les citoyens et de prévenir également les entreprises que ce genre d’affaires se savent et sont rapidement détectées par les services. En somme, il n’y aurait pas plus d’affaires qu’avant, elles seraient simplement davantage mises à jour et révélées au grand public.