VIDEO. Marseille: Les riverains opposés à l’installation de la première «salle de shoot» de la ville

REPORTAGE La future « salle de shoot » de Marseille suscite l’opposition des riverains, au point qu'une pétition contre ce projet prévu pour 2020 a été lancée

Raphaël Khayat

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Les habitants se mobilisent déjà contre l'ouverture du centre.
Les habitants se mobilisent déjà contre l'ouverture du centre. — Raphaël Khayat
  • Marseille vient d’annoncer l’ouverture de sa première « salle de shoot » pour 2020.
  • Située en plein centre-ville, dans le cinquième arrondissement, elle suscite une forte opposition.
  • Des riverains lancent une pétition pour faire annuler son ouverture.

Les habitants de la rue Saint-Pierre à Marseille n’ont plus qu’un seul sujet de conversation autour du café matinal. Ils l’ont appris jeudi dans la presse. En 2020 devrait s’ouvrir en bas de chez eux la première salle de consommation de drogue à moindre risque de la ville, aussi appelée «  salle de shoot ». Déjà installées à Paris et Strasbourg, elles offrent du matériel stérile aux malades et un accompagnement.

Dans le café de Véro, on lance le sujet explosif. Le projet est farouchement critiqué par les habitants du quartier. « C’est catastrophique, se répète en boucle la propriétaire. C’est catastrophique pour les habitants, pour les jeunes qui étudient pas loin, pour les enfants qui jouent au parc, pour les personnes âgées qui habitent le quartier, et c’est catastrophique pour les commerçants surtout ! » Fabrice, derrière le bar, la tempère avec humour : « Il faut juste s’adapter. Maintenant on va proposer le matin une formule petit-déj' avec café, croissant, jus d’orange et dose, le tout à 15 euros ! »

Le parc Fraissinet est situé à deux pas du lieu choisi.
Le parc Fraissinet est situé à deux pas du lieu choisi. - Raphaël Khayat

Une pétition pour abandonner le projet

Comme l’expliquent de nombreux riverains, le problème n’est pas le projet en lui-même, qui vise à aider ces personnes malades, mais son emplacement. « Il fallait seulement placer ça en dehors du centre-ville » affirme Fabrice. Pourtant, la mairie a bien justifié son choix : un lieu en centre-ville, bien desservi par les transports en commun, et surtout proche d’un complexe hospitalier. Résultat, la salle investirait les locaux de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille dédiés à l’hospitalisation à domicile, à l’angle de la rue Crillon.

« Padovani [l’adjoint au maire en charge du projet] n’avait qu’à la mettre en bas de chez lui, s’indigne Jenny, habitante investie du quartier. Moi, j’habite juste à côté. On a déjà des dealers dans le secteur, des clochards… Il ne manquait plus qu’une salle de shoot ! ». C’est elle qui vient de lancer une pétition  en ligne contre la mise en place du projet. « Dès lundi on ira faire du porte-à-porte. Les habitants n’ont même pas été concertés ! On va tous se mobiliser tant qu’on n’aura pas confirmation de son annulation ». 

Un projet controversé, même dans la majorité

Pour les parents du quartier, la proximité entre la « salle de shoot » et le parc pour enfants, situé à deux pas, est inquiétante. « Ça va devenir un parc pour les toxicos », s'inquiète un client du café de Véro. Sur place, peu de parents sont déjà au courant du projet. Et quand ils l’apprennent, ce n’est pas la joie qui transparaît sur leurs visages. « Tout dépend du but dans lequel c’est réalisé », s’interrogent Edith et Mélanie, venues avec leurs enfants. Elles saluent l’idée, mais trouvent la situation « bien compliquée ». 

 

Une inquiétude entendue et partagée jusque sur les bancs de la majorité par deux candidats potentiels ou déclarés à la mairie. Sur Twitter, la présidente du Conseil départemental et de la métropole d’Aix-Marseille Provence Martine Vassal s’est prononcée contre. De son côté, Bruno Gilles, maire honoraire des quatrième et cinquième arrondissements, appelle « au retrait immédiat du projet ». De là à penser qu'il s'agira d'un thème de campagne pour les municipales, il n'y a qu'un pas...