Débarquement du 6 juin 1944: «Quand j'ai vu les avions allemands, j'ai su que les Alliés avaient débarqué»

VOUS TEMOIGNEZ Pierre avait 10 ans en juin 1944. Il habitait dans l’Indre, à 450 km des côtes normandes, mais a su dès le matin du 6 juin que les Alliés avaient débarqué

Charlotte Murat

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Un avion allemand pendant la Seconde Guerre mondiale
Un avion allemand pendant la Seconde Guerre mondiale — Mary Evans/Sipa
  • Pierre avait 10 ans en juin 1944 et habitait dans l'Indre.
  • Le 6 juin 1944, en voyant de nombreux avions allemands voler vers l'ouest, il a su que que le débarquement avait commencé.
  • Il a suivi toute l'avancée des Alliés grâce à la radio.

Le 6 juin 1944 était un mardi. Pierre avait 10 ans et se rendait à l’école avec d’autres enfants de sa ville de La Châtre-L’Anglin, dans l’Indre. Tout le monde savait que les Alliés allaient débarquer un jour. Mais quand et où ? Tandis que le Mur de l’Atlantique présentait ses fortifications et ses mines de la frontière hispano-française à la Mer du Nord, les Alliés avaient mis en place un vaste plan de désinformation faisant croire à un débarquement en Norvège ou dans le Pas-de-Calais. « Je me souviens de ce jour comme si c’était hier, assure l’octogénaire. Il y avait un brouillard très épais. Lorsque nous sommes passés sur le pont qui engendre L’Anglin, des avions allemands ont surgi en rasant les arbres. Je ne peux pas dire combien il y en avait, mais ils étaient nombreux, les uns derrière les autres. Ils allaient vers l’ouest. On a pensé à un éventuel débarquement et qu’ils allaient renforcer les défenses sur les côtes. »

« Le débarquement des Américains, la fin de la guerre, on n’attendait que ça »

L’hypothèse des enfants leur est confirmée une fois arrivés à l’école. « On est tombé sur la cantinière qui nous a dit : « Les Américains ont débarqué en Normandie, mais il ne faut rien dire » Alors on n’en a pas parlé. A l’heure du déjeuner, elle nous a dit : « Les Américains ont été rejetés à la mer, mais ce n’est peut-être pas vrai. » Et effectivement c’était faux, c’était la propagande allemande. Vous savez, le débarquement des Américains, la fin de la guerre, on n’attendait que ça. Mais on ne s’est pas réjoui trop vite. Pendant quelques jours, on s’est demandé si les Allemands allaient résister. Mais moi, ce que j’attendais le plus, c’était le retour de mon père, prisonnier de guerre qui travaillait dans une ferme en Tchécoslovaquie. »

« On allait chez des voisins écouter Radio Londres »

La bataille de Normandie a duré une centaine de jours. A 450 km de là, Pierre et sa famille suivent les combats et l’avancée des Alliés à la radio. « Nous on n’avait pas de poste, alors on allait chez des voisins pour écouter la BBC et Radio Londres. Le jeune garçon d’alors ne se souvient pas d’une liesse particulière montant dans la population à mesure que les Alliés se rapprochaient de Paris. « Mais l’ambiance a quand même changé. Il y a eu tout à coup beaucoup plus de maquisards et surtout les règlements de compte ont commencé. Vous savez, des profiteurs de guerre, il y en a eu partout. » Paris est libéré le 5 août 1944. Ce même mois, les Allemands ont quitté la région de Pierre. Son père est rentré au pays en juin 1945. « C’était juste après l’armistice, mais le 8 mai 1945 m’a moins marqué que le 6 juin 1944. »