Pourquoi Jean-Michel Blanquer planche-t-il sur une énième réforme du brevet des collèges?

EDUCATION Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé, devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, une nouvelle révision du brevet

Delphine Bancaud

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Une épreuve du diplôme national du brevet à Montpellier 28/06/18.
Une épreuve du diplôme national du brevet à Montpellier 28/06/18. — Alain ROBERT/SIPA
  • Jean-Michel Blanquer prévoit cette nouvelle refonte du brevet pour 2021.
  • Une nouvelle réforme qui témoignage des atermoiements des ministres successifs sur le sujet, car le sens du brevet et son organisation donnent lieu à des impulsions politiques très diverses.
  • La communauté éducative est elle aussi partagée sur le poids à donner au contrôle continu, la nature des épreuves et l’utilité de ce diplôme.

Il a subi lifting sur lifting et ce n’est pas encore fini. Le brevet des collèges a été réformé en 2011, 2013, 2016 et en 2018. Et cela va continuer car le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, a annoncé ce lundi soir à la commission des Finances de l’Assemblée nationale un nouveau toilettage pour juin 2021. « Une évolution du brevet […] qui pourra prendre en compte [les] enjeux civiques et les idées du parcours de citoyenneté », a précisé le ministre.

Ce qui signifie que l’engagement des collégiens dans des associations ou des actions citoyennes pourrait être valorisé par une note comptant pour le brevet. Selon le ministère de l’Education, contacté par 20 Minutes, des discussions auront lieu sur le sujet avec les syndicats enseignants en 2019 et 2020.

A chaque ministre, une organisation différente de l’examen

Mais ce désir de remanier encore cet examen prouve surtout les hésitations politiques sur l’identité du brevet. « Doit-il être un examen final ou une évaluation des compétences que tout collégien de 3e doit maîtriser (le socle commun de compétences et de connaissances) ? Les ministres de l’Education successifs cherchent un compromis, qui peut varier en fonction du contexte économique, social et politique », résume le sociologue de l’éducation spécialiste de l’évaluation Didier Chavrier.

Et certains d’eux, à l’instar de Jean-Michel Blanquer, ont choisi de renforcer le poids des épreuves terminales. En effet, depuis 2018, l’obtention du brevet repose sur l’évaluation du socle commun (contrôle continu qui représente 50 % de la note) et cinq épreuves terminales (français, maths, histoire-géo, sciences et oral sur un enseignement interdisciplinaire, qui représentent 50 % de la note). Une formule qui n’a pas convaincu une partie de la communauté éducative : « Les enseignants doivent à la fois préparer leurs élèves aux épreuves qui favorisent le bachotage et, en parallèle, les amener à maîtriser les compétences qu’ils doivent avoir acquises en fin de troisième dans chaque discipline », constate Anne-Sophie Legrand, secrétaire nationale du Snes chargée du collège.

L’éternel débat sur l’utilité de l’examen

« Le fait d’avoir son brevet ne garantit pas le niveau de l’élève, car il peut avoir des lacunes dans des matières et obtenir quand même son diplôme grâce aux épreuves finales. L’inverse est aussi vrai car en 2018, 43 % des élèves qui ont échoué au brevet avaient validé la maîtrise du socle », ajoute Claire Krepper, secrétaire nationale du Se-Unsa. De plus, le fait de renforcer le poids des épreuves finales a une incidence sur les résultats. Comme le montre une étude de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) publiée en mai. Celle-ci révèle que l’an dernier, 87,2 % des candidats au diplôme national du brevet, toutes séries confondues, ont réussi l’examen. Soit 1,7 point de moins qu’à la session 2017.

Et à chaque réforme du brevet, c’est aussi son utilité qui est remise en question : « Ce diplôme n’est pas reconnu par les conventions collectives. Il ne compte même pas pour entrer en CAP », déplore Claire Krepper. Ce que conteste Anne-Sophie Legrand : « C’est un premier examen pour les élèves, donc un rite initiatique important. Et ce diplôme a du sens pour les élèves qui décrochent après la 3e », estime-t-elle.

Le coût économique de l’examen et la lourdeur de son organisation sont également régulièrement pointés du doigt. Ce qui incite le syndicat des personnels de direction (Snpden) à militer pour une véritable simplification de l’examen, avec la suppression des épreuves écrites, une épreuve orale finale basée sur l’interdisciplinarité et le maintien de l’évaluation du socle commun de connaissances et de compétences. Quant à l’hypothèse de supprimer purement et simplement le brevet, Didier Chavrier n’y croit pas : « Ce serait une forme de déni de tous ceux qui n’accéderont pas au bac », souligne-t-il.