Débarquement du 6 juin 1944 : « Les Américains ne furent pas vraiment accueillis dans la joie en Normandie »

VOUS TEMOIGNEZ Les grands-parents de Nicolas vivaient à Vire en 1944. Leur ville fut totalement détruite par les bombardements alliés

Charlotte Murat

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La ville de Vire a été détruite à 95% par les bombardements alliés au soir du 6 juin 1944
La ville de Vire a été détruite à 95% par les bombardements alliés au soir du 6 juin 1944 — Wikicommons
  • Nicolas, un internaute, raconte l’histoire de ses grands-parents le 6 juin 1944.
  • Son grand-père avait 14 ans et sa grand-mère 9 ans.
  • Ils vivaient à Vire, qui fuit détruite à 95 % par des bombardements alliés le soir du 6 juin 1944.
  • Ils se sont tous les deux réfugiés autour de ville de Mortain, qui fut le théâtre de combats en août.

6 juin 1944. Les Alliés débarquent en Normandie. Pour la population, c’est l’espoir qui renaît, l’offensive attendue depuis la débâcle de 1940, le signe que la fin de la guerre approche. Mais avant la délivrance, les civils normands ont vécu l'horreur. L’opération Overlord imaginée par les Alliés s’accompagne de bombardements pour ralentir les renforts allemands. Durant le seul été 1944, 20.000 civils normands ont été tués, soit le tiers des civils français morts pendant toute la Seconde Guerre mondiale.

Les grands-parents de Nicolas sont des rescapés. « Parler des combats et de la Libération avec eux a été très compliqué. C’est une histoire dont on ne parle pas, car elle est marquée par des souffrances terribles pour eux. » Mais à force d’acharnement, Nicolas a réussi à les faire témoigner. « Mon grand-père, Georges, avait 14 ans et ma grand-mère, Denise, 9 ans. Ils vivaient tous les deux à Vire, à plus de 70 kilomètres des plages du Débarquement. Le soir du 6 juin, la ville a été bombardée par les Américains puis les Britanniques. Des tracts avaient été largués pour prévenir la population, mais à cause du vent ils avaient atterri quinze kilomètres plus loin. La ville a été détruite à 95 % et plus de 350 personnes ont trouvé la mort. Chacun dans leurs maisons, mes grands-parents se sont réfugiés à la cave avec leurs parents. Mes grands-parents racontaient qu’ils avaient vu un homme se promener avec la tête de sa fille décapitée, lui parlant, ayant complètement perdu la raison. »

« Des cadavres partout »

« Le lendemain, ils avaient tout perdu et sont donc allés se réfugier dans les fermes de leurs grands-parents dans deux villages autour de Mortain, à une vingtaine de kilomètres plus au sud, poursuit-il. Mais début août, les Allemands ont tenté une contre-offensive dans la région de Mortain. Mes grands-parents et leurs familles ont été pris dans un déluge d’artillerie. Ils se sont terrés dans des fossés pendant des jours, tétanisés par la peur. Quand les combats ont cessé, et qu’ils ont pu sortir de leurs trous, ils ont découvert des cadavres partout. Des chevaux, des vaches, des soldats américains et allemands, mais surtout des voisins, des enfants. La ferme de ma grand-mère avait été épargnée, mais celle où logeait mon grand-père avait été partiellement détruite car l’artillerie américaine s’était positionnée juste devant. Tous deux sont restés autour de Mortain après la guerre. Loin des images d’archives, les Américains ne furent pas vraiment accueillis dans la joie en Normandie. »