Ile d'Oléron: Comment le chant du coq Maurice est devenu le symbole de la défense de la ruralité

COCORICO Le tribunal de Rochefort (Charente-Maritime) va se pencher ce jeudi sur l’affaire du coq Maurice, qui chante trop fort pour ses voisins

Mickaël Bosredon

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Corinne Fesseau, une habitante de l'Ile d'Oléron, comparaît devant le tribunal à cause du chant de son coq.
Corinne Fesseau, une habitante de l'Ile d'Oléron, comparaît devant le tribunal à cause du chant de son coq. — Corinne Fesseau/Facebook
  • Un couple de résidents saisonniers à Saint-Pierre-d’Oléron poursuit une habitante et son coq qui chanterait trop fort.
  • Corinne Fesseau assure de son côté que son coq ne génère aucune nuisance, et que personne d’autre ne s’est plaint.
  • Des élus font de cette affaire un emblème de la préservation d’un certain mode de vie à la campagne.

EDIT : Lors de l'audience ce jeudi 6 juin, le tribunal a finalement décidé de reporter le procès au 4 juillet.

L’affaire du cocorico du coq Maurice de l' Ile d'Oléron, devrait résonner au-delà de l’enceinte du tribunal d’instance de Rochefort (Charente-Maritime) ce jeudi. Car ce n’est pas qu’une énième histoire de trouble du voisinage qui va être débattu devant la justice. Entre le battage réalisé par Corinne Fesseau, la propriétaire du coq, et des élus locaux à bout face à ces plaintes, qu’ils vivent comme des agressions contre le mode de vie à la campagne, Maurice est devenu le symbole d’une certaine idée de la ruralité.

En 2017, un couple originaire de la Haute-Vienne, et qui possède une résidence secondaire à Saint-Pierre d’Oléron, met en demeure sa voisine, dont le coq ferait trop de bruit le matin, de faire cesser ce « trouble anormal du voisinage » et demande l’éloignement du poulailler. Joint par 20 Minutes, Corinne Fesseau raconte : « Un matin, ce monsieur a débarqué et m’a demandé, pas très gentiment, ce que je comptais faire de mon coq. C’était la première fois qu’il posait problème. »

« Un coq, ça a besoin de chanter »

Le temps passe et le couple finit par avertir par courrier la mairie, et l’année suivante, en avril 2018, fait venir un huissier. Sur trois matins, ce dernier constate que le coq chante à plusieurs reprises. Corinne Fesseau assure, elle, avoir calfeutré son poulailler pour limiter la nuisance, et ne plus sortir son coq avant 8h30 du matin. « Je ne peux pas faire plus, au-delà c’est de la maltraitance. Un coq, ça a besoin de chanter. Mais le vrai problème, c’est que je suis allée voir tous les voisins, et personne ne se plaignait. »

A Saint-Pierre d’Oléron, l’affaire commence alors à prendre de sérieuses proportions. « Cela aurait pu en rester là, mais ils ont voulu s’accrocher, enrage Corinne Fesseau. Mais moi je n’ai pas lâché l’affaire non plus ! Si j’avais eu tort, j’aurais fait quelque chose, mais là je suis dans mon bon droit. Ce que je souhaite c’est avant tout protéger mon coq évidemment, mais également la campagne d’une manière générale, car aujourd’hui c’est le coq, mais demain ce sera l’âne ou les grenouilles. On se retrouve quand même dans une situation où c’est le vacancier qui vient chez nous, et qui se croit chez lui ! Les vacanciers sont évidemment les bienvenus, mais ils n’ont pas à nous imposer leurs règles. »

Un arrêté autorisant d’avoir un coq dans une basse-cour

Chanteuse locale reconnue, Corinne Fesseau est appréciée dans le bourg. Le maire de Saint-Pierre d’Oléron, Christophe Sueur, prend un arrêté, en 2018, pour soutenir son administrée. « J’ai regardé ce que je pouvais faire pour être médiateur dans cette affaire, nous dit l’élu, et quand j’ai vu que ce ne serait pas possible j’ai pris un arrêté, car avoir un coq dans une basse-cour sur l’Ile d’Oléron, c’est une habitude ».

« J’ai d’abord voulu prendre un arrêté pour protéger son coq, mais ce n’était pas possible, poursuit-il, alors j’ai détourné la question et considéré que Saint-Pierre est une commune rurale, où on a le droit d’avoir une basse-cour, tandis que les plaignants estiment que nous sommes en ville. »

« Montée de l’intolérance »

Elu depuis 2001 à Saint-Pierre, dont il est maire depuis 2014, Christophe Sueur assure que « derrière cette histoire il y a un véritable fait de société, qui est la montée de l’intolérance ». Il raconte qu’on est aussi venu le voir « parce que les cloches sonnaient trop fort, et que les bateaux du port de la Cotinière faisaient trop de bruit la nuit ».

Des situations qui l’insupportent. « Soyons très clairs, les plaintes viennent soit de propriétaires de résidences secondaires, soit de nouveaux résidents qui viennent chercher à Oléron un cadre de vie tranquille et plaisant. Mais bon, je rappelle que nous sommes dans un port de pêche ! Et qu’il existe des traditions et des valeurs locales que nous devons protéger. Quand je vais en ville, je ne demande pas qu’on supprime le bruit des voitures et des transports en commun. »

L’avocat demandera « que les plaignants soient condamnés pour recours abusif »

Contacté par 20 Minutes, l’avocat de Corinne Fesseau, Julien Papineau, estime aussi que cette affaire révèle une certaine dérive sociétale. « Pour qu’une nuisance soit condamnable, il faut prouver qu’il y a un trouble excessif et anormal, explique-t-il. Est-ce qu’un acte d’huissier, réalisé il y a un an et qui a montré que le coq a chanté deux jours sur trois, alors que l’on est en milieu rural sur l’Ile d’Oléron, et alors que cela ne gêne aucun autre voisin, est une preuve de ce trouble excessif ? Nous verrons bien. »

Il prévient que dans ses conclusions, il demandera « que les plaignants soient condamnés pour recours abusif : les juridictions ont autre chose à faire que d’être saisies de ce type d’affaire ». L’avocat annonce aussi réfléchir à « demander à adosser aux permis de construire, un formulaire informant les gens de l’environnement dans lequel ils font construire, et qui serait opposable. Un cadre juridique éviterait ce type de recours. »

Un maire de Gironde « scandalisé » par cette affaire

Corinne Fesseau a lancé de son côté une pétition qui a recueilli plus de 73.000 signatures, et reçu de nombreux soutiens. Le dernier en date est celui du maire de Gajac (Gironde), « scandalisé » par cette affaire et qui souhaite que l’on puisse protéger les « bruits de la campagne » en les classant au patrimoine national. « J’approuve évidemment cette initiative, nous dit le maire de Saint-Pierre, et je pense comme lui que l’on pourrait peut-être faire inscrire au patrimoine immatériel le chant du coq. »

Malgré sa colère, Corinne Fesseau dit être impatiente de se retrouver au tribunal jeudi. Et reconnaît que, finalement, cette affaire a permis de lancer un débat au niveau national sur la défense de la ruralité. « Et maintenant, Maurice est une vraie vedette ! »

Contacté par 20 Minutes, l’avocat des plaignants n’a pas donné suite à notre sollicitation.