Grève chez Ferrero: Une pénurie de Nutella est-elle possible?

PATE A TARTINER Alors que la plus grosse usine du monde est bloquée depuis six jours, les pots de Nutella pourraient se faire plus rares

Jean-Loup Delmas

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Fini l'excès de Nutella
Fini l'excès de Nutella — Alberto Pellaschiar/AP/SIPA
  • Depuis six jours, la plus grosse usine de Nutella au monde est bloquée en raison d’une grève des employés.
  • Une situation qui pourrait rendre possible une pénurie des fameux pots à tartiner.
  • « 20 Minutes » fait le point sur la situation.

Si la France s’est remise du résultat décevant de l’Eurovision ou bien du but d’Eder en finale de l’Euro 2016, elle se prépare à vivre un nouveau cataclysme dont il n’est cette fois pas certain qu’elle se relève. La plus grosse usine de Nutella du monde, basée à Villers-Ecalles en Seine-Maritime, responsable d’un quart de la production mondiale, est bloquée depuis six jours.

La production de la pâte à tartiner ne tourne plus qu’à 20 % de son rythme normal. Grande amatrice de Kinder bueno et autre tartine de Nutella, la rédaction de 20 Minutes a donc décidé de faire le point sur la situation.

 

Faut-il craindre une pénurie de Nutella ?

On ne va pas faire durer plus l’insoutenable suspense : oui, il y a un gros risque de pénurie si la grève continue. D’après Yves Marin, consultant grande distribution au cabinet de conseil Bartle, il n’y a pas de stock de réserve de Nutella : « La grande distribution fonctionne en flux tendu, sans s’arrêter. A fortiori le chocolat, qui fond vite, et encore plus en été. Ferrero (entreprise qui fabrique la précieuse pâte à tartiner) a d’ailleurs l’habitude de retirer ces chocolats des magasins l’été. »
Et dans des cas comme celui-ci, « les commandes sont gérées par l’industriel, qui va essayer de les répartir au mieux », prévient Yves Marin. Ce n’est donc pas parce que votre Carrefour commande 12.000 pots pour anticiper la crise qu’il y en aura donc dans les rayons.
La pénurie sera même probablement pire que pour d’autres produits, la faute au quasi-monopole du Nutella sur le monde de la pâte à tartiner : « Dans d’autres pénuries d’une marque, il y a beaucoup plus d’alternatives possibles, mais là, le manque risque de se faire sentir », prévient Yves Marin.

Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de stock ?

Comment le numéro 1 mondial de la pâte à tartiner peut être si sensible à la moindre grève et ne pas anticiper avec des stocks de réserve ? « Dans ce genre de situation économique de quasi-monopole, quand tout va bien, tout va bien et il n’y a pas à stocker. Or, c’est ce qu’il se passe dans 99,99 % des cas. » Et stocker, « ça coûte très cher », nous rappelle Yves Marin. Hors de question donc de se ruiner pour une situation exceptionnelle et rarissime.
En réalité, très peu de produits sont stockés dans le monde : « Les rares à l’être sont des produits à cours mondiaux, comme le blé par exemple, pour avoir des stocks tampons en cas de fluctuations importantes des cours. »
Or, vous le saurez pour l’anecdote, le seul élément du Nutella capable de fluctuer lors des cours mondiaux, « c’est la noisette. Il est possible que Ferrerro ait quelques stocks de noisettes, mais en tout cas aucun stock de produit Nutella fini, or, c’est la chaîne de production qui est arrêtée ».

Cette dépendance à la chaîne de production renforce-t-elle le pouvoir des grévistes ?

Oui et non. « Certes, cela pèse dans la balance du pouvoir dans les mains des employés qui font grêve », car sans cette usine, la production habituelle ne repartira pas. Mais d’un côté, du fait du quasi-monopole du Nutella, Ferrero sait qu’il n’a pas grand-chose à craindre sur le long terme : « Les consommateurs resteront fidèles au Nutella. Dans des marchés plus concurrentiels, une baisse de production importante peut voir des clients réguliers se tourner vers d’autres produits, mais il y a très peu de chance que ce soit le cas ici », analyse Yves Marin.

La France va-t-elle s’en remettre ?

Le stockage des consommateurs pourrait potentiellement amplifier la pénurie, même si la période actuelle n’est pas la grosse saison de la pâte à tartiner, « plus consommée en hiver ou pour la Chandeleur. » Restons donc confiants en l’avenir. « Des grèves de produits phares, il y en a déjà eu des tas, cela ne dure qu’un temps, et puis le Nutella, même s’il est apprécié, n’est pas indispensable ».