Toulouse: La Cimade sort un rapport au vitriol sur le centre de rétention de Cornebarrieu

SOCIETE De plus en plus d’enfants, des durées de plus en plus longues de rétention, un suicide… La Cimade, une association d'aide aux immigrés, dépeint des conditions dégradées au centre de rétention de Cornebarrieu, au nord de Toulouse

Beatrice Colin

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Centre de retention administrative de Cornebarrieu Direction Departementale de la Police aux Frontieres.
Centre de retention administrative de Cornebarrieu Direction Departementale de la Police aux Frontieres. — Alexandre GELEBART/REA
  • En 2018, plus de 1.300 personnes ont été enfermées au centre de rétention de Cornebarrieu (CRA).
  • Dans un rapport publié mardi, la Cimade, une association d’aide aux migrants qui intervient au CRA, a dénoncé les conditions de rétention à Cornebarrieu et l’allongement de la durée de rétention.
  • La préfecture de la Haute-Garonne assure de son côté que la Loi qui encadre la rétention est strictement respectée.

Il y a quinze jours, une personne épileptique se cassait la mâchoire lors d’une chute alors qu’elle se trouvait au centre de rétention de Cornebarrieu. Opérée à l’hôpital, elle réintégrait le centre quelques après l’opération. Immobilisée, sans la possibilité de s’alimenter correctement, « au bout de quatre jours on a fini par lui délivrer un certificat d’incompatibilité avec les conditions de rétention », relève amer Léo Claus, l’un des membres de la Cimade, une association qui vient en aide aux immigrés.

Cette association, présente sur le site où sont passées l’an dernier 1.302 personnes, a publié ce mardi un rapport sur l’ensemble des centres français de rétention administrative où séjournent les étrangers en situation irrégulière.

Mais parfois aussi en situation tout ce qu’il y a de plus régulier. L’an dernier, quatre Français se sont aussi retrouvés derrière les grilles du CRA, parmi lesquels une lycéenne toulousaine en fugue. « Elle n’avait pas donné au départ son identité, mais après l’avoir fait, il a fallu qu’elle passe devant un juge pour être libérée », déplore Elsa Putelat, de la Cimade.

Durée de rétention et violences

Si 40 % des personnes internées ont fait l’objet d’une mesure d’éloignement, 40 % ont été libérées à la suite d’une décision du juge des libertés et de la détention. « La particularité du centre de rétention de Cornebarrieu, c’est d’avoir la durée de rétention la plus longue de France. En moyenne, sur le territoire national, les personnes passent 14 jours en rétention, ici c’est 20 jours. En 2018, près de 30 % des gens sont restés entre 30 et 45 jours, ce qui était la durée maximum jusqu’au 1er janvier dernier, désormais c’est 90 jours », poursuit Léo Claus.

« Les durées de rétention les plus longues concernent des situations particulières qui nécessitent l’activation de nombreuses actions auprès des Etats étrangers pour réussir l’éloignement, ce qui allonge très sensiblement les délais de rétention. Les rétentions sont toujours régies par la loi et sous le contrôle permanent du juge », assure de son côté la préfecture de la Haute-Garonne.

Un allongement de la durée du temps de « séjour » qui a, selon l’association, un impact sur les gens présents sur le site situé au bout des pistes de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. « Les violences se multiplient, il y a de plus en plus de tensions », assure Pablo Martin, un des intervenants de la Cimade.

Un nourrisson de deux semaines enfermé

Des situations parfois extrêmes qui ont poussé l’an dernier un homme à mettre fin à ses jours. Certains autres relèvent plus de l’hôpital psychiatrique que du CRA selon l’association qui dénonce « l’utilisation de l’isolement disciplinaire pour des personnes en crise et en souffrance psychiatrique ».

Et cela se passe sous les yeux des enfants. En 2018, dix familles avec 13 enfants de 1 à 17 ans ont séjourné au CRA. Depuis le début de l’année, ce sont dix familles avec 30 enfants qui ont été enfermées, dont un nourrisson d’à peine deux semaines, tout juste sorti de la maternité.

« La loi encadre très strictement la rétention des étrangers mineurs qui ne sont jamais séparés de leur famille. La durée du placement en rétention de la famille entière est la plus brève possible eu égard au temps strictement nécessaire à l’organisation logistique du voyage », assure de son côté la préfecture de la Haute-Garonne.