Débarquement du 6 juin 1944: Sept anecdotes sur le cimetière américain où a lieu la cérémonie

TRAVAIL DE MEMOIRE A l’occasion de la commémoration du 75e anniversaire du Débarquement, le 6 juin 1944, une cérémonie doit avoir lieu au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, un lieu chargé d’histoire

Lucie Bras

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Le cimetière américain de Normandie à Colleville-sur-Mer, le 24 septembre 2018.
Le cimetière américain de Normandie à Colleville-sur-Mer, le 24 septembre 2018. — Damien MEYER / AFP
  • Soixante-quinze ans après le débarquement, la France commémore ce jeudi cette opération militaire massive et meurtrière, en présence de 500 vétérans.
  • La cérémonie phare de ce 75e anniversaire aura lieu au cimetière de Colleville-sur-Mer, et sera coprésidée par Donald Trump et Emmanuel Macron.
  • Près de 12.000 personnes sont attendues parmi les 9.387 croix blanches surplombant Omaha Beach.

Les rangées de croix blanches surplombent de quelques mètres la plage d’Omaha Beach. Dans le cimetière de Normandie, à Colleville-sur-Mer, près de 10.000 Américains reposent. Tous sont morts pendant ou après le débarquement du 6 juin 1944. Il y a 75 ans, à l’aube, 6.939 navires ont débarqué 132.700 Américains et 20.000 véhicules sur les plages de Normandie.

Sur cette plage tragiquement renommée « Bloody Omaha », « Omaha la sanglante », de nombreux soldats ont perdu la vie sous le feu allemand. Ils ont été enterrés, parfois à la va-vite sur le lieu de leur décès, parfois à même le sable. Après la fin de la guerre, le cimetière de Colleville-sur-Mer a été pensé, dessiné et construit pour les accueillir et leur rendre hommage.

Depuis, le cimetière américain voit passer chaque président des Etats-Unis : Barack Obama, George W. Bush, Bill Clinton, Ronald Reagan ou Jimmy Carter… Donald Trump ne manquera pas de s’y rendre ce jeudi : le cimetière américain de Normandie doit même être  au centre des célébrations, avec 12.000 participants attendus. En quelques anecdotes, 20 Minutes vous raconte les histoires derrière les croix et les hommes.

Mémorial du débarquement de soldats américains sur la côte à Colleville-sur-Mer, Omaha Beach, le 28 décembre 2018.
Mémorial du débarquement de soldats américains sur la côte à Colleville-sur-Mer, Omaha Beach, le 28 décembre 2018. - Stefan Boness/Ipon/SIPA

9.380 militaires et civils

Derrière ces croix en marbre blanc de Lasa en Italie, 9.380 militaires et civils, en moyenne très jeunes, 22-23 ans. Les symboles religieux ont été copiés sur ceux de la Première Guerre mondiale : des étoiles de David pour les juifs, des croix pour les autres : chrétiens, luthériens, athées, méthodistes…

La tombe de Theodore Roosevelt Jr., sur laquelle est gravée sa Medal of Honor, récompense militaire attribuée aux Américains qui ont sauvé des vies.
La tombe de Theodore Roosevelt Jr., sur laquelle est gravée sa Medal of Honor, récompense militaire attribuée aux Américains qui ont sauvé des vies. - Virginia Mayo/AP/SIPA

Dans le cimetière, des histoires se détachent parmi les tombes. Quarante-cinq frères sont enterrés : parmi eux, les deux fils du président Theodore Roosevelt, Quentin, tué en France lors de la Première Guerre, repose près de Theodore Jr., tombé peu après être arrivé en Normandie, en 1944. Plus loin, un père et son fils sont inhumés côte à côte. Trois soldats enterrés à Colleville ont été décorés de la « Medal of honor » (« Médaille de l’honneur »), une médaille militaire mais surtout un « symbole attribué à ceux qui ont sauvé des vies », rappelle Scott Desjardins, superintendant du cimetière, interrogé par 20 Minutes.

Quatre femmes

Elles n’ont pas combattu mais se sont engagées dans le conflit en soutenant le moral des troupes. Trois d’entre elles sont afro-américaines : Dolores M. Browne, Mary J. Barlow et Mary H. Bankston. Toutes trois étaient chargées de la distribution du courrier au sein du 6.888e bataillon du répertoire postal, entièrement composé de femmes noires. Deux d’entre elles sont mortes dans un accident de Jeep, le 8 juillet 1945. La troisième est décédée le 13 juillet 1945, des suites de ses blessures.

La quatrième, Elizabeth Ann « Liz » Richardson, était volontaire pour la Croix-Rouge. Dans son camion, elle distribuait des beignets et du café et diffusait de la musique aux soldats en guise de réconfort. Elle est morte le 25 juillet 1945 à l’âge de 27 ans, alors qu’elle rentrait à Paris en avion. Pris dans un épais brouillard, son aéronef s’est écrasé près de Rouen, tuant la jeune femme et son pilote sur le coup.


Un soldat enterré… en 2018

Les progrès de la technologie permettent l’identification de certains corps, 75 ans après leur mort : c’est pourquoi des hommes sont encore enterrés à Colleville. Le dernier combattant a été inhumé le 19 juin 2018. Julius Peiper était un membre de la Force opérationnelle de l’Ouest, la Force B. Originaire du Dakota du Sud, il s’engage à 17 ans avec son frère jumeau Ludwig et est envoyé en Normandie à bord du LST-523 (« Landing ship Tank »), un navire chargé de transporter des chars de combat, du matériel et des troupes, mais aussi de ramener les morts, blessés et prisonniers en Angleterre.

Le 19 juin 1944, les jumeaux âgés de 19 ans perdent la vie quand leur navire coule après avoir heurté une mine sous-marine. Le corps de Ludwig est identifié et inhumé au cimetière américain de Normandie. Celui de Julius le rejoint 74 ans plus tard, après qu’une série d’analyses confirme son identité. Ils sont désormais enterrés côte à côte.

Un cimetière achevé douze ans après le Jour-J

Le cimetière américain de Normandie a été inauguré en 1956, douze années après le Débarquement. Pourquoi un tel délai ? Parce que l’ABMC (Commission américaine des monuments de guerre) a demandé aux familles si elles souhaitaient rapatrier le corps de leurs proches disparus ou si elles préféraient qu’ils soient enterrés dans un cimetière créé spécialement pour l’occasion, avec la promesse qu’il sera toujours bien entretenu. Il a fallu du temps pour récolter toutes les réponses. « Une fois que les familles nous ont fait part de leur choix, on a bâti le cimetière avec le nombre exact de croix nécessaires », explique Scott Desjardins.

Vue aérienne des plus de 10.000 croix de marbre disposées sur la concession perpétuelle américaine.
Vue aérienne des plus de 10.000 croix de marbre disposées sur la concession perpétuelle américaine. - JOEL SAGET / AFP

Un parrain pour chaque tombe

Une équipe d’horticulteurs s’occupent d’entretenir le jardin, mais qui s’occupe de la mémoire des soldats morts au combat ? Au fur et à mesure du temps, les familles et proches des soldats tués espacent leurs voyages et finissent par disparaître. Pour entretenir la mémoire des disparus, l’association française Les fleurs de la mémoire fournit un parrain à chaque soldat. « Presque tous les soldats ont été adoptés », se réjouit Scott Desjardins. 98 % des tombes sont parrainées par cette association. « Nos parrains s’engagent à rendre hommage par la fleur à nos libérateurs américains au moins une fois l’an, sans contrôle », précise Georges-Pierre Joret, président de l’association. Une règle : leur bouquet doit être posé au sol, et non pas adossé à la croix.

Un terrain administré par les Etats-Unis… qui appartient à la France

Contrairement à ce que l’on peut croire, les visiteurs de ce cimetière n’entrent pas en territoire américain. C’est un terrain français, régi par les Etats-Unis. Le cimetière de Colleville-sur-Mer est même une concession perpétuelle accordée par la France. « A perpétuité, sans frais supplémentaire », précise Scott Desjardins.

« A ouvrir le 6 juin 2044 »

« A ouvrir le 6 juin 2044 », cent ans après le Débarquement, peut-on lire sur la dalle. Sur cette capsule recouverte par une dalle de granit rose, une plaque porte l’inscription : « En mémoire du général Dwight D. Eisenhower et des forces sous ses ordres. Cette capsule scellée, qui contient des articles de presse sur le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, a été placée ici par les journalistes qui étaient là le 6 juin 1969 ». Rendez-vous dans 25 ans.