Lyon: Une famille d'agriculteurs éplorée après une deuxième installation de caravanes sur leur terrain en quinze jours

GENS DU VOYAGE Elle dénonce un manque d'aide des services publics, la mairie se dit impuissante 

Caroline Girardon

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Une famille d'agriculteurs à Genas dans le Rhône, déplore l'installation des gens du voyage sur son terrain pour la deuxième fois en quinze jours.
Une famille d'agriculteurs à Genas dans le Rhône, déplore l'installation des gens du voyage sur son terrain pour la deuxième fois en quinze jours. — Clarisse Drevon
  • Une semaine après le départ de 180 caravanes installées sur leur terrain, une famille d’agriculteurs de Genas déplore une autre occupation illégale.
  • 50 autres véhicules ont pris le relais en début de semaine.
  • La mairie, taclée, explique qu’elle n’a pas le pouvoir d’expulser les occupants.

Un scénario qui se répète et qui les laisse impuissants. Le dimanche 12 mai, Clarisse Drevon et son père, agriculteur à Genas près de Lyon, avaient vu 180 caravanes s'installer dans leur pré de 4,5 hectares. Si le groupe est parti au bout de sept jours comme il l’avait promis, d’autres membres de communauté des gens du voyage ont pris le relais.

Dimanche après-midi, 50 nouvelles caravanes se sont installées sur leur terrain. « Mon père avait passé une semaine à réparer la barrière de clôture et à ramasser les déchets qu’ils avaient laissés sur place. Là, ils ont encore arraché tous les piquets pour passer en force », se désole Clarisse Devron.

Amendes forfaitaires

Cette fois, la famille a porté plainte directement pour lancer une procédure d’expulsion et exiger des sanctions pénales, à savoir l’application d’une amende forfaitaire de 500 euros par caravane. Le groupe a finalement levé le camp de son propre chef mardi matin. Ce qui n’a pas atténué l’amertume de l’agriculteur et de sa fille.

« On n’a vraiment eu aucune aide des services publics. Personne ne nous a conseillés en nous expliquant qu’on avait cette possibilité d’exiger des amendes forfaitaires. Ni le préfet, ni le maire que nous avons sollicité à plusieurs reprises. Je me suis renseignée sur Internet. C’est là que j’ai contacté un haut fonctionnaire d’un département voisin qui nous a aiguillés », poursuit l’éleveuse. Ce que conteste Daniel Valéro, le maire de Genas.

« Un maire n’a pas le pouvoir d’évacuer un camp de gens du voyage »

« Les deux fois où les gens du voyage se sont installés sur leur terrain, je suis allé les voir. J’ai notamment discuté avec les responsables de la communauté des gens du voyage. Mais la famille Drevon n’a pas porté plainte. Ils ont préféré signer une convention qui leur a permis d’obtenir des indemnités en guise de dédommagements », répond l’élu. 900 euros précisément. Un moindre mal pour un préjudice estimé à 5.000 euros selon Clarisse et son père.

« S’il n’y a pas de plainte, comment voulez-vous que le préfet ordonne une expulsion ? Un maire n’a pas le pouvoir d’évacuer un camp de gens du voyage. Tout seul, que peut-il faire ? Ce ne sont pas mes policiers municipaux qui pourront les déloger », ajoute Daniel Valéro. «La communauté des communes de l'Est lyonnais et le département ne nous ont apporté aucun soutien alors qu’ils devraient les accueillir sur les aires adaptées afin d’éviter les installations sur terrains privés », martèle Clarisse Drevon. Mais pour Daniel Valéro, membre par ailleurs de la commission des gens du voyage au sein du conseil départemental, le problème n’est pas si simple. Il est même multiple.

Un problème sans fin

« D’une part, l’aire d’accueil de 120 places située à Saint-Laurent-de-Mure, a été vandalisée. D’autre part, quand nous sommes avertis de la venue de plusieurs groupes, on constate qu’ils ne veulent pas forcément s’installer au même endroit », précise le maire. Et d’ajouter : « Lorsque le Préfet ordonne l’expulsion d’un terrain, il faut pour cela l’intervention des gendarmes. Mais encore faut-il qu’ils soient disponibles. Avec les matchs de foot, les manifestations des Gilets Jaunes, nous ne sommes pas la priorité ».

« Nous sommes inlassablement confrontés au même problème. Depuis le début de l’année, nous avons déjà 6 ou 7 occupations illégales sur des équipements municipaux. La dernière fois, certains se sont installés dans une zone industrielle. J’ai envoyé des multiples courriers pour demander une expulsion… On a attendu quatre mois et demi », révèle Daniel Valéro, lui aussi impuissant. « C’est un problème régalien et européen. Mais encore, une fois, un maire seul ne peut rien faire », martèle-t-il en guise de conclusion.