VIDEO. Marseille: Comment expliquer l’imbroglio autour de la présumée livraison d’armes françaises au Yémen?

POLEMIQUE Depuis plusieurs jours, une polémique autour d’un bateau accusé un temps de bientôt livrer des armes françaises en Arabie Saoudite secoue le port de Marseille-Fos

Mathilde Ceilles

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Des manifestants devant le « Bahri Tabuk » soupçonné de transporter des armes
Des manifestants devant le « Bahri Tabuk » soupçonné de transporter des armes — Gérard Julien / AFP
  • Depuis plusieurs jours, une polémique autour d’un bateau accusé un temps de bientôt livrer des armes françaises en Arabie Saoudite secoue le port de Marseille-Fos
  • Quarante-huit heures après le début de l’alerte, personne ne sait exactement ce que contient ce bateau.
  • Selon les dockers, aucune arme n’a été chargée.

Tous les regards sont braqués sur ce navire. Entré mardi au Grand port autonome de Marseille, le Bahri Tabuk est paisiblement amarré à Port-Saint-Louis, près du terminal des containers. Mais malgré ces eaux calmes, depuis plusieurs jours, le cargo saoudien est au cœur d’une tempête… médiatique et politique. Un rassemblement a été organisé ce mercredi à proximité. Ce bateau est en effet soupçonné d’avoir été affrété en vue d’un chargement de munitions françaises à destination de l’Arabie saoudite. Des affirmations reprises en masse par la classe politique française et démenties en bloc par plusieurs industriels. Comment expliquer cet imbroglio ? 20 Minutes fait le point.

Une alerte lancée par des ONG

L’onde de choc commence lundi, dans l’après-midi. A 16 h 30, le mouvement de la paix des Bouches-du-Rhône fait parvenir un communiqué de presse. « Nous sommes alertés du probable accostage, demain au port de Marseille, d’un navire que le gouvernement français souhaiterait charger d’une cargaison d’armes à destination de l’Arabie Saoudite, écrit l’ONG. Ces armes françaises pourraient renforcer l’arsenal saoudien pour la guerre et ses crimes perpétrés contre la population du Yémen. » Selon Michel Dolot, militant au sein de la structure, l’alerte a notamment été donnée par l’ONG Action sécurité éthiques républicaines, qui suit ces questions de près. « Nous avons un réseau de chercheurs qui vont voir les armes sur place, qui pistent les bateaux, explique son président Benoît Muracciole. On regarde notamment les ports stratégiques, et c’est ce qui s’est passé lundi. »

Une « forte probabilité » mais pas de certitude

Ces recherches permettent d’éveiller le soupçon. Mais là est le cœur du problème : quarante-huit heures après l’alerte, personne ne peut dire avec certitude, preuve à l’appui, le contenu précis du bateau. « Avec les informations de nos chercheurs, nous avons parfois des certitudes, parfois de fortes probabilités, explique Benoît Muracciole. Pour ce bateau, une fois les informations recoupées, nous avions de fortes probabilités qu’un chargement de munitions à destination de Djedda allait être opéré. »

« Nous n’avons chargé aucune arme, aucune munition. On s’est renseigné et ce n’est pas le cas », a déclaré à l’AFP un responsable de la CGT des dockers de Fos, un syndicat opposé à tout transit d’armes par le port. Comme la veille, un représentant de Shipping Agency Service (SAS), la société représentant en France l’armateur saoudien Bahri, a également indiqué à l’AFP qu’aucun armement n’avait été chargé à bord. Selon SAS et les dockers, le chargement est constitué de générateurs électriques à usage civil, de la société allemande Siemens. « Mais ce matériel électrique peut être à double usage, civil comme militaire », accuse Benoît Muracciole.

Toujours selon les ONG, bien que le chargement ne soit plus d’actualité, le bateau contiendrait des véhicules blindés, ayant embarqué au Canada, et à destination de Djedda. Des affirmations là encore fondées sur « de forts soupçons ».

Une volte-face opaque ?

Après avoir affirmé mardi matin que le cargo saoudien devait prendre livraison de munitions pour des canons Caesar français, à destination de Djedda, en Arabie Saoudite, le média indépendant Disclose a finalement indiqué en soirée sur Twitter que ce ne serait pas le cas. « Selon nos informations, les charges modulaires parties en containers depuis l’usine d’Eurenco de Bergerac ont été redirigées vers une destination inconnue », a affirmé ce média, évoquant « un changement de stratégie au sommet de l’Etat » après la mobilisation il y a deux semaines d’ONG au Havre.

« Nous interpellons l’Etat pour qu’il y ait sur le contenu de ce bateau une véritable transparence », lance Sébastien Fornerone, secrétaire du groupe local de Martigues d’Amnesty International. « Qu’on nous laisse entrer pour vérifier s’il n’y a pas d’armes, ce serait une preuve de bonne foi », abonde Benoît Muracciole. Une demande également formulée par 20 Minutes et qui reste lettre morte à l’heure où ces lignes sont écrites.