A 77 ans, Michel passe le bac: «J’aspire à une mention assez bien»

PORTRAIT «20 Minutes» a fait connaissance avec le plus âgé des candidats cette année

Delphine Bancaud

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Michel Barda, le doyen des candidats au bac en 2019.
Michel Barda, le doyen des candidats au bac en 2019. — Michel Barda
  • Il avait déjà tenté de décrocher le fameux sésame il y a cinquante-quatre ans.
  • Ce défi personnel a surpris tout son entourage.
  • En cas d’échec, Michel assure qu’il n’en fera pas un fromage : «J’ai affronté des choses plus graves au cours de mon existence», ironise-t-il.

« Il manque une brique à mon mur, je compte bien l’ajouter », annonce fièrement Michel Barda, 77 ans, qui est le doyen des candidats au bac cette année. Un défi personnel pour celui qui avait déjà tenté de décrocher le précieux sésame… il y a cinquante-quatre ans.

« J’ai arrêté mes études en seconde, puis j’ai travaillé et effectué mon service militaire, avant de tenter de passer le bac, que j’ai raté alors, à cause de la physique. J’ai ensuite été entrepreneur et depuis que je suis à la retraite, j’écris des nouvelles. Mais j’avais envie de me lancer ce défi et de voir si je pouvais me conformer aux canons de l’Education nationale », explique ce septuagénaire qui habite un village de l'Yonne.

« Je bosse au pifomètre, en fonction de mes envies »

Cette démarche a surpris son entourage. « Ma femme est habituée à ce que je sorte des rails, mais j’ai eu le droit à des commentaires amusés et encourageants de la part de mes amis. Quant à mes filles, je crois qu’elles sont assez fières de leur père », se targue-t-il avec humour.

Alors, depuis janvier, Michel s’attelle à son projet en se préparant au bac L en candidat libre. « Je bosse au pifomètre, en fonction de mes envies. Je lis beaucoup, je potasse des annales du bac, je revois mes verbes irréguliers en italien et en anglais », raconte-t-il. L’homme n’est pas adepte des fiches et privilégie la mémoire visuelle. Loin d’être dans ses petits souliers face à l’obstacle, il pense même que ses 77 printemps vont l’aider dans ses révisions : « J’ai voyagé dans 72 pays, j’ai la culture générale d’un grand-père, donc je me répète ces vers de Jean de La Fontaine : "Quiconque a beaucoup vu. Peut avoir beaucoup retenu" », lance-t-il en riant. Et il compte bien cartonner dans plusieurs matières : « En français et en philosophie, je me sens à l’aise. Je pourrais décrocher de bonnes notes ».

« J’ai fait des impasses », assure-t-il

Pas question, donc, de jouer les rats de bibliothèque à cause du bac : « Je continue à écrire, à m’investir dans mes activités au sein d’une association de bibliothèques rurales et au sein d’un golf », explique-t-il. Pour préparer les épreuves d’éducation physique, Michel s’est aussi remis à la natation et au badminton. Il vient d’ailleurs de passer l’examen dans cette matière. « L’épreuve de natation n’était pas évidente, notamment quand j’ai dû passer en apnée sous une barre ».

Le doyen des candidats a aussi présenté son option arts plastiques, « mais difficile de savoir si le jury a apprécié mes œuvres », commente-t-il. Dans une dizaine de jours, Michel passera l’oral d’anglais et n’est pas tout à fait serein : « J’ai fait des impasses, donc si l’examinateur me pose des questions qui m’embarrassent, je lui dirai que je ne répondrai qu’en présence de mon avocat », plaisante-t-il

« En toute modestie, je ferai part de mon succès à tout le monde »

« J’aspire à une mention assez bien. Mais en disant ça, je sais que sera d’autant plus honteux si je me ramasse », ironise-t-il. Et en cas d’échec, Michel assure qu’il n’en fera pas un fromage : « J’ai déjà eu une vie bien remplie et j’ai affronté des choses plus graves au cours de mon existence ». En cas de victoire, Michel compte bien faire sauter quelques bouchons de champagne. « En toute modestie, je ferai part de mon succès à tout le monde », prévient-il. Et tant pis si ses chevilles enflent quelques jours !