Alsace: La délicate mission de restauration d'une chambre à gaz dans l'ancien camp de concentration nazi du Struthof

MEMOIRE Des travaux de restauration ont lieu dans l'ancien camp de concentration nazi de Natzweiler-Struthof dans le Bas-Rhin

Alexia Ighirri

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Natzwiller camp de concentration du Struthof (Archives)
Natzwiller camp de concentration du Struthof (Archives) — G. VARELA /20 MINUTES

Depuis octobre 2018, les travaux de restauration engagés par le ministère des Armées sur le site de l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin) suivent leur cours. Le chantier a débuté avec la flamme mémorielle et la nécropole du Centre européen du résistant déporté (Cerd), lieu de mémoire situé en lieu et place de l’unique camp de concentration sur le sol français où près de 22.000 déportés sont morts.

Le parement en pierres blanches de la flamme dégradé, près de 210 tonnes de pierres seront déposées, nettoyées et éventuellement remplacées avant d’être remises en place. La nécropole nationale, où reposent les corps de 1.118 Français(es) mort(e)s en déportation, sera elle aussi rénovée. Depuis le début d’année 2019, ce sont les huit miradors et la guérite de l’entrée du camp qui sont en chantier. Viendront ensuite la baraque cuisine et la chambre à gaz. D'ailleurs comment restaure-t-on un tel endroit, destiné à tuer ?

« C’est un peu intimidant »

« C’est une histoire un peu pesante. C’est délicat… C’est vrai que c’est un peu intimidant de travailler sur un lieu comme ça. Je pense qu’il faut à la fois toujours être concerné par le sujet, parce que c’est essentiel d’avoir une vraie humilité, mais il faut aussi savoir prendre quelques distances parce que sinon on n’arrive pas à avancer, estime Pierre Dufour, architecte en chef des monuments historiques. Il ne faut pas non plus être submergé par les émotions. C’est toujours la difficulté de travailler sur ce genre de sujet. Architecte, c’est une profession d’émotions : on manipule quand même l’humain, on construit pour les hommes, donc il y a un rapport sentimental. En même temps, il faut savoir prendre des distances pour ne pas se laisser submerger. »

Protégé depuis 1951, le bâtiment de la chambre à gaz n’a subi que très peu de transformations. Sa configuration actuelle est cependant peu satisfaisante pour accueillir les visiteurs du Cerd. Le projet de rénovation vise à rénover le bâtiment pour préserver le bâti, mais également à réorganiser l’espace selon deux objectifs : rendre toute sa solennité et « un peu de dignité à l’édifice » pour sa visite ; présenter l’histoire de la chambre à gaz de façon documentée et détaillée en créant une exposition permanente.

« L’idée ce n’est pas qu’on la rénove pour revenir à un état neuf. C’est de suggérer quand même le temps qui est passé, les altérations liées aux usages, c’est important qu’on les sente encore. Il y a peu de choses à faire sur la restauration à proprement parler du bâti, explique encore Pierre Dufour. L’idée c’est surtout de plus l’incarner, de permettre au public de voir des choses et les comprendre. C’est la difficulté qu’a le public je pense quand il visite aujourd’hui la chambre à gaz : de comprendre comment ça a marché, quelle est l’histoire qu’il y a eue dans ce bâtiment. »

Une muséographie pour la visite du bâtiment

Dans le cadre d’un projet de muséographie de la chambre à gaz, il sera par exemple possible d’y voir la présentation d’objets qui sont rattachés à l’histoire du bâtiment. « Ça va permettre d’apporter un éclairage sur les expériences pseudoscientifiques qui ont été menées dans ce bâtiment. On sait peu de chose sur ces expériences-là », indique-t-il.

C’est le travail du conseil scientifique du Cerd qui doit aboutir à une scénographie accompagnant la visite de ce bâtiment. L’objectif : « Qu’on ne soit pas juste confronté à un édifice et une histoire qu’on ne comprend pas, dixit l’architecte. Il y a vraiment la volonté d’apporter un projet pédagogique. Ce n’est pas qu’une intervention sur le bâtiment, même si c’est ça la base. » Il faut dire que le Struthof, c’est évidemment plus que des bâtiments.