Lyon: «Après un cancer, il faut soigner les bleus au corps et à l'âme», confie la créatrice de SOS Féeminité

CANCER La seconde édition des K-Fighteuses se tient ce jeudi au centre Léon-Bérard à Lyon. «20 Minutes» a rencontré l’une de ces «combattantes» qui a créé l’association Sos Féeminité après sa maladie

Elisa Frisullo

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Anne-Marie Laurent, créatrice de l'association Sos Féeminité qui aide les femmes à se reconstruire après ou pendant un cancer près de Lyon.
Anne-Marie Laurent, créatrice de l'association Sos Féeminité qui aide les femmes à se reconstruire après ou pendant un cancer près de Lyon. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • La seconde édition des K-Fighteuses se tient ce jeudi au centre Léon-Bérard à Lyon. Ce salon est dédié aux femmes qui ont tiré de leur maladie quelque chose de positif en se lançant dans des projets associatifs ou professionnels.
  • 20 Minutes a rencontré l'une de ces «combattantes» qui se consacre aujourd'hui à aider les femmes à se reconstruire par des soins socioesthétiques pendant ou après un cancer. 

De ses cancers, elle a gardé des séquelles. « Au corps et à l’âme », confie-t-elle. Mais pendant et après la maladie, elle s’est aussi découvert une combativité qu’elle n’aurait jamais soupçonnée, une « résilience », qui lui ont permis de créer, il y a quatre ans SOS Féeminité. Ce jeudi, Anne-Marie Laurent, 51 ans, sera présente à la seconde édition des K-Fighteuses. Un salon organisé au Centre Léon-Bérard à Lyon (dès 10 heures), dédié aux femmes qui ont tiré de leur maladie quelque chose de positif en se lançant dans des projets associatifs ou professionnels.

L’idée lui est venue en 2014, lors de son premier cancer du sein, dont elle est aujourd’hui guérie et qui a été suivi, deux ans plus tard, d'un cancer de la parotide, pour lequel elle est en rémission. « Lorsque j’ai eu mon cancer du sein, je venais de reprendre le travail. Je n’ai pas eu le droit aux indemnités journalières. Je me suis retrouvée malade, isolée car j’habite à la campagne, et dans la précarité », se souvient Anne-Marie.

Les perruques, aujourd’hui mieux remboursées par la sécurité sociale, ne sont alors que faiblement prises en charge. « Je n’avais pas 650 euros (remboursés 125 euros) pour m’en acheter une. Un ami m’en a offert une ». Pendant la maladie, la quinquagénaire au tempérament bien trempé, ulcérée par l’injustice, réalise que beaucoup de femmes malades sont dans la même situation.

Un réseau de dons de perruques

« Tout a commencé comme ça et c’est allé très vite. J’ai lancé un réseau de dons de perruques et j’ai commencé à aider des femmes comme moi dans toute la France », ajoute-t-elle. En quatre ans, 150 malades du cancer ont bénéficié d’une perruque grâce à l’association SOS Féeminité, basée à Vénissieux. Certaines, de perruques neuves. D’autres de perruques recyclées, données au préalable à l’association puis nettoyées.

« On fait en sorte qu’elles aient de belles perruques sans avoir d’argent à sortir », précise Anne-Marie, qui depuis février propose aussi des soins socioesthétiques dans le local de l’association, aménagé comme un cocon de bien-être.

Les soins du visage, du corps, des mains, les massages, les manucures, sont réalisés par des professionnels. Trois prestations sont offertes aux personnes accueillies. Puis les tarifs sont adaptés aux ressources de chacune, en situation de précarité ou non, mais restent bas. « L’objectif est de leur permettre de renouer avec leur féminité. Cela passe par le corps qui a beaucoup subi pendant la maladie. Nous les aidons à amorcer un retour à la vie », précise Anne-Marie, qui a connu ces étapes nécessaires à la reconstruction.

« Apprendre à se regarder dans un miroir et à s’aimer de nouveau »

« On ressort complètement différente d’un cancer. Physiquement et psychologiquement. Pendant la maladie, il y a la chimiothérapie, oui, mais on parle beaucoup moins des séquelles que nous gardons. Des cicatrices, des douleurs, de la prise de poids, de nos cheveux ou nos sourcils qui ne repoussent pas comme avant. J’essaye d’offrir à ces femmes ce dont j’avais besoin : retrouver cette étincelle que j’avais lorsque, avant le cancer, je m’occupais de moi. Et apprendre à se regarder dans un miroir et à s’aimer de nouveau après avoir été, parfois, balafrées par des interventions ».

Pour maintenir son association, Anne-Marie, qui ne reçoit aucune subvention, a bataillé. « Plus d’une fois, j’ai eu envie de jeter l’éponge. Cela a été très dur de me faire connaître. Et puis, dans ces moments de doute, une femme m’appelait et je me disais "c’est pour cela que tu fais cela". Alors j’ai tenu. J’ai perdu de l’argent, je n’ai plus la même vie, mais lorsqu’une de ces femmes me serre dans ses bras pour me remercier, je me dis que j’ai tout gagné et je suis heureuse ».

Aujourd’hui, SOS Féeminité, dont le centre Léon-Bérard est partenaire, est connu de multiples patientes grâce aux relais des assistantes sociales des hôpitaux, des centres médicaux et de la Ligue contre le cancer. Chaque année, en septembre, Anne-Marie organise une course caritative à Mornant pour financer ses actions auprès des femmes.