Limitation à 80 km/h: A l'Assemblée, un amendement veut donner le pouvoir d'augmenter la vitesse aux départements

SECURITE ROUTIERE Les 80 km/h sont dénoncés comme le symbole des villes déconnectées de la vie quotidienne des campagnes

20 Minutes avec AFP

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Image d'illustration du passage de la vitesse à 80 km/h.
Image d'illustration du passage de la vitesse à 80 km/h. — AFP

Une vitesse limitée à 80 km/h au niveau national mais une possibilité de l’augmenter sur certains tronçons par les présidents des conseils départementaux. Quitte à en assumer les conséquences en matière de sécurité routière. C’est le compromis que dessine un amendement porté par le groupe LREM, en vue de l’examen du projet de loi d’orientation sur les mobilités dans les prochains jours à l’Assemblée. Et que le gouvernement est prêt à soutenir, a dit Edouard Philippe.

Les députés ont donné dans la nuit de jeudi à vendredi leur aval en commission pour laisser aux présidents de conseils départementaux la capacité de déroger aux 80 km/h sur les routes secondaires, sur proposition du groupe LREM. « Si les présidents de conseils départementaux souhaitent prendre leurs responsabilités, je n’y vois aucun inconvénient », a déclaré le Premier ministre jeudi sur franceinfo. En fixant toutefois une condition : que ce pouvoir des présidents de département soit « systématiquement assorti de mesures » garantissant « le plus haut niveau de sécurité routière possible ».

Les routes nationales exclues

Les 80 km/h, considérés comme efficaces par la plupart des experts de la sécurité routière, sont dénoncés comme le symbole des villes déconnectées de la vie quotidienne des campagnes. Selon les sondages réalisés ces derniers mois, près de huit Français sur dix sont favorables à l’abandon ou du moins à l’assouplissement de la mesure. Dès le début du grand débat national, mi-janvier, Emmanuel Macron avait ouvert la porte à des aménagements pour aboutir à « quelque chose qui soit mieux accepté et plus intelligent ». Fort des bons résultats de la Sécurité routière en 2018 (189 morts de moins qu’en 2017), Edouard Philippe défend lui toujours une mesure dont il se dit « fier » et qu’il « assume », a-t-il réaffirmé jeudi.

Le sénateur LR de la Haute-Saône Michel Raison, auteur d’un autre amendement sur le sujet, dénonce dans un communiqué la « fausse ouverture » d’Edouard Philippe « qui omet sciemment de préciser que l’amendement proposé par les députés LREM exclut du dispositif les routes nationales ». En laissant la seule responsabilité aux présidents de conseil départemental, la majorité mise aussi sur le fait que peu d’entre eux oseront franchir le pas, trop soucieux de ne pas assumer les accidents mortels.

« Au premier mort… »

« Laisser la responsabilité au département, c’est un peu pervers et malhonnête », a déclaré à l’AFP le président PS du conseil départemental du Tarn Christophe Ramond, dénonçant « une manœuvre politicienne ». « Je n’ai pas besoin d’injonctions parisiennes, ni pour définir la vitesse applicable sur ces routes, ni pour recevoir des leçons de sécurité routière », a réagi par communiqué François Sauvadet, président du conseil départemental de la Côte-d’Or, affirmant que « 90 % du réseau (de son département) pourront repasser à 90 km/h ».

Pour le député LREM Jean-Charles Colas-Roy, membre de la commission développement durable qui examine le projet de loi mobilités, il faudra « veiller que les présidents de département puissent avoir accès à toutes les données liées à la sécurité routière ». « Je prends le pari qu’au premier mort, on descendra tous à 80 km/h », a jugé de son côté le chef de file des députés MoDem, Patrick Mignola. Dès l’annonce de la mesure début 2018, Edouard Philippe s’était engagé à en tirer un bilan mi-2020 et à l’annuler si elle se révélait inefficace.