Des syndicats tirent la sonnette d'alarme sur le climat social à la SNCF

SOUFFRANCE AU TRAVAIL Plusieurs agents de la SNCF se sont suicidés ces derniers mois

N.Sa avec AFP

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Deux employés de la SNCF sur un quai de gare (image d'illustration).
Deux employés de la SNCF sur un quai de gare (image d'illustration). — Christophe SIMON / AFP

SUD-Rail et la CFDT-Cheminots ont tiré mercredi, dans des communiqués séparés, la sonnette d’alarme sur le climat social à la SNCF, les deux syndicats évoquant des salariés en « souffrance » et des situations « dramatiques » dans une entreprise en cours de transformation.

Alors que la semaine dernière la direction de la SNCF « a communiqué sur la "bonne dynamique des activités de SNCF-Mobilités" » (branche du groupe chargée de l’exploitation des trains, ndlr) au premier trimestre, pour les cheminots, « la dynamique est celle de la souffrance au travail et de son expression la plus dramatique des suicides », affirme SUD-Rail dans son communiqué.

Un agent s’est « jeté sous un train devant le siège de la SNCF »

Annonçant « le suicide » d’un agent de la SNCF, retrouvé décédé « chez lui » début mai, SUD-Rail dénonce « l’arrogance » des dirigeants du groupe et une stratégie de « casse » du « collectif des salariés fondé sur la maîtrise technique et le sens partagé du service public ».
La semaine dernière, le syndicat avait annoncé le suicide d’un autre agent, qui s’était « jeté sous un train devant le siège de la SNCF » à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). « La SNCF doit faire la lumière sur les conséquences funestes » d’un « management violent lié aux restructurations » dues à la réforme ferroviaire (votée en juin 2018), écrivait alors SUD-Rail, en critiquant « une politique de privatisation/productivité/suppressions d’emplois ».

Pour la CFDT-Cheminots également, « la situation sociale est alarmante » à la SNCF, notamment à cause des « réorganisations permanentes » et des « réductions d’effectifs » avec des « salariés en souffrance et en surcharge de travail », « épuisés », « confrontés à des situations dramatiques ». Et les agents managers doivent « assumer des évolutions dont le sens n’est pas donné ou n’est pas déontologiquement acceptable », ajoute le syndicat dans son communiqué.

« Trop de drames ont coûté la vie » à des cheminots

Face à une direction qui « ne s’engage pas », la CFDT-Cheminots « exige des mesures de protection du personnel applicables immédiatement ». Dans un courrier adressé le 9 mai au patron du groupe, Guillaume Pepy, le syndicat relève aussi, sans mentionner directement des suicides, que « trop de drames ont coûté la vie » à des cheminots.

« Il est patent que les entreprises qui ont fait le choix de se transformer trop vite – dans le déni de leur histoire et de leur culture de service public et au détriment des conditions de travail des salariés et de leurs droits sociaux – ont été confrontées à des situations similaires de détresse », écrit dans cette lettre le secrétaire général de la CFDT-Cheminots, Didier Aubert. La réponse de la direction à ce courrier « n’est pas à la hauteur des exigences de la CFDT », a estimé le syndicat. La direction de la SNCF a assuré de son côté que « l’ensemble des manageurs de l’entreprise est parfaitement lucide » quant aux « inquiétudes qui existent dans le corps social » avec la mise en oeuvre de la réforme ferroviaire.

« Accompagner les salariés les plus fragiles »

« L’accompagnement humain des transformations doit être au centre de toutes les préoccupations », a déclaré Benjamin Raigneau, directeur des ressources humaines (DRH).
Le groupe va « renforcer des actions déjà engagées de longue date », notamment pour « accompagner les salariés les plus fragiles », et « on va mettre en place en juin un Observatoire de la transformation » qui devra « en permanence vérifier qu’on a mis la question des salariés, de leur accompagnement individuel et collectif au coeur des transformations que nous réalisons », a ajouté Benjamin Raigneau.

La direction a aussi décidé de « réunir prochainement » la commission dédiée à la prévention des risques psycho-sociaux, créée « il y a deux ans », a indiqué le DRH.