Nantes: Un policier (en sweat et baskets) tous les mardis matin dans un collège de Bellevue

REPORTAGE Depuis quelques semaines, une présence policière est assurée tous les mardis matin au sein du collège Debussy

Julie Urbach

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Anthony Guitard, fonctionnaire de police, est présent tous les mardis matin au collège Bellevue à Nantes
Anthony Guitard, fonctionnaire de police, est présent tous les mardis matin au collège Bellevue à Nantes — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Un collège nantais et le Centre de loisirs jeunesse 44, une association composée de policiers, mènent une expérimentation depuis fin avril.
  • Tous les mardis matin, un fonctionnaire de police est présent dans l'établissement scolaire afin de «créer du lien et faire de la prévention».

Avec son sweat à capuche gris, ses Stan smith et son air jovial, il passerait presque inaperçu dans la cour du collège Claude Debussy, à Nantes. Pourtant, Anthony Guitard n’est pas un membre de l’équipe éducative comme un autre. Depuis la fin du mois d’avril, ce fonctionnaire de police de 43 ans assure une permanence tous les mardis matin dans cet établissement du quartier sensible de Bellevue. En civil et sans arme, car l’objectif est « de mener des actions de prévention, notamment pour créer du lien entre la police et les jeunes du quartier ».

Pour cette expérimentation, présentée comme unique en France, l’agent n’a ni fiche de poste, ni objectifs chiffrés. « On va me solliciter pour des soucis de comportement, des situations de décrochage, raconte par exemple Anthony Guitard. Je ne suis pas là pour procéder à des interpellations mais pour discuter avec l’élève, comprendre le problème, faire un rappel de la loi si nécessaire… Des interventions dans les classes autour du harcèlement scolaire ou des gestes qui sauvent sont également prévues. La porte de mon bureau, qui donne directement sur la cour, reste toujours grande ouverte. » Pendant les récrés, quelques têtes d’ados passent, pour le moment par curiosité…

Beaucoup de têtes connues

Si le quartier Bellevue a récemment été le théâtre de coups de feu, la présence de cet agent de police n’en est pas la conséquence. Le dispositif, testé au moins jusqu’en juillet 2020, est en fait la continuité d’un partenariat mené entre le collège classé REP+ et le CLJ 44 (centre de loisirs jeunesse), une association composée de policiers qui organise des activités pour les adolescents. « Nous avons déjà une convention depuis 2011 avec le collège Debussy pour prendre en charge les élèves exclus temporairement, rapporte Thierry Palermo, commissaire divisionnaire et président du CLJ. Là, c’est un petit pas de plus, un autre outil, pour encore améliorer le suivi. »

Dans la cour et les couloirs, Anthony Guitard croise donc un certain nombre de têtes connues. Il retient les prénoms, demande des nouvelles, se renseigne sur les éventuelles bagarres, sans donner de leçons. Même lorsque ce mardi, un élève arrive au collège avec un Bicloo repeint en noir… « Nous allons évidemment voir de quoi il s’agit, mais je reste la seule habilitée à décider des sanctions dans l’enceinte du collège, rappelle Gwenaelle Douarinou, la principale. Croiser nos regards apporte un vrai plus, qui pourra aussi nous aider à renforcer le lien parfois ténu qu’entretient l’éducation nationale et les familles. »

Des liens privilégiés

Si certains parents d’élèves, justement, ont au début fait part de la crainte d’une certaine « stigmatisation », tout le monde semble désormais en accord avec la présence du policier, après « plusieurs réunions pour prendre le temps d’expliquer ». Pour autant, tous assurent ici que « cette belle aventure » se déroule pour le moment sans accroc grâce aux liens privilégiés qu’entretenaient déjà les deux structures et à la personnalité des uns et des autres.

Au collège Debussy, on ne semble donc pas franchement favorable à la généralisation des forces de l’ordre dans les établissements scolaires, comme pouvait le proposer de nouveau Christophe Castaner il y a quelques mois. « Seul, au sein de l’éducation nationale et au milieu des jeunes des quartiers, un fonctionnaire de police peut vite se retrouver en difficulté si rien n’a été tissé avant, estime Anthony Guitard, qui est entré dans la police après plusieurs expériences dans l’animation. C’est là qu’il faut créer du lien, mais ça ne se décrète pas comme ça. C’est un travail de fourmi. »