Marseille: Face à un «manque de démocratie», les opposants font le choix des pétitions et ça fonctionne

PETITION Les opposants à la mairie de Marseille ont de plus en plus recours à des pétitions en ligne pour faire fléchir la municipalité

Adrien Max

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Le collectif du 5 novembre a récolté plus de 10.000 signatures sur sa pétition pour une charte du relogement.
Le collectif du 5 novembre a récolté plus de 10.000 signatures sur sa pétition pour une charte du relogement. — SYLVAIN THOMAS/AFP
  • L’opposition municipale et des collectifs citoyens multiplient les pétitions afin de mettre certains sujets sur la table du conseil municipal.
  • Pour Benoît Payan, chef de l’opposition, cela traduit un « manque de démocratie ».
  • Yves Moraine, de la majorité, considère au contraire que ce phénomène national est une conséquence d’un besoin de plus de participation citoyenne.

L’objectif est atteint en à peine trois semaines. La pétition lancée en ligne par le collectif du 5 novembre pour une charte du relogement des personnes évacuées à Marseille a atteint plus de 10.000 signatures depuis son lancement. « On vient de recompter celles en papier, on atteint pas loin de 12.000 personnes dont environ 7 ou 8.000 Marseillais inscrits sur les listes électorales », confirme Kevin Vacher du collectif.

La barre des 10.000 personnes (des électeurs marseillais uniquement) étant dépassée, la proposition doit être étudiée lors du prochain conseil municipal. « C’est une façon de mettre la pression sur la mairie pour avoir une sorte de plan B. Les discussions sont très difficiles dernièrement, la mairie les fait traîner en longueur depuis un mois. Nous faisons des propositions, eux ne se concentrent que sur les aspects réglementaires. C’est un vrai jeu de ping-pong », détaille Kevin Vacher.

Manque de démocratie ou participation citoyenne ?

Les différents collectifs mobilisés sur la question ont bon espoir d’atteindre la barre des 15.000 signataires d’ici à la fin de semaine pour être sûr d’avoir 10.000 électeurs marseillais.

Une réussite qu’a aussi connue dernièrement la pétition contre les PPP, initiée par Benoit Payan, chef de file de l’opposition PS à la mairie et Jean-Marc Copolla du PCF. La question devrait donc être étudiée au prochain conseil municipal prévu à la mi-juin. « Cela est la conséquence du manque de démocratie dans cette ville, fustige Benoît Payan. Il y a un manque de transparence et de discussions, la mairie n’écoute jamais les oppositions, et ils ne s’imaginent pas gouverner autrement que seuls. Ces recours sont la dernière solution. Mon but n’est pas de gagner contre eux mais de ne pas privatiser les écoles. »

Yves Moraine, chef de la majorité LR à la mairie, analyse ce recours à des pétitions comme une visée politicienne : « Nous sommes à un an des élections municipales, c’est une façon pour les oppositions d’exister. » Mais il considère aussi que ce recours à des pétitions rejoint une tendance plus globale. « Cela dépasse le cadre de Marseille, on le voit avec la pétition contre la privatisation des aéroports de Paris. Cela traduit une volonté de participation citoyenne au-delà d’échéances électorales », avance Yves Moraine. Mais pour lui, le meilleur lieu de débat reste le conseil municipal.

« Défaut d’information »

Benoît Payan n’est pas d’accord puisqu’il vient de déposer un recours devant le tribunal administratif contre la vente de la villa Valmer pour en faire un hôtel. « J’ai attaqué ce dossier pour un défaut d’information. Nous n’avons jamais été mis au courant de l’obligation de déménager certains services pour un coût de 25.000 euros par mois, ce que nous avons appris par voie de presse. J’avais laissé les architectes et les collectifs faire des recours judiciaires contre les PPP. Pour la villa Valmer, seuls les conseillers municipaux peuvent le faire », se justifie-t-il.

Le prochain conseil municipal prévu mi-juin promet d’être animé puisque ces deux pétitions devraient occuper une bonne partie des discussions.