Bretagne: Le pastis breton fait un carton et bouscule les sudistes

ILS SONT FOUS CES BRETONS La Maison Jouffe, à Dinan, a déjà écoulé 10.000 bouteilles depuis le lancement du Brastis

Manuel Pavard

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Avec le Brastis, Laurent Jouffe revisite le pastis à la façon bretonne.
Avec le Brastis, Laurent Jouffe revisite le pastis à la façon bretonne. — M. Pavard / 20 Minutes
  • La Maison Jouffe, basée à Dinan (Côtes-d'Armor), a lancé fin janvier son pastis breton, le Brastis, dont elle a déjà écoulé 10.000 bouteilles.
  • En s'attaquant à un symbole du patrimoine marseillais, l'entreprise a provoqué de nombreuses réactions chez les sudistes.
  • Forte du succès du Brastis, la Maison Jouffe annonce le lancement d'une nouvelle gamme de pastis breton, le Vieux Briscard.

« Du pastis breton ? Et pourquoi pas du chouchen marseillais tant qu’on y est ! » À l’image de cet internaute sudiste mi-sérieux mi-ironique, la guéguerre a fait rage durant des semaines sur les réseaux sociaux. Objet du délit ? Le Brastis – contraction de « Breizh » et « pastis » –, dernière création de la Maison Jouffe, spécialisée dans les spiritueux.

Déjà réputée pour ses Cognac et Calvados, cette entreprise familiale basée à Dinan (Côtes-d’Armor) s’est attaquée cette fois à un monument du patrimoine marseillais et provençal : le pastis. Mais un pastis « made in Bretagne », revisité par la Maison Jouffe. « Idée géniale et innovante » pour les uns, « crime de lèse-majesté » pour les autres… Dès son lancement, le 29 janvier, le Brastis a déchaîné les passions.

Un buzz avec deux fronts, les Bretons face aux Marseillais

« À l’origine, la grande majorité des sudistes étaient surtout étonnés », raconte le patron de la société, Laurent Jouffe. « Ensuite, on a eu des mecs hyper énervés sur les réseaux sociaux, ce qui a créé un buzz avec deux fronts – pour caricaturer les Bretons face aux Marseillais. Et finalement, les gens ont essayé et aimé pour la plupart. » Dopé par la médiatisation et le bouche-à-oreille, le Brastis a très vite décollé.

En trois mois, la Maison Jouffe en a ainsi écoulé plus de 10.000 bouteilles alors qu’elle avait plutôt prévu un chiffre de 5000 à l’année. Et les commandes continuent d’affluer de partout en France et même d’Italie ou du Canada. « Notre point fort, c’est bien sûr la Bretagne, mais on vend aussi en région parisienne, dans le nord et de plus en plus dans le sud, précise Laurent Jouffe. Actuellement, on produit plus de 1000 bouteilles par semaine, pourtant on a encore une demande non satisfaite. »

« On s’est inspiré des pastis existants et on y a ajouté notre sensibilité »

Un succès que ce dernier explique par une devise de la Maison Jouffe : le triptyque « tradition, modernité, élégance ». La tradition, selon lui, c’est « le respect des produits ». Malgré « la petite incompréhension de départ avec les sudistes », il tient en effet à « ne pas trahir les choses ». « On s’est inspiré des pastis existants et on y a ajouté notre sensibilité », ajoute celui qui aime à se comparer à « un artiste ou un cuisinier ».

Le Brastis est embouteillé par un sous-traitant en Ille-et-Vilaine mais pour le reste, « tout est fait de A à Z » par la Maison Jouffe, souligne ainsi le chef d’entreprise : la conception, le design de la bouteille – imaginé par son neveu Julien – représentant un phare et un chapeau breton, et surtout la fameuse recette. Si l’anis et la réglisse, ingrédients incontournables du pastis, sont bien sûr présents, ne comptez pas sur Laurent Jouffe pour dévoiler sa botte secrète.

« Il tient la comparaison avec les pastis de chez moi », reconnaît une sudiste

« En bouche, il dégage d’abord une sensation de puissance qui laisse ensuite la place à beaucoup de finesse, avec un goût très aromatisé et floral », explique-t-il, avant de nous servir un verre. Sans être un grand spécialiste, on peut confirmer ses dires. Mais on a la chance de pouvoir faire goûter le précieux breuvage à Pauline, Grenobloise originaire de Martigues (Bouches-du-Rhône) et adepte, en bonne sudiste, des traditionnels Ricard ou Pastis 51.

« J’avais peur d’une pâle copie mais il est très bon, reconnaît-elle. Il y a une touche assez subtile, ça me rappelle un peu l’ouzo (boisson anisée grecque). Je ne dirais pas non plus qu’il est meilleur que les pastis de chez moi mais objectivement, il tient largement la comparaison. »

La Maison Jouffe lance le Vieux Briscard, un nouveau pastis breton plus économique

Son verdict aurait ravi Laurent Jouffe, qui savoure particulièrement les avis élogieux de grandes maisons marseillaises de pastis artisanal, tout comme les cocktails et recettes à base de Brastis fleurissant sur les cartes depuis le lancement. Devant le succès du Brastis, distribué auprès des bars, restaurants et cavistes et vendu une trentaine d’euros la bouteille, la Maison Jouffe entend maintenant conquérir un public encore plus large.

L’entreprise dinannaise lancera ainsi début juin le Vieux Briscard, un nouveau pastis breton plus économique destiné aux grandes surfaces. Un alcool « un peu plus simple » que l’original mais « également très bon », assure Laurent Jouffe, qui a toujours du mal à redescendre sur terre : « Pour la Maison Jouffe, il y aura un avant et un après Brastis ! »