Réforme du lycée, Parcoursup... Pourquoi le coaching en orientation des lycéens est en plein essor?

EDUCATION Les familles ont de plus en plus besoin d’accompagnement pour se repérer dans le dédale des formations et dans la procédure d’orientation

Delphine Bancaud

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Un salon pour aider les étudiants à s'informer sur leur avenir
Un salon pour aider les étudiants à s'informer sur leur avenir — D.Bancaud/20 Minutes
  • Les réformes éducatives ont généré un certain stress chez les familles, qui ressentent davantage le besoin d’être accompagnées dans le choix de filières de leurs enfants.
  • Mais en l’absence de réglementation de ce secteur, tous les coachings en orientation ne sont pas de même qualité.
  • Il est notamment nécessaire de vérifier les méthodes utilisées et la neutralité de l’organisme avant de signer son chèque…

 

Dans toutes les grandes villes, elles fleurissent. Les sociétés de coaching en orientation, qui proposent de guider les jeunes dans le dédale des formations, sont en pleine expansion. D’ailleurs, selon une étude du Cnesco parue en décembre dernier, pas moins d’un élève sur cinq a recours à un coach privé dédié à l’orientation.

Une expansion due à un contexte porteur, comme l’explique Albert Ritzenthaler, rapporteur de l’avis L’orientation des jeunes pour le Conseil économique, social et environnemental (Cese) : « La mise en oeuvre de Parcoursup l’an dernier (qui demande aux lycéens de motiver leurs vœux de formation) et celle de la réforme du lycée cette année (qui impose aux élèves de seconde de choisir trois spécialités en 1re) ont généré un certain stress dans les familles, qui redoutent de faire de mauvais choix ». « Et le fait que beaucoup de cadres du privé se reconvertissent dans le coaching participe à cet essor », observe Sylvie Amici, présidente de l’association des psychologues de l’Education nationale.

Parcoursup et la réforme du lycée, des boosters d’activité

Autre raison de ce boom : les psychologues de l’Éducation nationale (en charge du conseil en orientation des élèves) sont trop peu nombreux et débordés, ce qui pousse souvent les familles à se tourner vers les structures privées pour obtenir des conseils sur les cursus et les métiers plus rapidement.

Outre la création de nouvelles officines privées dédiées à l’orientation, celles qui étaient implantées sur ce créneau depuis des années ont vu leur activité s’étoffer, à l’instar de Futurness, d’Odiep ou d’Eureka Study : « Notre activité entre septembre et mars a doublé avec Parcoursup par rapport à l’époque d’APB. Et les jeunes se préoccupent beaucoup plus tôt de leur orientation », constate Paul Courtaud, fondateur de Futurness.

Des tests, des entretiens une analyse du dossier scolaire

Le coaching en orientation n’étant pas réglementé, chaque structure propose des prestations différentes : « Pour élaborer un projet d’orientation postbac, 5 entretiens sont prévus entre le jeune, son coach et un spécialiste des parcours d’étude. Et l’élève passe un test qui permet d’évaluer ses centres d’intérêt, ses aptitudes… », explique le dirigeant de Futurness. « De notre côté, nous prévoyons 5 ou 6 séances avec le jeune pour lui faire passer des tests psychométriques, lui faire suivre un mooc sur l’orientation, l’inviter à regarder des vidéos sur les métiers… Avant de débriefer avec lui et de lui proposer deux ou trois filières possibles qui soient compatibles avec ses résultats scolaires », explique Valérie Wasson, présidente d’Eureka Study. « Chez nous aussi, la démarche mêle entretien psychologique, tests psychométriques et analyse scolaire. Les jeunes ont vraiment le temps de mûrir leur projet », indique Alexandre de Lamazière, directeur d’Odiep.

Et ces coachs privés se targuent souvent de mieux connaître le monde de l’entreprise que les psychologues de l’Education nationale : « Certains de nos coachs sont des professionnels des ressources humaines en fonction en entreprise, parallèlement à leur activité chez nous. Et tous nos coachs sont formés chaque semaine aux nouveaux métiers », indique Paul Courtaud. Au final, les jeunes sortent de ce coaching avec des préconisations de filières, voire de métiers. « Dans 90 % des cas, ils suivent nos recommandations », affirme Alexandre de Lamazière. Et pour Paul Courtaud, les résultats de cet accompagnement se feraient sentir sur le long terme : « Selon une étude, trois ans après, les élèves que nous avons coachés étaient toujours dans la formation que nous leur avions recommandée », assure-t-il.

Entre 400 et 600 euros le bilan

Reste que les structures de coaching ne font pas l’unanimité. Tout d’abord parce que ce sont les familles aisées qui font le plus appel à des coachs payants, comme le souligne le Cnesco. En effet, les bilans orientation coûtent en général entre 400 et 600 euros. « Ce qui pose un problème d’inégalité sociale criant dans le domaine de l’orientation », estime Albert Ritzenthaler. Mais pour Valérie Wasson, l’investissement des familles est largement rentabilisé : « Car se tromper d’orientation a un coût psychologique et financier important », insiste-t-elle.

Ensuite, en l’absence de réglementation de la profession, force est de constater que tous les coachings en orientation ne se valent pas : « On ne peut pas avoir de garantie sur ces entreprises, donc les parents doivent mener leur enquête eux-mêmes pour évaluer la fiabilité de la structure et du service qu’elle propose », conseille Albert Ritzenthaler.

Séparer le bon grain de l’ivraie

Quelques précautions s’imposent donc avant de signer un chèque : « Il faut d’abord vérifier qu’il n’y a pas de conflit d’intérêt, que l’officine de coaching n’est pas liée à une école privée qu’elle recommanderait aux élèves à l’issue de son bilan. Un petit tour sur son site internet permet de vérifier si elle appartient à un groupe », indique Sylvie Amici, de l’Education nationale. Le fait que l’entreprise soit certifiée Afnor, qu’elle soit adhérente à une fédération de coaching, qu’elle soit rattachée à un code de déontologie, constituent aussi des gages de sérieux.

Autre impératif : se renseigner sur les outils utilisés lors du coaching. « Il faut demander quels sont les tests psychométriques utilisés et vérifier qu’ils proviennent d’un éditeur réputé », recommande Sylvie Amici. « La structure doit aussi pouvoir expliquer comment le coach se tient à jour des filières et des métiers existants », ajoute Albert Ritzenthaler. Il est aussi utile de demander si à l’issue du bilan, le coach proposera bien plusieurs filières et aussi bien des formations publiques que des privées. De quoi permettre au lycéen d’avoir plusieurs chemins à emprunter.