PMA en solo: «Il y a dix ans, on manquait d’informations, aujourd’hui, le problème, c’est de faire le tri»

INTERVIEW Dans un livre témoignage qui paraît ce jeudi, la journaliste Olivia Knittel détaille les trois années de parcours du combattant durant lesquelles elle a lutté, en Belgique et en France, pour tomber enceinte, seule

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Olivia Knittel a mis trois ans avant d'accoucher de sa fille, à 41 ans, après plusieurs FIV en France et en Belgique.
Olivia Knittel a mis trois ans avant d'accoucher de sa fille, à 41 ans, après plusieurs FIV en France et en Belgique. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • Ce jeudi paraît PMA pour mon amour (éd. Cherche-Midi), l’autobiographie d’une femme qui s’est lancée dans une véritable série d’épreuves pour tomber enceinte seule.
  • Avoir un enfant seule ou pas du tout, c’est le dilemme compliqué auquel certaines femmes font face. Mais plus largement, ce récit pourrait parler à toutes les personnes, en couple ou pas, qui se retrouvent confrontées aux problèmes d’infertilité.
  • Alors que le débat sur l’extension de la PMA aux couples de femmes seules et lesbiennes devrait s’ouvrir avant l’été, ce récit riche en rebondissements apporte un éclairage très personnel et quelques réponses.

Edit: Alors que le projet de loi sur la bioéthique, qui prévoit notamment l’ouverture de la PMA aux lesbiennes et femmes seules, sera présenté en Conseil des ministres le 26 juillet, 20 Minutes vous propose de (re)découvrir nos articles sur le sujet. 

La veille, Olivia Knittel a dédicacé son autobiographie, PMA Pour Mon Amour, à sa Lila. Sa fille de 7 ans, dont la conception n’aura plus aucun secret pour ceux qui se plongeront dans ce récit à la première personne d’une femme qui a décidé de faire un enfant contre vents et marées. Seule. « Ou presque », comme l’écrit l’auteure, car le lecteur croise au détour de ce journal intime des « Dr Miracle », des copines affectueuses, une mère encourageante, des chiennes fidèles, des dizaines de tests de grossesse négatifs et beaucoup d’espoir. Et monte plusieurs fois dans le Thalys, souvent en urgence, car c’est en Belgique qu’Olivia a commencé son parcours de procréation médicalement assistée ​(PMA) en solo. Ce livre arrive à point nommé, alors que la France a prévu de débattre de l’extension de la PMA aux femmes seules et lesbiennes avant l’été ( après moult tergiversations). Olivia compte bien apporter sa pierre, ou plutôt son vécu au débat, et a d’ailleurs envoyé son livre à Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Egalité Hommes-femmes. Cette femme de 48 ans, avec deux filles au compteur, en pleine écriture du tome II, est revenue sur son parcours pendant une heure, il y a quelques jours, avec 20 Minutes. Un récit intime, riche en rebondissements et qui, pourtant, devrait parler à un certain nombre de femmes qui traversent l’attente, les montagnes russes, les hormones, les doutes d’une PMA seule ou à deux.

Olivier Knittel publie PMA pour mon amour, où elle raconte pourquoi et comment elle a réalisé plusieurs FIV pour devenir mère solo.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

J’avais envie d’écrire mon histoire, sur un problème contemporain, un peu sur le mode de Bridget Jones. Pour apporter des réponses précises aux questions que l’on me pose au quotidien quand les gens apprennent que j’ai fait une PMA toute seule. « Tu es allée où ? C’est interdit en France ? Tu connais le donneur ? » C’est compliqué d’y répondre dans la rue, en deux minutes. Et pour aider à comprendre pourquoi ces femmes prennent cette décision, qui est un choix par dépit. On ne rêve pas, à 15 ans, de faire un enfant seule. Mais à un moment, certaines se retrouvent confrontées à un choix : faire le deuil de la maternité ou passer par la PMA. Je n’envisageais pas de ne pas avoir d’enfant. Je me suis orientée vers cette deuxième option, même si elle n’était pas permise en France. J’aimerais que chacun s’interroge : "Et moi, j’aurais fait quoi à sa place ?" Après, j’ai beaucoup de respect, et même d’admiration, pour celles qui font le choix d’attendre le prince charmant, au risque de ne pas avoir d’enfant.

Vous commencez à envisager de faire un enfant toute seule à 36 ans. On est alors en 2006…

Au début, cette idée m’apparaît comme un parachute rassurant. Petit à petit, je me rends compte que, en France, on ne reconnaît pas mon désir comme légitime, alors qu’en Belgique, en Espagne, je serais accueillie, épaulée. Je comprends aussi qu’il y a un problème avec l’âge, ce qu’on ne nous dit pas assez ! A 35 ans, une femme a 12 % de chance de tomber enceinte à chaque cycle, à 40 ans, c’est 6 %. Personnellement, le tic-tac de l’horloge biologique, je l’avais bien dans la tête. J’ai commencé les traitements pour une PMA vers 38 ans et accouché de ma fille à 41. Mais durant cette période, j’ai enchaîné les essais quasiment tous les mois parce que pour moi, un mois passé, c’était une chance de perdue. Je fais une première FIV en Belgique, à Liège. Je tombe enceinte ; malheureusement, c’est une grossesse extra-utérine. C’est hyperdouloureux : l’embryon va bien, il grandit mais pas au bon endroit, donc il faut le tuer… Et puis mon ex revient dans ma vie, on se lance à deux dans une PMA, cette fois en France. Et après une insémination artificielle et trois FIV, toutes négatives, il m’annonce qu’il a rencontré une autre femme en descendant les poubelles. Du coup, j’ai dû me mettre à genoux pour que lui et sa nouvelle nana acceptent que j’utilise mes embryons congelés pour avoir une dernière chance d’avoir un enfant. Nouvel échec. Finalement, je retente une FIV en Belgique seule, à l’arrache, juste avant Noël, avec un donneur danois. Et cette fois, ça marche.

En quoi ce « Koh-Lanta de la PMA », comme vous l’appelez, peut parler à d’autres personnes ?

Quand on désire un enfant, il faut s’armer de courage, qu’on soit seule ou en couple, hétérosexuelle ou homo. Les traitements, c’est le grand huit des émotions en permanence, c’est une atteinte violente pour le corps, on a des moments de réel désespoir. Je ne voulais rien cacher des détails concrets : les douleurs qu’on ressent pendant la ponction des ovocytes, l’obligation d’aller à l’étranger pour les femmes célibataires. Le coût, aussi. Pour chaque essai, c’était une dépense de 4.000 euros environ. Et ça ne marche pas à chaque fois ! Les trois jours avant le test de grossesse, c’est simple, ça rend dingue : "Tiens, j’ai mal au ventre, mais c’est bon ou mauvais signe ? Et j’ai un peu la nausée, mal aux seins…" Moi j’ai de la chance, je tombe très bas, mais je me relève très vite. Et j’ai croisé des femmes qui ont mis quinze ans avant d’avoir un enfant. A côté, mon parcours, c’est du petit-lait. Il ne faut jamais désespérer.

Le débat sur la PMA tarde mais devrait tout de même se tenir d’ici à l’été, si l’on en croit Marlène Schiappa. Pensez-vous que la France devrait autoriser les femmes célibataires et lesbiennes à y avoir accès ?

Evidemment ! Ce qui me rassure, c’est que, selon certains sondages, deux tiers des Français sont favorables à cette ouverture. Aujourd’hui, certaines femmes font face à une discrimination à plusieurs étages : d’abord sur le coût. Ensuite sur l’accès aux soins, car tous les professionnels de santé ne sont pas aussi bienveillants partout en France avec une femme célibataire. La réalité, c’est que ces femmes essaient de trouver un donneur sur le Net et se retrouvent dans des hôtels, soit pour avoir un rapport sexuel, soit faire une insémination artisanale. Sauf qu’il n’y a aucune précaution concernant les maladies sexuellement transmissibles, aucun suivi médical…

Vous avez été accompagnée par des médecins français qui ont accepté de vous aider à devenir une maman solo…

J’ai eu de la chance, mes médecins ont accepté que mes traitements en France soient remboursés. Certains gynécos sont confrontés à un dilemme. D’un côté, ils voient la détresse de patientes qu’ils suivent parfois depuis des années et veulent les aider. D’un autre ils risquent des poursuites. Si cette extension de la PMA était adoptée, cela les soulagerait eux aussi. J’ai eu peur que mon gynéco me lâche quand mon mec est parti, mais il m’a épaulé jusqu’au bout. Après, j’ai aussi rencontré un « Dr Incompétent », qui a déclenché trop tôt l’ovulation, ce qui a donné une « ponction blanche », c’est-à-dire zéro ovocyte. L’essai suivant, j’en avais 13. Je n’y croyais pas… La PMA, qu’on soit en couple ou célibataire, c’est un parcours du combattant pour trouver les bonnes adresses, les bons professionnels… Il y a dix ans, on manquait d’informations. Aujourd’hui, le problème c’est plutôt de faire le tri. Voilà pourquoi je vais partager un maximum de conseils personnalisés sur une page Facebook, « PMA & moi », pour servir de GPS aux futurs parents ayant recours à une PMA en France ou à l’étranger. Sachant que les routes ne sont pas les mêmes quand on est une femme seule de 43 ans et un couple de 38 ans qui attend un don d’ovocytes.

Vous décrivez avec précision comment les femmes peuvent, à l’étranger, sélectionner le géniteur selon certains critères. Cela vous a-t-il étonné ?

Honnêtement, tout m’a étonné dans cette aventure. C’était très important pour moi que mon enfant puisse connaître l’identité de son père biologique. Voilà pourquoi je me renseigne et découvre l’European Sperm Bank, qui se trouve au Danemark, et propose une liste de donneurs non anonymes [ce qui veut dire que l’enfant, à sa majorité, peut entrer en contact avec son géniteur]. Je m’installe devant mon écran, prête à découvrir des portraits de beaux Danois blonds. Et je tombe, ahurie, sur des photos de bébés ! En fait, c’était parfait. Pour moi, ce n’est pas un problème que nos enfants grandissent sans père. Un enfant ne peut pas ressentir un manque de quelque chose qu’il n’a pas connu. Par contre, ce qui m’a beaucoup posé question, c’est comment on se construit, plus tard, quand on ignore d’où vient la moitié de son patrimoine biologique ? Là, j’en sais bien plus sur le père biologique de ma fille que j’en aurais su sur mon mari : dans le dossier, je pouvais apprendre que le donneur était droitier, que son cousin éloigné avait des hémorroïdes…

Aujourd’hui, votre fille a 7 ans, et vous écrivez la suite de vos aventures. Quel est le moment le plus dur pour une maman solo ?

La nuit, quand ils sont malades. Surtout que ma fille ne m’a rien épargné. On a testé tous les transports vers l’hôpital : les pompiers, l’ambulance, SOS médecins et bien sûr toujours entre 2 heures et 5 heures du matin… A la fin, j’étais rodée, je faisais le sac pour l’hôpital en deux secondes. Et puis à 3 heures du matin, tu ne peux pas appeler une copine pour te rassurer, tu gères seule la galère, la décharge émotionnelle et le reste.

* PMA pour mon amour, j’ai fait un bébé toute seule, Cherche-Midi, 16 mai 2019, 18 €.