VIDEO. Pour le conseil d'Etat, la corrida ne peut pas être considérée comme un spectacle vivant

DEBAT Les organisateurs voulaient bénéficier d’un taux de TVA réduit à 5,5 % pour leur billetterie

Nicolas Bonzom

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Un taureau lors d'une corrida à Pampelune (Espagne).
Un taureau lors d'une corrida à Pampelune (Espagne). — Daniel Ochoa de Olza/AP/SIPA
  • Le souhait de Simon Casas Production, qui organise des corridas, de bénéficier d’un taux de TVA réduit pour la corrida a été rejeté par le Conseil d’État français.
  • « Ubuesque », pour la société qui officie notamment dans les arènes de Nîmes, qui indique que pourtant, « les toreros bénéficient du régime fiscal des artistes ».
  • « La corrida n’est pas un spectacle vivant, c’est un spectacle de mort, gronde de son côté Claire Starozinski, de l’Alliance anti-corrida. Il ne s’agit ni d’art, ni de culture. »

La corrida ne bénéficiera pas d’un taux de TVA réduit. Le souhait de Simon Casas Production, un empire de la tauromachie qui officie notamment dans les arènes de Nîmes (Gard), a été rejeté par le Conseil d’État français. La société demandait à bénéficier pour sa billetterie d’une taxe à 5,5 %, et non à 20 %, estimant que la corrida devait être logée à la même enseigne que les spectacles vivants, comme le théâtre, le cirque ou les concerts. Une bataille judiciaire qui dure depuis de longues années.

Entre 2011 et 2014, de leur propre chef, les gestionnaires des manifestations tauromachiques des arènes de Nîmes, Arles (Bouches-du-Rhône) et Béziers (Hérault) avaient appliqué une TVA réduite, en demandant à bénéficier d’un sursis de paiement, conformément à la réglementation fiscale. « Pour prouver notre bonne foi à l’administration, nous avons bloqué la somme correspond à la différence de taux », a expliqué à l’AFP Gilles Vangelisti, le directeur général de Simon Casas Production.

« Les toreros bénéficient du régime fiscal des artistes »

Ces quelque 2,063 millions d’euros ont, selon le responsable, été versés à l’Etat en 2016, lorsque leur recours avait été retoqué par le tribunal administratif de Nîmes. Depuis 2015, l’organisateur applique à nouveau une TVA à 20 % sur sa billetterie. Mais le combat n’est peut-être pas terminé. La société de production étudie la possibilité d’un recours au niveau européen, en espérant qu’elle contredise l’arrêt du conseil d’Etat.

« On regrette cette décision finale, mais on la respecte, reprend Gilles Vangelisti. Nous souhaitions juste provoquer un débat (…) Mais on considère cela comme injuste. Que l’on soit pour ou contre la corrida, cela reste un spectacle, lors duquel les toreros bénéficient eux du régime fiscal des artistes. C’est ubuesque. »

« Ce n’est pas un spectacle vivant, c’est un spectacle de mort »

Mais pour les associations qui militent contre la corrida, la tauromachie ne peut en aucun cas être considérée comme un spectacle vivant. La Nîmoise Claire Starozinski, présidente de l’Alliance anti-corrida, qui s’émeut depuis de longues années du souhait des organisateurs de glisser vers une TVA à 5,5 %, brandit pour le prouver des courriers qu’elle a reçus du ministère du Budget. En 1998, 2005, 2007 et 2015, on lui a confirmé noir sur blanc que la corrida ne bénéficierait pas d’une TVA à 5,5 %.

Ce taux « est strictement réservé aux spectacles vivants reposant sur la prestation d’artistes divers (musiciens, comédiens, interprètes, chorégraphes…). Les toreros ne sont pas considérés comme des artistes, dès lors que leurs prestations ne concourent pas à des représentations d’une œuvre de l’esprit », ont répondu Bercy et les services des impôts. « La corrida n’est pas un spectacle vivant, c’est un spectacle de mort, gronde Claire Starozinski, interrogée par 20 Minutes. Il est effarant de considérer les toreros, qui tuent des animaux, comme des artistes. Il ne s’agit ni d’art, ni de culture. »

Thierry Hély, le président de la Flac, la Fédération des luttes pour l’abolition des corridas, partage les mêmes mots que sa collègue de combat : « Un spectacle de mort ». « C’est exactement le contraire d’un spectacle vivant », reprend le militant anti-corrida, qui pointe du doigt « l’agonie du taureau jusqu’à sa mort applaudie crescendo par le public ».

Et vous, qu’en pensez-vous ? La corrida peut-elle être considérée comme un spectacle vivant ?