La vente aux enchères n'a  finalement pas eu lieu (illustration).
La vente aux enchères n'a finalement pas eu lieu (illustration). — MARTIN BUREAU / AFP

ARCHEOLOGIE

Loiret: L’Etat acquiert le trésor gaulois de Tavers et met fin à la polémique

La mise aux enchères de ces objets datant du VIe siècle avant Jésus-Christ avait indigné certains archéologues

La polémique a finalement eu raison de la mise aux enchères. Des parures et des armes datant du 6e siècle avant Jésus-Christ, découvertes en février 2012 dans le champ d’un agriculteur à Tavers ( Loiret), ont été acquises directement par l’Etat pour la somme de 50.000 euros ce samedi.

Le « trésor de Tavers » suscitait l’appétit des plus grands musées étrangers. Mais « face aux pressions inédites et à l’émoi soulevé par sa vente aux enchères », la Maison de ventes Rouillac a « favorisé son acquisition de gré à gré, directement, au profit du Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye », a-t-elle annoncé dans un communiqué.

Un « trésor national »

Le trésor de Tavers comprend 65 éléments composés de 58 pièces en alliage cuivre et sept en fer et plomb. Cinq colliers torques entiers et cinq autres fragmentaires, dix-huit bracelets dont six entiers, quatre anneaux de chevilles ou bracelets fragmentaires sont notamment inventoriés. Trois armes et des fragments de vaisselle sont aussi dénombrés. La découverte de ces objets avait été déclarée « trésor national » par le ministère de la Culture en avril 2016.

Face à la polémique, le ministre de la Culture Franck Riester a échangé avec le couple de retraités, lors du déplacement présidentiel à Amboise, jeudi dernier, pour les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci. Un accord a ainsi été trouvé, a indiqué la Maison Rouillac.

« Il aurait pu se vendre beaucoup plus cher aux enchères »

Le trésor de Tavers, était le dernier du genre en France pouvant être vendu. Depuis 2016, la loi a changé et « il y avait une tension énorme autour de ce trésor qui suscitait l’appétit des plus grands musées, notamment les musées qui se construisent en ce moment que ce soit dans l’extrême Orient, dans le Golfe arabe et aussi les musées d’Amérique », a souligné le commissaire-priseur Philippe Rouillac.

« Ce trésor a été vendu 50.000 euros. Il aurait pu se vendre beaucoup plus cher aux enchères. C’est ce que craignait la communauté archéologique : que ce trésor se vende à un prix qui ne pourrait pas être suivi par les musées. Ce n’était pas une question d’argent, c’était une question de principe », a-t-il déclaré à l’AFP.

La somme correspondait à la mise à prix initiale de 50.000 euros. Avant la vente, la Maison Rouillac a confirmé avoir subi des pressions extérieures, une campagne « inédite d’ampleur odieuse, injurieuse » à laquelle elle n’était « absolument pas préparée », après quoi elle a déposé plainte.

« Ces objets sont exceptionnels d’un point de vue scientifique »

« On ne peut qu’être satisfait que les objets restent dans une collection », a réagi Pierre-Yves Milcent, archéologue et auteur d’une étude scientifique du dépôt de Tavers.

« Ces objets sont exceptionnels d’un point de vue scientifique. Ils nous permettent de documenter une société (…) leur économie du métal, la manière dont ils utilisaient ces objets pour se parer, ce que cela veut dire en termes de rang et d’organisation sociale », a ajouté Pierre-Yves Milcent.

Une centaine de personnes ont assisté à la vente, selon un correspondant de l’AFP, organisée au château de Meung-sur-Loire. L’agriculteur chez qui les objets avaient été trouvés le 19 février 2012 par un voisin féru d'archéologie, n’était pas présent, souhaitant rester anonyme.