VIDEO. Rapatriement d'enfants de djihadistes: Des grands-parents demandent à la CEDH de condamner la France

DAESH Après avoir été blessés durant la bataille de Baghouz, les deux enfants et leur mère ont été placés dans un camp de réfugiés au Kurdistan, où ils sont détenus depuis trois mois

20 Minutes avec AFP

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Des femmes se déplacent dans le camp d'Al-Hol au Kurdistan, en mars 2019.
Des femmes se déplacent dans le camp d'Al-Hol au Kurdistan, en mars 2019. — GIUSEPPE CACACE / AFP

Ils ont trois et quatre ans et sont détenus avec leur mère dans un camp de réfugiés frappé d’épidémies et de malnutrition au Kurdistan. Leurs grands-parents saisissent ce lundi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour obtenir la condamnation de la France qui refuse de les rapatrier.

 

« En refusant de rapatrier cette mère et ces deux enfants malades, blessés, et dans un état de faiblesse extrême, (…) la France expose consciemment et délibérément ceux-ci à des traitements inhumains et dégradants, violant ainsi l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme », dénoncent Mes Marie Dosé, Henri Leclerc, Catherine Bauer-Violas et Denis Garreau.

« Un droit absolu » à rentrer en France

L’équipe de défense invoque pour la première fois une autre disposition : la décision de la France « constitue une violation du paragraphe 2 de l’article 3 du Protocole numéro 4 selon lequel "nul ne peut être privé du droit d’entrer sur le territoire de l’Etat dont il est ressortissant" », écrivent les avocats, qui s’appuient sur le travail de deux universitaires, Aurélien Geodefroy et Sébastien Touzé. Selon eux, cette disposition consacre « l’existence d’un droit absolu de cette mère et de ces deux enfants à revenir dans leur propre pays ».

Les deux enfants ont été blessés avec leur mère dans la bataille de Baghouz, dernier réduit de Daesh en Syrie enlevé le 23 mars par la coalition arabo-kurde. Tous trois sont retenus depuis trois mois dans le camp d’Al-Hol, où vivent plus de 73.000 personnes selon l’ONU, dont 12.000 étrangers de familles djihadistes étroitement surveillés. « Des épidémies de choléra, de tuberculose et de dysenterie se propagent dans ce camp » pour lequel plusieurs ONG internationales ont tiré la sonnette d’alarme, rappelle le communiqué. Ces deux enfants « ne bénéficient d’aucun soin, sont exposés à la maladie, sont malnutris, et souffrent de dysenterie. Leur mère (…) très amaigrie, souffre d’une fièvre typhoïde sévère qui n’est pas soignée », est-il souligné.

Un rapatriement au cas par cas

La mère, visée par mandat d’arrêt d’une juge antiterroriste française, a « confirmé sa volonté de voir rapatrier ses enfants (…) et souhaite assumer sa responsabilité pénale sur le territoire français », selon ses avocats. Plusieurs recours d’avocats d’autres Français retenus en Syrie ont été tentés depuis un an devant la justice administrative française pour contraindre l’Etat à rapatrier ses ressortissants, sans succès.

Le gouvernement refuse en effet de ramener les djihadistes français, hommes et femmes, affiliés à Daesh. Il n’a accepté jusqu’ici de rapatrier les enfants qu’au « cas par cas ». Cinq orphelins sont ainsi revenus le 15 mars et une fillette de trois ans le 27 mars, dont la mère a été condamnée à la perpétuité en Irak.

Des documents, révélés par Libération et consultés par l’AFP, témoignent que les autorités ont détaillé un plan de rapatriement global de djihadistes et de leurs familles. Il n’a toutefois pas été mis en oeuvre, tandis que des pays comme la Russie et le Kosovo ont rapatrié des enfants et des femmes.