Immeubles effondrés à Marseille: Six mois après, les cicatrices restent béantes dans toute la ville

IMMEUBLES EFFONDRES A MARSEILLE Six mois après la mort de huit personnes dans l’effondrement de deux immeubles à Marseille, la problématique du mal logement à Marseille est loin d’être réglée

Adrien Max

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Des marins-pompiers devant les immeubles qui se sont effondrés rue d'Aubagne à Marseille
Des marins-pompiers devant les immeubles qui se sont effondrés rue d'Aubagne à Marseille — Marins-pompiers de Marseille
  • Il y a six mois, deux immeubles s’effondraient dans le quartier de Noailles à Marseille, entraînant dans leur chute la mort de six personnes.
  • Ce drame a mis en lumière la problématique du mal logement dans la deuxième ville de France.
  • Six mois après le drame, la problématique du relogement des personnes évacuées et de leur réintégration reste centrale.

Six mois. Huit morts. Deux immeubles effondrés. 311 immeubles évacués. 2.558 personnes évacuées. 1.952 personnes relogées. 603 toujours à l’hôtel. Aucune démission. Six mois après le drame de la rue d'Aubagne qui, le 5 novembre 2018, voyait deux immeubles s’effondrer dans le quartier de Noailles à Marseille emportant avec lui la vie de huit personnes, les chiffres continuent de donner le vertige.

« La mairie serait en train de procéder à un recensement, donc on peut assez légitimement douter des chiffres qu’ils fournissent », s’interroge Kevin Vacher, membre du collectif du 5 novembre né à la suite du drame. « Le recensement a été effectué, ces chiffres sont les plus affinés », assure la mairie à 20 Minutes.

« Il n’y a plus rien »

Ces doutes symbolisent la défiance qui s’est installée entre les collectifs citoyens, les associations mobilisées pour les sinistrés et la mairie. Au point que six mois après l’effondrement, aucun accord sur une charte du relogement n’a été trouvé. Le collectif du 5 novembre a décidé de lancer une pétition avec l’objectif de récolter 10.000 signatures pour mettre cette question sur la table du prochain conseil municipal.

« Ça fait un moment qu’ils font traîner les discussions. Malgré nos réunions hebdomadaires, la mairie ne nous envoie pas les documents promis. On assiste à un vrai jeu de ping-pong sur la définition des moyens à mettre en oeuvre », regrette Kevin Vacher. La pétition a déjà recueilli près de 7.000 signatures depuis son lancement il y a deux semaines.

La bonne nouvelle de ce triste anniversaire, c’est la réouverture du passage du côté paire de la rue d’Aubagne, après six mois passés de grands détours pour rejoindre les quartiers populaires et animés de Noailles au cours Julien, et inversement. Cela n’empêchera pas Marie de déménager prochainement. « C’était une rue très animée, avec quelques bars, et plein de musique. C’était très sympa. Mais depuis le 5 novembre il n’y a plus rien. Les 4/5e de mes voisins ont déménagé et avec mon copain on regarde aussi pour partir », témoigne-t-elle avec fatalité auprès de 20 Minutes.

Des situations d’urgence

Pour bon nombre de personnes touchées de près ou de loin par ce drame, le quotidien reste bien sombre et angoissant. En début de semaine, les habitants du 23 boulevard des Dames ont bien failli être les premiers à être relogés dans un gymnase. « La ville passe des marchés sur 15 jours avec les hôtels, qu’ils renouvellent à chaque fois. Sauf qu’avec la saison estivale, les hôtels disposent de moins en moins de places et c’est bien normal, ce n’est pas leur rôle. Et puisque la mairie n’a pas trouvé de solution pérenne pour les relogements, la solution ce sont les gymnases dorénavant », détaille Kaouther Ben Mohamed, très mobilisée depuis le drame.

Des ouvriers, après nombreuses sollicitations, sont venus étayer l’escalier qui menaçait de s’effondrer en pleine nuit, ce qui a permis d’éviter l’évacuation. Mais pas de régler la détresse dans laquelle se trouvent les occupants. Des situations qui peuvent mal tourner, l’une des locataires d’un immeuble avenue de la Capelette qui dénonçait l’état de son logement a été récemment agressée lors d'un opaque conflit de voisinage.

Rafistolage

Certaines personnes réintégrées retrouvent aussi parfois leur logement dans un état pire que celui dans lequel il l’avait laissé. « Il y a toutes ces personnes qui réintègrent des appartements encore plus insalubres qu’avant. Les propriétaires ont fait du rafistolage, mais avec un logement inoccupé pendant plusieurs semaines, l’état s’est souvent dégradé. Quand les ouvriers n’ont carrément pas laissé tout le chantier en plan », fait remarquer Kevin Vacher.

L'endroit où les deux immeubles se sont effondrés à Marseille.
L'endroit où les deux immeubles se sont effondrés à Marseille. - Adrien Max / 20 minutes

Les discussions entre les autorités et les collectifs de citoyens se poursuivent, avec un absent de marque : la Métropole. « Elle a récupéré pas mal de compétences. Pourtant nous n’avons aucun contact avec Martine Vassal. Ils ont lancé les assises sur l’habitat, et depuis plus rien », regrette Kevin Vacher, qui, en ce dimanche matin a respecté neuf minutes de silence. Huit en hommage aux huit victimes de la rue d’Aubagne, et une neuvième pour Zineb Redouane, décédée après avoir reçu une grenade lacrymogène lors de la mobilisation contre le logement indigne et la manifestation des « gilets jaunes » du 1er décembre.