«Intrusion» à la Pitié-Salpêtrière: «Attaque inqualifiable» ou «refuge», que s’est-il vraiment passé le 1er-Mai?

MANIFESTATION Des manifestants se sont introduits dans l’enceinte de l’hôpital quand le cortège s’est arrêté un long moment devant la Pitié-Salpêtrière

Lucie Bras

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Le cortège de la manifestation du 1er-Mai à Paris.
Le cortège de la manifestation du 1er-Mai à Paris. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP
  • Lors du rassemblement du 1er-Mai, des manifestants ont pénétré dans l’enceinte de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans le 13e arrondissement de Paris.
  • Selon l’AP-HP, des manifestants auraient essayé de s’introduire en réanimation chirurgicale, mettant en danger les patients.
  • Des manifestants nient cette version des faits, expliquant qu’ils ont fui les gaz lacrymogènes et les cordons de CRS.

Un geste « totalement irresponsable » pour Edouard Philippe. « Inqualifiable » pour la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Au lendemain de la manifestation du 1er-Mai à Paris, le gouvernement condamne à l’unanimité  «l’intrusion» de manifestants dans l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans le 13e arrondissement de Paris. Une irruption violente, témoignent les responsables de l’hôpital. Un « refuge », corrigent plusieurs manifestants qui ont raconté leur version des faits sur les réseaux sociaux.

« Le personnel est profondément choqué que l’hôpital puisse devenir une cible. C’était un moment très douloureux pour toutes les personnes qui ont vécu cette intrusion violente et brutale », explique Marie-Anne Ruder, directrice de l’hôpital sur France inter. Selon elle, la grille d’entrée de l’établissement a été forcée. Ensuite, des « gilets jaunes » et des personnes au visage dissimulé se sont introduits dans l’enceinte de l’hôpital vers 16 heures, puis dans un service de réanimation, a-t-elle affirmé. « Située au niveau du portail de l’établissement, j’avais une vision sur l’une des entrées du service de réanimation, j’ai pu constater que plusieurs dizaines de personnes ont tenté de forcer la porte du service », raconte-t-elle sur RTL.

Des patients « extrêmement sensibles »

« Il aurait pu se produire un drame », a renchéri Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) sur Franceinfo. Sur Twitter, il a indiqué qu’une plainte serait déposée au nom de l’AP-HP. Martin Hirsch a salué au passage le « courage » des soignants, qui auraient empêché les intrus d’entrer à l’intérieur du service de réanimation chirurgicale, où se trouvent des « patients intubés, ventilés, extrêmement sensibles ».

Une version des faits démentie sur les réseaux sociaux par des manifestants, qui racontent s’être retrouvés dans l’enceinte de l’hôpital pour fuir les CRS et les gaz lacrymogènes. Une vidéo circulant sur Facebook semble d’ailleurs confirmer ce récit. Elle montre la scène depuis le service de réanimation. On peut y voir des soignants maintenir une porte fermée alors qu’une vingtaine de manifestants essaie d’entrer. Les manifestants paraissent effrayés, fuyant une charge de CRS. Si l’on entend l’une des soignantes se dire « choquée », d’autres comprennent l’attitude des manifestants. « Les CRS les ont pris en tenaille. La seule issue, c’était ici », explique un homme.

Le témoignage de Mickaël, qui se trouvait boulevard de l’hôpital à Paris mercredi après-midi, corrobore cette version. « On était bloqués sur le cortège déclaré », explique-t-il à 20 Minutes. « Les CRS ont tiré des grenades lacrymogènes dans la foule. On ne pouvait plus respirer, il fallait trouver un endroit qui n’était pas rempli de gaz. » Un témoignage confirmé par Hadrien, 24 ans, présent lui aussi dans la foule vers 16 heures. « Les gens avaient tellement peur, ça faisait une demi-heure qu’ils essayaient de sortir de là », explique-t-il.

« On crève de peur »

Mickaël et ses amis se réfugient une première fois sur le parvis de l’AP-HP, où des membres du personnel soignant lui donnent du sérum physiologique pour calmer les brûlures du gaz sur ses yeux. Il retourne dans le cortège puis s’y réfugie à nouveau une demi-heure plus tard, le cortège étant toujours bloqué. « 30 à 50 CRS ont déboulé, on était pris en tenaille. Les policiers nous ont collés au mur, nous ont tabassés et nous ont dit de sortir », explique Mickaël qui dit avoir reçu des coups à la hanche et à l’épaule. « J’ai vu une dizaine de personnes allongées sur le sol, face contre terre. J’ai appris plus tard qu’elles avaient été embarquées pour ces faits d’intrusion », raconte-t-il, avant de préciser n’avoir été témoin d’aucune violence de la part des manifestants.

Mickaël, qui a filmé la scène en Facebook live, affirme n’avoir « vu personne entrer » dans le service de réanimation. « Si c’est sur la foi de ces images que Castaner parle d’attaque, ce sont des mensonges. Les gens qui étaient sur l’escalier étaient en train de fuir les policiers », poursuit-il.

Hadrien abonde en son sens : « Les gens autour de moi n’étaient pas des casseurs. Ce qu’on a ressenti c’est de la peur. Au bout d’un moment, on crève de peur et on fait des choses qui ne sont pas logiques », tente-t-il d’expliquer. Tous les deux assurent que cette scène, qui passe en boucle sur les chaînes de télévision, n’a duré en tout que cinq minutes.

Une enquête ouverte

Tous deux affirment que les grilles étaient ouvertes quand ils y sont entrés. « Il n’y avait pas de débris de chaîne par terre », ajoute Mickaël. Sur BFMTV, un membre de l’équipe de soignants a mêlé son témoignage à celui des manifestants, contestant la version officielle : « Ca s’est passé dans le calme, il n’y avait pas de débordement. Il n’y a pas eu de matériel volé, ni d’intrusion. L’équipe n’est pas du tout choquée. On en a parlé entre nous et il n’y avait pas de réel traumatisme », a-t-il déclaré.

Agnès Buzyn, qui s’est rendue sur place ce jeudi, n’a pas souhaité se prononcer sur les circonstances de l’événement. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour en déterminer les circonstances. 32 personnes sont actuellement en garde à vue pour attroupement en vue de commettre des dégradations ou des violences et la Sûreté territoriale a été saisie.