Manifestation du 1er-Mai: «Intrusion» ou «attaque» à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris? Ce que l'on sait

VIOLENCES Une trentaine de personnes ont été placées en garde à vue à la suite d'une intrusion dans l'enceinte de l'établissement, en marge du défilé du 1er-Mai

20 Minutes avec AFP

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Hôpital de la Pitié-Salpétrière, à Paris, illustration.
Hôpital de la Pitié-Salpétrière, à Paris, illustration. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Des dizaines de participants au défilé du 1er-Mai ont fait brièvement irruption ce mercredi dans l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Certains ont même tenté de pénétrer dans un service de réanimation avant d’être délogés par la police, a dénoncé la direction de l’établissement. Une trentaine de personnes ont été placées en garde à vue. Retour sur cette intrusion, qualifié d'« attaque » par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

 

La grille de l’établissement a été « forcée »

Peu après 16h, alors que les tensions redoublent entre « radicaux » et forces de l’ordre et que le cortège est séparé entre la place d’Italie et le boulevard de l’Hôpital, plongés sous les gaz lacrymogènes, la directrice de La Pitié-Salpêtrière est informée d’une tentative d’intrusion dans l’établissement. « Je me suis immédiatement rendue sur place, et lorsque je suis arrivée, la grille était forcée, la chaîne avait cédé, et des dizaines de personnes étaient en train d’entrer dans l’enceinte de l’hôpital », a témoigné Marie-Anne Ruder auprès de France Inter.

« Des images de vidéosurveillance absolument édifiantes »

Parmi les « intrus », des « gilets jaunes » et des individus au visage dissimulé, a assuré la directrice de l’établissement, qui a appelé les services de police en raison notamment de « gestes violents et menaçants ».

Puis, des dizaines de personnes « se sont précipitées en montant un escalier, en passant une passerelle vers le service de réanimation chirurgicale », qui accueille des « patients particulièrement vulnérables », a déclaré le directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, sur BFMTV.

Sur la foi d’images de vidéosurveillance « absolument édifiantes » et qui seront transmises aux enquêteurs, il a décrit la tentative d’intrusion « alors que s’interposaient des infirmières, un interne (…) qui tenaient la porte avec toute la force qu’ils pouvaient avoir en criant "attention, ici il y a des patients" ». Les forces de l’ordre sont arrivées après « une dizaine de minutes » et ont délogé les intrus, selon Marie-Anne Ruder. « Plus de 30 individus ont été placés en garde à vue à la suite de l’intrusion à la Pitié-Salpêtrière », a indiqué le parquet, sans plus de précisions.

 

Un lien avec un policier blessé ?

Selon le ministre de l’Intérieur, qui s’est rendu sur place en fin d’après-midi, l’hôpital a été « attaqué » par des dizaines de militants anticapitalistes d’ultragauche « black blocs ». « Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation. Nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation », a affirmé Christophe Castaner devant la presse.

La Pitié-Salpêtrière est située à proximité de la place d’Italie, où le parcours de la manifestation syndicale a pris fin dans un nuage de gaz lacrymogène et après des heurts. Un CRS, blessé à la tête pendant les heurts de l’après-midi, avait justement été admis dans cet établissement. Martin Hirsch n’a toutefois pas pu dire si ces deux éléments étaient liés, ni si les intrus « fuyaient quelque chose ».

« Je ne connais pas la motivation de cette intrusion inexplicable. Je ne pense pas qu’il y ait un lien », a-t-il dit. « Nous transmettrons à la police des vidéos qui permettent de voir parfaitement, et qui sont absolument édifiantes. Je ne les ai pas vus crier être à la recherche d’un blessé particulier », a-t-il ajouté. Selon lui, « il n’y a pas eu de dégradations, grâce au sang-froid de l’équipe qui a tenu la porte, et grâce à la police qui est intervenue rapidement ».

Pour se protéger des gaz lacrymogènes ?

Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants – femmes, hommes, avec ou sans gilets jaunes –, ne montrant pas de signes visibles d’agressivité, stationner dans l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière et tout près de l’entrée d’un bâtiment, du côté de l’entrée au N.97 du Boulevard de l’hôpital. On y voit également des policiers arriver par cette même entrée 97 et faire ressortir les manifestants vers le boulevard.

Une journaliste de l’AFP a également vu à cet endroit des manifestants se réfugier dans l’enceinte de l’hôpital – qui fait plusieurs hectares – pour échapper aux gaz lacrymogènes sur le boulevard de l’Hôpital, avant d’être pourchassés par les forces de l’ordre, et certains interpellés. A ce stade, rien ne permet toutefois de dire si ces personnes visibles sur les vidéos ou celles vues par la journaliste de l’AFP sont les mêmes que celles évoquées précédemment.

L’hôpital Necker en 2016

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé qu’elle se rendrait sur place jeudi pour témoigner son soutien au personnel. « On voudrait ne pas y croire. On voudrait se dire que la violence ne peut pas tout prendre pour cible. S’en prendre à un hôpital est inqualifiable », a-t-elle commenté sur Twitter.

Le 14 juin 2016, des vitres de l’hôpital Necker-Enfants malades avaient été brisées en marge d’un défilé contre la loi travail à Paris. Le lendemain, l’exécutif mettait en cause la CGT et son « attitude ambiguë » à l’égard des casseurs et menaçait d’interdire les futures manifestations.

Les dégâts contre l’hôpital Necker avaient été attribués par les autorités à une « horde » de casseurs, mais les vidéos et les témoignages recueillis par plusieurs journalistes avaient pointé l'« acte isolé » d’un seul manifestant masqué.