«Les colonies de vacances sont un formidable levier d’émancipation», estime Gabriel Attal

INTERVIEW Gabriel Attal, le secrétaire d’Etat à la Jeunesse, lance aujourd’hui une campagne de communication à l’approche de l’été

Propos recueillis par Jean Bouclier

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Gabriel Attal, en février dernier à Matignon.
Gabriel Attal, en février dernier à Matignon. — Jacques Witt/SIPA
  • Gabriel Attal est présent ce jeudi au centre UCPA de Port-Camargue, quartier de la commune du Grau-du-roi, dans le Gard, auprès de jeunes accueillis en séjour de vacances.
  • But de sa visite : lancer la campagne « A nous les colos », qui vise à promouvoir les colonies de vacances.
  • Chaque année, près d’un million d’enfants partent via cette formule. Mais leur nombre a baissé depuis plusieurs décennies.

Il prépare déjà les vacances d’été. Ou plutôt celles des autres. Le secrétaire d’Etat à la Jeunesse, Gabriel Attal, sera présent ce jeudi dans le Gard, au centre UCPA de Port-Camargue, au Grau-du-Roi, pour parler colonies de vacances. En allant à la rencontre de jeunes accueillis en séjour et de stagiaires préparant leur Bafa, le membre du gouvernement va avoir un avant-goût de la pause estivale qui se profile, mais aussi et surtout lancer la campagne « A nous les colos ». Le but : promouvoir cette formule, qui envoie chaque année en France près d’un million d’enfants en vadrouille. Un système très populaire, source de nombreux souvenirs pour les jeunes comme pour leurs parents avant eux, mais en perte de vitesse depuis plusieurs décennies. Et ce alors que les colos ont beaucoup à apporter aux enfants, comme l’explique Gabriel Attal à 20 Minutes.

Vous lancez ce jeudi la campagne « A nous les colos ». Quel est son but ?

Nous lançons une campagne de communication sur les colonies de vacances, car nous sommes dans un moment où les familles s’interrogent et font leurs choix pour les vacances d’été notamment. Les colonies de vacances sont un formidable levier d’émancipation, de découvertes pour les jeunes, qui continuent à être plébiscités par les Français (un sondage de La Jeunesse en plein air datant de 2016 montrait que 90 % des personnes interrogées pensent que les colos laissent des souvenirs impérissables aux enfants). Mais on constate, depuis plusieurs années, une baisse de la participation aux colos.

En quoi consiste précisément cette campagne ?

Elle s’appuie sur un certain nombre de visuels autour de trois idées : les colos sont des vacances pour s’amuser, pour découvrir et pour grandir. Plusieurs de ces visuels ont été réalisés par des jeunes eux-mêmes. Il y a également des clips vidéo et l’achat d’espaces sur le numérique et dans la presse.

Un des visuels de la campagne
Un des visuels de la campagne - DR

Les colonies de vacances ont-elles beaucoup à apporter aux enfants ?

L’objectif est de mettre l’accent sur ce qu’elles apportent dans la construction personnelle des jeunes. Parce que c’est une expérience de vie collective, de découverte d’autres territoires, d’activités, et parce que c’est le début de la construction de l’autonomie. Les jeunes doivent pouvoir se construire en tant qu’individu très tôt, et on sait que les colos ont un impact très fort pour cela en France. J’ai deux objectifs pour la jeunesse : l’émancipation et la mobilité. Cette dernière répond à des enjeux très concrets, mais aussi à des ressorts psychologiques. C’est important, dans la construction des jeunes, de prendre l’habitude de sortir de chez soi, de sortir de son environnement immédiat. Le service national universel (SNU), dont j’ai la charge, est une des briques de cette construction, et les colos en sont une autre.

Environ trois millions d’enfants ne partent pas en vacances chaque année en France. Avez-vous un objectif chiffré pour cet été concernant les colonies de vacances ?

L’an dernier, ce sont 900.000 enfants qui sont partis en colos. Ils étaient 4 millions à la fin des années 1960. Il y a donc une forte baisse depuis plusieurs décennies. Mon but, c’est qu’on se rapproche du million d’enfants cet été. Pour cela, nous allons rappeler les dispositifs mis en place pour aider aux départs. Des aides financières, notamment via les CAF, avec l’aide aux vacances familles (AVF), qui épaule chaque année 65.000 enfants. Il y a aussi les chèques-vacances proposés par certains employeurs. Ils sont de plus en plus utilisés, puisque le montant attribué par ces chèques-vacances aux colonies de vacances a plus que doublé entre 2017 et 2018. Sans compter d’autres dispositifs portés par des centres communaux d’action sociale (CCAS), des communes, des conseils départementaux et certaines mutuelles, comme la Mutualité sociale agricole. Et les associations. Je pense notamment au Secours populaire, ou encore à La Jeunesse en plein air.

Le prix d’un séjour en colonie de vacances peut paraître abordable, mais l’est-il suffisamment ?

Les colonies de vacances ne sont pas accessibles à tout le monde, car c’est en moyenne 550 euros par enfant pour 7 jours, ce qui peut être un frein. C’est pour cela qu’avec le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, nous travaillons sur un plan de soutien. Il y a des familles qui sont aidées par les dispositifs que nous avons évoqués, d’autres qui ont des moyens financiers importants et qui peuvent envoyer leurs enfants en séjour. Et puis il y a beaucoup de familles entre les deux. Dans le cadre du mouvement des « gilets jaunes », sur les ronds-points, j’ai entendu nombre de mères dire : « Je n’ai même pas de quoi envoyer mes enfants en vacances. » On travaille donc sur cette question de l’accès aux colos pour les enfants de classe moyenne, dont les parents sont au Smic.

Quand ce plan sera-t-il présenté ?

Après l’été. La députée Pascale Fontenel-Personne s’est vue confier une mission par le Premier ministre sur la question du tourisme. Dans le cadre de son rapport, elle souhaite proposer des mesures de soutien aux départs en colonies de vacances, car c’est aussi un moyen de dynamiser les territoires, de faire découvrir la mobilité à des jeunes. Et souvent, des jeunes qui sont partis en colo, une fois adultes, ont pris l’habitude de se déplacer en France, ce qui soutient le tourisme. La députée remettra son rapport le 10 septembre, et je vais de mon côté réunir les acteurs du secteur dans les prochaines semaines. A priori, nous serons en mesure de présenter un plan à l’automne.

Les colonies de vacances sont parfois considérées comme un peu « ringardes »… Souffrent-elles d’un problème d’image ?

Il y a plusieurs facteurs. Le financier, que l’on a évoqué. Mais aussi l’image, sans doute. Or, beaucoup d’associations et d’organismes innovent : on a aujourd’hui des colos axées sur le développement durable, sur l’écologie, c’est un vrai laboratoire d’innovations. Il y a aussi un facteur sociétal, puisqu’avec les familles recomposées, les divorces, on a de plus en plus, dans les familles, des parents qui se « partagent » les enfants durant les vacances, ce qui laisse moins de temps pour que le jeune puisse partir seul. Tous ces facteurs jouent.

Que dites-vous aux parents qui pourraient avoir des inquiétudes et des doutes concernant l’encadrement de ces lieux de vacances ?

Le ministère de la Jeunesse réalise un travail dense et fin pour garantir la sécurité et l’expérience des jeunes dans les colonies de vacances. Les associations sont toutes extrêmement contrôlées. Je veux adresser un message de confiance aux parents, c’est un cadre absolument sécurisé. Les mineurs sont placés sous la protection du préfet de département, dont les services contrôlent en amont et sur place la conformité du séjour. Et pour s’informer et trouver des colonies de vacances qui répondent à ces critères, il existe un site (jeunes.gouv.fr/colo).

Sur le plan personnel, avez-vous un souvenir marquant d’un séjour en colo dans votre jeunesse ?

Une colo – un stage de voile – que j’avais faite à Beg-Meil, en Bretagne. Je me souviens avoir dormi sous une tente et, un soir de déluge, m’être retrouvé absolument trempé dans mon sac de couchage. Je garde cela en mémoire car, avec mes petits camarades, nous avions dû nous lever, nous organiser, sécher nos affaires… Ça reste un très bon souvenir.