1er-Mai: Syndicats, «gilets jaunes» et «black blocs»... Que faut-il savoir sur les manifestations prévues?

MOBILISATION Les syndicats craignent que leurs revendications ne passent inaperçues alors que « gilets jaunes » et « black blocs » appellent à transformer Paris en « capitale de l’émeute »

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants à Paris lors du défilé du 1er-Mai.
Des manifestants à Paris lors du défilé du 1er-Mai. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Si les casseurs et les « black blocs » veulent en faire une « journée d’apocalypse », les syndicats, passés au second plan depuis le début de la crise des « gilets jaunes », espèrent pouvoir se faire entendre lors du traditionnel défilé du 1er-Mai à Paris. Du côté des forces de l’ordre, la doctrine du maintien de l’ordre, instaurée depuis cinq semaines, va être mise à l’épreuve.

Trajet, sécurité, revendications… 20 Minutes fait le point sur ce qu’il faut savoir sur le défilé du 1er-Mai.

Un trajet qui évite la Seine

A Paris, la manifestation doit partir de Montparnasse pour rejoindre la place d’Italie en passant par les boulevards de Port-Royal, Saint-Marcel et de l’Hôpital. Un parcours fortement sécurisé où tous les commerces, débits de boissons et restaurants devront être fermés le temps de la manifestation. Deux axes de délestage sont prévus, l’un par les boulevards Saint-Jacques et Auguste-Blanqui et l’avenue des Gobelins, et l’autre par les avenues de l’Observatoire et Denfert-Rochereau.

En 2018, la manifestation parisienne du 1er-Mai, qui avait réuni 14.500 personnes dont 1.200 « black blocs », avait été marquée par les images de dégradations, d’un Mc Donalds en feu face à la gare d’Austerlitz et de manifestants bloqués sur le pont du même nom. Pour l’édition 2019, le parcours évitera de franchir la Seine.

Mais le trajet, de la gare Montparnasse à la place d’Italie, frôle au moins deux symboles macronistes : la Rotonde, restaurant où le candidat d’En Marche ! avait célébré sa qualification au second tour de l’élection présidentielle, et la place de la Contrescarpe, où son ex-conseiller Alexandre Benalla avait brutalement interpellé un couple le 1er-Mai 2018.

« Black blocs », casseurs et « ultra gilets jaunes »

Et comme lors de tous les actes de « gilets jaunes », des manifestations sauvages ne sont pas à exclure, « black blocs » ou « ultra gilets jaunes » pouvant quitter le cortège. Le 1er-Mai, « on sait bien que les ultras violents, ultra gauche mais aussi des "ultras jaunes" viendront pour casser sur Paris et pas seulement sur Paris », a déclaré vendredi Christophe Castaner sur Franceinfo. Des appels régionaux à un 1er-Mai « noir et jaune » ont d’ailleurs été lancés. Du côté syndical, on se prépare aussi. « On va faire en sorte que nos militants, nos adhérents, ceux qui vont venir manifester avec nous, puissent venir manifester en toute sécurité », indiquait jeudi sur Europe 1 le secrétaire général de Force Ouvrière, Yves Veyrier.

Et au sein des services d’ordre, on reconnaît que la présence de « black blocs » peut engendrer des difficultés. « Quand les flics commencent à lancer des lacrymos, (les "black blocs") veulent rentrer dans le cortège. Mais certains sont repérés, et les CRS viennent les chercher. Sans faire dans la demi-mesure », dit un syndicaliste sous couvert de l’anonymat. « On essaie de protéger les gens qui manifestent, et en même temps on ne va pas les donner (les "black blocs") aux flics… », ajoute-t-il. Une équation difficile pour les syndicats, qui espèrent le plus de monde possible dans la rue. Tout en reconnaissant que, pour les ultras, « c’est d’autant plus facile s’il y a du monde ».

Maintien de l’ordre

Zone d’interdiction de manifester, contrôles préventifs, unités anti-casseurs plus réactives, commandement unique, utilisation de drones : depuis l’arrivée du nouveau préfet de police Didier Lallement, les manifestations parisiennes de « gilets jaunes » sont encadrées par un maintien de l’ordre se voulant plus efficace. La journée de mercredi, qualifiée sur les réseaux sociaux de « journée de l’apocalypse », sera le « véritable test », estime une source policière.

Lors de l’acte 24, les forces de l’ordre ont notamment eu un recours massif à des équipages policiers à moto, sous les huées de certains manifestants. « Le seul but de la moto est de pouvoir propulser des forces de l’ordre plus vite », explique une source policière. « Jusqu’ici ça fonctionne, les "gilets jaunes" courent en nous voyant, mais il faudra voir face à un "black bloc" constitué », s’inquiète une autre source policière. « Nous avons clairement annoncé que la doctrine serait durcie. Dès que des "black blocs" se constituent, dès le début, nous intervenons », a rappelé la semaine dernière le secrétaire d’Etat Laurent Nuñez.

Les syndicats espèrent se faire entendre

Passés au second plan depuis le début de la crise des « gilets jaunes », les syndicats veulent saisir l’occasion du 1er-Mai pour se faire entendre. La CGT, FO, la FSU, Solidaires, l’Unef et l’UNL ont appelé à un défilé afin d'« amplifier les batailles pour que les urgences sociales et climatiques soient enfin prises en compte par le gouvernement et le patronat ». Dans un communiqué commun, ils préconisent « une forte journée de mobilisation » « pour l’amélioration des droits des travailleurs-se-s, pour le progrès social, la paix et la solidarité internationale ».

Les syndicats « réformistes » organiseront une mobilisation propre, comme à l’accoutumée : la CFDT, la Fage, la CFTC et l’Unsa seront dans la matinée place de l’Odéon, également à Paris, avec comme mot d’ordre « pour une Europe sociale et environnementale ». « A l’heure où les populismes gagnent du terrain en Europe et en France, à quelques semaines des élections européennes, la CFDT (…) a décidé de faire du 1er Mai 2019 une occasion de poursuivre son engagement pour une Europe sociale et environnementale », selon un communiqué.