Huit mois avec sursis pour un «gilet jaune» qui avait appelé au suicide des policiers

JUSTICE Ce cuisinier au chômage devra également accomplir 180 heures de travail d’intérêt général, avec obligation de trouver un travail et de verser 500 euros à chacun des deux policiers qui ont porté plainte

20 Minutes avec AFP

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Le 23e samedi de manifestation des "gilets jaunes", mobilisés depuis cinq mois en France, a été marqué par de nouvelles violences à Paris.
Le 23e samedi de manifestation des "gilets jaunes", mobilisés depuis cinq mois en France, a été marqué par de nouvelles violences à Paris. — SIPA

« Suicidez-vous, suicidez-vous » : un homme, jugé pour avoir participé aux appels au suicide lancés aux policiers lors de l’acte 23 des « gilets jaunes », a été condamné mardi à huit mois de prison avec sursis par le tribunal de Paris.

Ce cuisinier au chômage, âgé de 49 ans, devra également accomplir 180 heures de travail d’intérêt général, avec obligation de trouver un travail et de verser 500 euros à chacun des deux policiers qui ont porté plainte au titre du préjudice moral.

« Mes paroles sont parties plus vite que mes pensées »

Le 20 avril, avec d’autres manifestants du cortège parisien des « gilets jaunes », il a crié « Suicidez-vous, suicidez-vous » aux forces de l’ordre, alors que la police est touchée par une vague de suicides sans précédent depuis le début de l’année. « Ca a commencé après qu’une femme enceinte a été bousculée par les forces de l’ordre », a justifié le prévenu, vêtu d’un t-shirt noir à l’effigie de Pablo Escobar, l’ancien baron de la drogue colombien.

Ce « gilet jaune », mobilisé à tous les actes « sans jamais être interpellé pour violences », s’est défendu d’être « un délinquant », assurant même « avoir déjà aidé pendant des manifs des policiers à s’en aller car ils risquaient de se faire taper dessus ». « Mes paroles sont parties plus vite que mes pensées. (…) C’était la folie du moment », a-t-il ajouté, précisant ne pas être « l’instigateur » des cris.

« C’est le paroxysme de la haine »

Ces slogans avaient été vivement condamnés par la classe politique et les syndicats de policiers. « C’est le paroxysme de la haine, c’est d’une violence inouïe », a dénoncé Oriane Camus, l’avocate des policiers. « Cela a un effet dévastateur sur des policiers à bout depuis plusieurs mois », a-t-elle souligné. « Il n’y a aucun lien de cause à effet évident entre ce déferlement de propos haineux et une quelconque violence des policiers contre une jeune femme qui n’est pas du tout avérée », a observé le procureur.

« Il n’avait pas conscience de la gravité des mots. Son "Suicidez-vous", c’était un ras-le-bol, de voir ses amis blessés, de la violence, de l’injustice. Il a perdu son sang-froid pendant quelques minutes », a plaidé l’avocate de la défense Ingrid Theillaumas, demandant que son client « ne paye pas pour tous les autres ».

28 suicides de policiers dénombrés depuis le début de l’année

 

Le fléau des suicides au sein des forces de l’ordre revient régulièrement sur le devant de la scène à la faveur de brusques accélérations du nombre de passages à l’acte. Alors que 28 suicides de policiers ont été dénombrés depuis le début de l’année, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a installé lundi une cellule alerte prévention suicide (Caps).

Un rapport sénatorial remis en 2018 avait mis en lumière « un taux de suicide plus élevé que la moyenne nationale » chez les policiers, même en tenant compte des spécificités de cette population (population davantage masculine, jeune, ayant accès aux armes, etc.).