Corse: La série d’explosion? «Un coup de pression sur l’Etat et l’exécutif corse»

EXPLOSIONS EN CORSE Xavier Crettiez, spécialiste du nationalisme en Corse, voit la résurgence d’actes violents comme un moyen de pression sur l’Etat et l’exécutif Corse dirigé par les nationalistes

Adrien Max

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Des personnes brandissent le drapeau corse lors de la visite d'Emmanuel Macron sur l'île de beauté le 4 avril dernier.
Des personnes brandissent le drapeau corse lors de la visite d'Emmanuel Macron sur l'île de beauté le 4 avril dernier. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • Depuis début mars, la Corse connaît une recrudescence d’actes violents qui se matérialisent par des séries d’explosions, ou de tentatives, de résidences secondaires ou de lieux symboliques.
  • Le parquet anti-terroriste s’est saisi de plusieurs de ces actes.
  • Pour le spécialiste du nationalisme en Corse, Xavier Crettiez, ces actes violents sont un moyen de pression à la fois sur l’Etat, mais également sur l’exécutif corse dirigé par les nationalistes.

« La terre corse aux Corses ». Depuis près de deux mois, plusieurs incidents émaillent la Corse, au point que le parquet anti- terroriste s’est saisi de différentes affaires. Dans la nuit du 9 au 10 mars, six résidences secondaires ont été visées par des explosions commises à l’aide de bouteilles de gaz. Les explosions, survenues en Corse-du-Sud et en Haute-Corse ont provoqué de sérieux dégâts mais n’ont pas fait de blessé.

Elles sont intervenues alors même que plusieurs médias locaux annonçaient la venue d’Emmanuel Macron le 19 mars. Une visite qui a finalement eu lieu le 4 avril, alors que deux nouvelles résidences secondaires étaient détruites à Sagone (Corse-du-Sud) et Venzolasca (Haute-Corse) dans la nuit du 29 au 30 mars.

Résidences secondaires, cocktails Molotov et tags

Le 1er avril, ce sont deux charges explosives qui ont été retrouvées devant deux bâtiments des finances publiques à Bastia, trois jours avant la venue d’Emmanuel Macron sur l’île de beauté pour la dernière étape du Grand débat national. Le parquet anti-terroriste s’est immédiatement saisi de ces deux affaires.

Dans la nuit du 11 au 12 avril, le véhicule d’un ressortissant néerlandais séjournant régulièrement en Corse était détruit par une charge explosive. Dans la nuit du 12 au 13 avril, près de 200 cocktails Molotov étaient découverts dans un immeuble de Bastia, alors que le lendemain une manifestation rassemblait environ 1.000 personnes, selon la préfecture, pour dénoncer le sort réservé aux prisonniers nationalistes corses.

Mercredi dernier, une enquête était ouverte pour dégradation par inscription après la découverte de tags signés FLNC sur une gendarmerie, et sur un lycée et un collège. Le même jour le parquet anti-terroriste s’est à nouveau saisi d’une enquête après la nouvelle destruction d’une résidence secondaire sur laquelle était retrouvée l’inscription « la terre corse aux Corses ».

Des violences « modérées » comme moyen de communication

Si cette série d’explosions, ou de tentatives, peut faire penser aux heures les plus sombres de la lutte armée du Front national de libération corse (FLNC), le spécialiste de cette question Xavier Crettiez tempère : « Je ne pense pas qu’il s’agit d’une résurgence de la lutte armée, même si pour moi elle n’est pas totalement terminée. Là, on est très loin des grandes années du FLNC, dans les années 80, 90, voire 2000, où lors des nuits bleues près de 100 cibles étaient attaquées. Là, on parle de quelques cibles », considère-t-il.

Pour lui, ce recours à des formes de violences « modérées » ressemble à un coup de pression envers l’Etat. La proximité de ces actions avec la visite d’Emmanuel Macron coïncide d’ailleurs.

« Il s’agit d’une forme d’interpellation de l’Etat avec des procédés assez traditionnels de la part des nationalistes qui veut simplement dire qu’ils en veulent plus », analyse Xavier Crettiez.

Une forme de nostalgie

Si leur but initial est de s’affirmer face à l’Etat, Xavier Crettiez voit également dans cette série d’explosions, ou de tentatives, une autre forme de communication interne au sein de la mouvance nationaliste : « C’est aussi un moyen de faire pression sur l’exécutif corse incarné par Gilles Simeoni pour qu’il soit plus agressif envers Macron qui ne lâche rien. Et c’est une réalité, il n’a rien lâché jusqu’à présent. En procédant ainsi, ils contestent le pouvoir des nationalistes gestionnaires. »

Une certaine forme de nostalgie pourrait également s’être emparée de la base des militants nationalistes Corse.

« Certains regrettent les conférences de presse clandestines et certaines actions violentes. Mais les récentes actions relèvent de l’amateurisme. Soit ils ont fait exprès, soit il peut aussi s’agir d’une nouvelle génération qui ne maîtrise pas encore le savoir-faire », souligne Xavier Crettiez.

Gilles Simeoni, le président du conseil exécutif corse a d’ailleurs demandé à ce que « l’État change d’attitude et entende les attentes des Corses », dans une interview accordée au Point. Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, n’a pas donné suite aux sollicitations de 20 Minutes.