VIDEO. Incendie à Notre Dame de Paris: «Pourquoi pas une flèche contemporaine, si elle met en valeur la cathédrale»

INTERVIEW «20Minutes» a interrogé Patrick Palem, ancien patron et consultant de l'entreprise de restauration de monuments historiques Socra, qui va notamment rénover seize statues de Notre-Dame décrochées juste avant l'incendie

Mickaël Bosredon

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Patrick Palem, ex-PDG de l'entreprise Socra près de Périgueux, qui restaure notamment les statues des apôtres de Notre Dame de Paris.
Patrick Palem, ex-PDG de l'entreprise Socra près de Périgueux, qui restaure notamment les statues des apôtres de Notre Dame de Paris. — M.Bosredon/20Minutes
  • Architecte de formation, Patrick Palem a déjà rénové «plus de 5.000 monuments historiques.»
  • Il espère que les dons en faveur de Notre-Dame pourront aussi servir à d'autres monuments qui en ont besoin.
  • S'il ne se dit pas contre un geste architectural contemporain dans la reconstruction de la cathédrale, il demande qu'il mette en valeur Notre-Dame, pas l'architecte.

Ancien patron de l’entreprise Socra, près de Périgueux (Dordogne), dont il est toujours consultant, Patrick Palem est un spécialiste des monuments historiques. Il a à son actif « plus de 5.000 restaurations d’œuvres d’art », et commencera en juin celle des 12 apôtres et quatre évangélistes de Notre-Dame, statues que son entreprise avait décrochées quatre jours avant l’incendie de la cathédrale.

La Socra fait par ailleurs partie de la dizaine d’entreprises qui interviennent en ce moment sur la cathédrale, notamment pour enlever toute la « statuaire en pierre » et les éléments qui menacent de tomber. 20 Minutes a interrogé l’architecte de formation, concernant l’avenir de Notre-Dame.

Une tribune signée de plus de 1.000 experts demande au Président de la République de « ne pas se précipiter » concernant la reconstruction de Notre-Dame. Êtes-vous d’accord ?

Effectivement, la notion de précipitation ne sert à rien concernant des édifices aussi prestigieux et importants que Notre-Dame. Nous sommes dans un milieu patrimonial, où il y a des avis scientifiques à recueillir, des règles à respecter. En revanche, si l’on peut accélérer un peu par rapport aux délais habituels, surtout le processus décisionnaire, ce serait tout de même bénéfique.

Les sommes récoltées pour la reconstruction dépasseront peut-être le milliard d’euros. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ce mécénat est exceptionnel, et je m’en réjouis. On peut le trouver exagéré, mais beaucoup de choses sont dans la démesure aujourd’hui. Cela dit, et même si on note un attachement à nos monuments et à notre patrimoine de plus en plus fort, on sait que le problème principal, c’est de trouver du mécénat pour la petite église du Périgord, de Charente ou d’Auvergne…

A combien pourrait se monter le montant des travaux de Notre-Dame ?

C’est toujours difficile d’annoncer des montants de travaux. Maintenant, si l’on garde raison, et en fonction du type de reconstruction qui sera décidé, des matériaux que l’on choisira, je pense que 500 ou 600 millions d’euros pour restaurer la cathédrale, cela devrait être largement suffisant. Imaginez que le budget du ministère de la Culture pour l’ensemble du patrimoine français c’est moins de 300 millions d’euros par an. Là, on va avoir plus d’un milliard sur un seul édifice. Peut-être que cela pourra permettre de travailler sur d’autres monuments qui en ont besoin…

Que pensez-vous des projets de reconstruction que l’on voit passer, notamment de cette idée de réaliser une flèche contemporaine ?

Je pense que l’aspect esthétique jusqu’au bas de la flèche doit être respecté, à l’identique de ce qu’il était avant l’incendie. Que les matériaux utilisés à l’intérieur soient nouveaux, en revanche je n’y vois pas d’inconvénient. Ces bâtiments ont subi des restaurations successives au fil du temps, notre siècle peut aussi apporter une modification structurelle. Concernant la flèche, pourquoi pas reconstruire quelque chose de contemporain, mais à condition que cela reste humble. Il faudra que ce geste mette en valeur Notre-Dame, et pas l’architecte lui-même. Et cela risque d’être difficile de trouver le bon projet, qui soit à la fois symbolique et qui corresponde à notre époque.