Grève aux urgences: «On ne travaille pas dans un hôpital pour risquer sa peau tous les jours»

MOBILISATION Quinze jours après le début de la grève dans les services d’urgences des hôpitaux parisiens (AP-HP), le mouvement de contestation s’étend désormais à travers toute la France

Manon Aublanc

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Vingt-cinq services des hôpitaux parisiens sont en
Vingt-cinq services des hôpitaux parisiens sont en — KENZO TRIBOUILLARD / AFP
  • Le 15 avril dernier, 25 services d’urgences des hôpitaux de Paris (AP-HP) se sont mis en grève « illimitée » pour dénoncer des conditions de travail « insupportables ».
  • Nantes, Strasbourg, Lyon, Aix-en-Provence… Le mouvement s’étend désormais dans une dizaine de services d’urgences partout en France.
  • Les syndicats réclament notamment l’augmentation des effectifs, la hausse des salaires, mais également des mesures pour assurer la sécurité des urgences qui font face, ces derniers mois, à une hausse des violences.

Entamé le 15 avril dernier par vingt-cinq services d’accueil des urgences des hôpitaux de Paris (AP-HP), le mouvement de grève « illimité » gagne du terrain. Nantes, Mantes-la-Jolie, Aix-en-Provence, Lyon ou encore Strasbourg… Une dizaine de services d’accueil des urgences (SAU) ont déposé, en fin de semaine dernière, des préavis de grève, donnant au mouvement une dimension nationale.

Manque d’effectif, réduction des coûts, salaires bloqués, insécurité de plus en plus forte… Pour l’ensemble des services d’accueil des urgences en grève sur le territoire, les revendications sont les mêmes : des conditions de travail « insupportables » qui ne sont plus tenables pour le personnel médical. « Il y a des revendications locales, tel service aura besoin d’un personnel de sécurité, un autre de matériel plus adapté, de configuration des locaux. Mais dans tous les services d’urgences en France, il y a un manque d’effectif dû à une réduction des coûts depuis plusieurs années », déplore Aglawen Vega, la secrétaire générale de la CGT de l’hôpital Cochin (Paris).

« Il y a moins d’agressivité quand les gens sont pris en charge à temps et correctement »

« Si les services d’urgences de province ont décidé de suivre le mouvement, c’est qu’ils se sentent concernées par les revendications que porte le personnel de l’AP-HP », estime Yann Guittier, le secrétaire général de la CGT à l’hôpital Robert Debré. Et pour une grande partie du personnel, le manque d’effectif et la hausse des actes de violences sont étroitement reliés : « Plus il y a d’effectifs, moins il y a de problèmes d’insécurité. Il y a moins d’agressivité quand les gens sont pris en charge à temps et correctement, c’est évident », estime Aglawen Vega. Une idée que rejoint Roland, secrétaire à la CGT du CHU de Nantes, qui a rejoint le mouvement de grève : « Augmenter les effectifs, c’est le seul moyen de répondre à l’afflux des patients et de régler le problème de la violence ».

« Il y a des personnes qui patientent beaucoup trop longtemps, car on va peiner à leur trouver un médecin disponible, on va peiner à leur trouver un lit d’accueil. C’est cette situation qui conduit à des actes de violences », poursuit-il. « On a une distorsion totale entre les effectifs réellement présents aux urgences et la pression qui est mise par les patients. Et on ne donne pas aux urgences les moyens de répondre à cette pression », explique le secrétaire à la CGT du CHU de Nantes, où un des médecins s’est fait récemment agresser par un patient avec un extincteur. « Ce n’est plus possible. On ne travaille pas dans un hôpital pour risquer sa peau tous les jours, c’est simplement impensable. »

«C’est de plus en plus difficile de se loger et de manger avec un salaire d’infirmière»

Et le syndicaliste met en garde : « Si on laisse le système tel qu’il est, c’est dangereux pour les soignants, c’est dangereux pour les patients. Le personnel travaille dans la précipitation, le stress et l’affolement, c’est inconcevable. » Et si le personnel médical des services d’urgence doit mettre les bouchées doubles pour pallier le manque d’effectif, il n’est pas vraiment récompensé côté rémunération.

« Les effectifs n’ont cessé d’être réduits ces dix dernières années, avec des salaires bloqués depuis 15 ans. C’est de plus en plus difficile de se loger et de manger avec un salaire d’infirmière ou d’aide soignante dans l’hôpital public », déplore Aglawen Vega, qui a travaillé quinze ans aux urgences de l’hôpital Cochin comme infirmière. La syndicaliste estime que les salaires « sont indécents au vu du travail effectué par les soignants dans les services d’urgence ». A Paris, les deux syndicats Sud-Santé et CGT ont réclamé « une augmentation de salaire de 300 euros net ».

Le personnel espère avoir le soutien de la population

A l’instar des grèves d’enseignants, de cheminots ou de chauffeurs de taxi, le personnel hospitalier, lui, ne peut pas descendre dans la rue pour se faire entendre… Faute d’effectifs dans les hôpitaux pour s’occuper des patients. « La difficulté, c’est que quand on fait grève, ça ne se voit pas. On est assignés. Les cheminots bloquent les trains, les routiers bloquent les routes, mais nous, quand on est en grève, l’hôpital doit continuer de tourner. C’est compliqué pour nous de se faire entendre », explique Yann Guittier.

Et pour se faire entendre et obtenir une certaine « visibilité », les syndicats espèrent mobiliser la population. « On ne peut pas sortir et manifester, on doit continuer à s’occuper des patients. C’est pour ça que c’est important d’avoir le soutien de la population, qui, elle, doit venir manifester et soutenir en nombre », estime la secrétaire générale de la CGT de l’hôpital Cochin.