Les 12 apôtres de Notre-Dame ont été décrochés de la flèche de la cathédrale, quatre jours avant l'incendie.
Les 12 apôtres de Notre-Dame ont été décrochés de la flèche de la cathédrale, quatre jours avant l'incendie. — M.Bosredon/20Minutes

PATRIMOINE

VIDEO. Incendie à Notre Dame de Paris: Comment une entreprise de Dordogne a miraculeusement sauvé seize statues

Une entreprise de Marsac-sur-l’Isle a décroché les 12 apôtres et quatre évangélistes de la flèche de Notre Dame, quatre jours avant l’incendie

  • Cette intervention, en vue d’une restauration de ces œuvres, était prévue de longue date.
  • Les seize statues sont désormais entreposées dans un vaste hangar, dans la banlieue de Périgueux.
  • Après le chantier, elles pourraient être exposées à Paris.

Elles avaient été décrochées au début du mois d’avril pour être restaurées. Une intervention quasi miraculeuse. Quatre jours avant l’incendie de Notre Dame de Paris, l’entreprise Socra de Marsac-sur-l’Isle (Dordogne), spécialisée dans la restauration d’œuvres patrimoniales, avait procédé à un impressionnant démontage des douze apôtres de Notre Dame, et des quatre évangélistes, positionnés juste au pied de la flèche.

« Cette intervention était prévue de longue date, raconte Patrick Palem, consultant et ancien patron de la Socra, qui veille désormais scrupuleusement sur les seize statues datant du 19e siècle, soigneusement entreposées dans son immense bâtiment dans la banlieue de Périgueux. Ce planning nous aura permis de les sauver, car avec les températures de plus de 1.000 degrés enregistrées par endroits au moment de l’incendie, le cuivre se serait aplati, voire aurait fondu. »

Des éléments menaçaient de tomber

Cette restauration va consister à changer l’armature intérieure des statues, et à refaire une patine, noircie par la pollution. « Les structures en acier sont très abîmées, détaille Patrick Palem. Il s’est notamment passé un phénomène électrolytique entre l’acier et le cuivre, ce qui a eu pour effet d’oxyder l’acier, si bien que des éléments menaçaient de tomber. Nous allons faire une restauration à l’identique, tout en rajoutant du téflon qui permettra d’éviter par la suite cette électrolyse de l’acier. »

Certaines parties devront aussi être renforcées, car le cuivre a pu être déformé par des phénomènes météorologiques comme la grêle. « Ces statues n’avaient jamais été retirées, souligne-t-il, même si elles ont déjà été consolidées sur place. »

Cuivre repoussé

Un chantier somme toute assez classique pour la Socra. « C’est dans nos habitudes, d’autant que l’on connaît bien l’atelier qui a réalisé ces statues, l’atelier Monduit. Il a aussi fait la Statue de la Liberté à New-York, le Lion de Belfort de la place Denfert-Rochereau, les quadriges du Grand Palais, l’ archange du Mont Saint-Michel, bref, énormément d’œuvres en cuivre repoussé, et que l’on a restauré nous-mêmes pour la plupart. »

Architecte de formation, Patrick Palem est entré à la Socra en 1980. Il revendique quelque « 5.000 restaurations de monuments » à son actif, et insiste sur la technicité de ces œuvres. « On oublie parfois ce côté technicien, qui est pourtant remarquable. Le cuivre repoussé consiste à fabriquer une forme, et à travailler de l’intérieur pour réaliser les dessins, comme les visages de ces statues. Dans ce cas précis, on remarque une exagération des volumes – car ce sont des œuvres qui sont vues de très loin et qui doivent donc être un peu caricaturales – et si, de près, les visages font un peu peur, de loin ils prennent une certaine douceur. »

Le coq de la flèche viendra rejoindre les statues

Réalisées en quatre ans, les statues ont été installées en 1857, lors de la reconstruction de la flèche de la cathédrale, menée par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc. « Viollet-le-Duc s’est lui-même représenté parmi ces statues, en Saint-Thomas, qui est le protecteur des architectes. Sur des images, on voit sa statue regarder la cathédrale, quand les autres apôtres regardent Paris. »

Les travaux de restauration ne devraient pas démarrer avant le mois de juin. D’ici là, le coq de la flèche Notre-Dame aura rejoint les apôtres, comme cela était prévu. « On a cru qu’il était perdu, rappelle Patrick Palem, mais par chance il est tombé sur une terrasse, et a ainsi évité le brasier. Il a été récupéré. Evidemment sa chute a provoqué des déformations, mais on pourra le conserver. »

« Montrer qu’il y a encore quelque chose qui vit »

Quant à l’avenir de ces œuvres après leur restauration, Patrick Palem ne voit pas d’autre solution qu’une réinstallation sur place. « Cela me paraît impossible qu’elles ne soient pas repositionnées dans la cathédrale, quel que soit le projet de reconstruction qui sera retenu. Ce sont des œuvres qui, hors contexte, ont peu d’intérêt ».

Il se peut même que l’on demande à l’atelier périgourdin d’accélérer la cadence. « Il semble qu’il y a une volonté de les présenter rapidement à Paris. On a parlé d’une présentation à l’Hôtel-Dieu ou dans un musée, donc il va certainement falloir réaliser ce chantier en un an au lieu de deux. Je pense qu’il y a un intérêt, après ce terrible incendie, de montrer qu’il y a encore quelque chose qui vit. »