Défilés du 1er-Mai: La question de la «convergence» entre syndicats et gilets jaunes divise toujours

MOBILISATION Les manifestants ne sont pas tous sur la même ligne  

Nicolas Raffin

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Des gilets jaunes lors de l'acte 24 du mouvement, le 27 avril 2019 à Paris.
Des gilets jaunes lors de l'acte 24 du mouvement, le 27 avril 2019 à Paris. — Lewis JOLY/JDD/SIPA
  • Un défilé a réuni des syndicalistes et des « gilets jaunes » samedi à Paris.
  • La question de la « convergence » s’est déjà posée ces derniers mois.
  • Les « gilets jaunes » sont divisés sur l’opportunité de se joindre aux syndicalistes.

Le 1er Mai 2018 avait été marqué, a posteriori, par l’affaire Benalla. Le 1er Mai 2019 s’annonce lui aussi particulier, mais pas forcément pour les mêmes raisons. D’habitude, les syndicats sont en tête des différents cortèges pour défendre les acquis sociaux. Mais cette année, les « gilets jaunes » ont aussi coché cette date sur leur calendrier, en plus de leurs traditionnels « actes » qui se déroulent les samedis. Sur Facebook, les appels à manifester mercredi se multiplient, et font ressurgir la possibilité d’une « convergence des luttes ».

L’idée n’est pas nouvelle : en février dernier, plusieurs figures des « gilets jaunes » avaient soutenu l’appel à la grève générale lancé par la CGT. « Il faut que toutes les personnes qui soutiennent ce mouvement [des gilets jaunes] se mettent en grève parce que la seule chose qui fera plier le gouvernement sans violence, c’est de toucher à l’appareil économique (…) » expliquait à l’époque Maxime Nicolle, l’une des figures du mouvement. Cet appel avait finalement connu un succès assez limité.

Une convergence en région

Mais « l’acte 24 » du samedi 28 avril a redonné de l’élan à cette possibilité d’union. A Paris, sous le mot d’ordre « riposte générale », un cortège mêlant les gilets rouges de la CGT, les « gilets jaunes » et des représentants de partis de gauche a totalisé 5.500 personnes, selon le ministère de l’Intérieur. Patricia, une Parisienne de 65 ans « gilet jaune », a ainsi manifesté avec la CGT car elle est « pour la convergence des luttes ». Interrogée par l’AFP, cette institutrice retraitée « souhaite que tous les syndicats, partis, mouvements contestataires soient dans la rue pour une fédération du peuple, pour la justice sociale et fiscale. »

En région, la convergence du 1er Mai est déjà prévue. Ce sera notamment le cas à Besançon (Bourgogne-Franche-Comté). « [Les gilets jaunes] se rendent bien compte que l’organisation est quand même nécessaire. Que d’improvisation et que de laisser parler tout le monde, c’est bien. Sauf qu’après, s’il y a 60 millions de revendications, ça me paraît un peu compliqué » affirme Didier Gauthier, responsable local de la CGT, cité par l’Est Républicain. « Est-ce qu’on peut multiplier cela au niveau national ? » s’interrogeait samedi Amar Lagha, secrétaire général de la fédération CGT du commerce, au micro de franceinfo.

Méfiance chez les « gilets jaunes »

Sur les groupes Facebook des « gilets jaunes », la question divise. « Sans convergence, vous pouvez signer l’arrêt de mort du mouvement » écrit Sébastien. « Arrêtons les divisions, abonde Marie. On veut tous la même chose, le principal c’est de tous s’unir. Il n’y a que comme ça qu’on y arrivera. Quand les Français auront compris ça, ça ira mieux ».

Benoit se montre beaucoup plus méfiant. « Ça sent l’opération de la dernière chance pour les syndicats qui perdent leurs adhérents et leur notoriété surtout depuis le mouvement des gilets jaunes » commente-t-il. D’autres internautes se montrent encore plus incisifs, en rappelant que la CGT avait jugé que la mobilisation des « gilets jaunes », à ses débuts, était une « mobilisation d’extrême-droite ».

Cette défiance pourrait venir en partie du manque de présence syndicale sur le territoire. « Beaucoup de "gilets jaunes" sont dans des entreprises sans syndicats, reconnaissait, il y a quelques semaines, Céline Verzeletti, dirigeante confédérale à la CGT. Lorsqu’on discute avec eux, on voit que beaucoup ont une mauvaise image de nous. »