Près de 30% des avocates abandonnent la profession avant d’atteindre leur dixième année de carrière

CONDITIONS DE TRAVAIL Si toutes les spécialités sont touchées, les avocates en droit pénal, droit des affaires et droit de la famille sont particulièrement concernées

Manon Aublanc

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Une avocate sur deux aurait été victime de discrimination dans l'exercice de sa profession.
Une avocate sur deux aurait été victime de discrimination dans l'exercice de sa profession. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Si la profession d’avocat est réputée confortable dans l’esprit commun, dans les chiffres, la réalité est toute autre. Discriminations, sexismes, pression psychologique, différence de salaires… Selon les chiffres communiqués par la Caisse nationale des barreaux, près de 30 % des avocates décident de changer de voie avant d’atteindre leur dixième année de carrière, soit dix points de plus que leurs confrères masculins.

Si toutes les spécialités sont touchées, les avocates en droit pénal, droit des affaires et droit de la famille sont particulièrement concernées.

« L’associé pour lequel on travaille considère qu’il nous rémunère avec son propre argent »

Manon, 34 ans, a abandonné sa profession d’avocat en droit des affaires, après sept ans de carrière, mettant en cause la « déshumanisation », la « violence psychologique » ou encore des « associés omnipotents » au sein de son cabinet.

« "Ah, tu as un mariage ce week-end ? Et bien prends donc cet énorme dossier, tu bosseras dans le train". Plus on est dans des petites structures, plus le système est vicieux. L’associé pour lequel on travaille considère qu’il nous rémunère avec son propre argent. Et donc qu’on est corvéable à merci », a-t-elle raconté à France Inter. Après plusieurs ulcères et une fausse couche, Manon a quitté son boulot pour se reconvertir dans l’immobilier d’entreprise.

« La différence de revenus dégrade structurellement le statut de la femme »

Si la profession s’est largement féminisée ces dernières années, elle continue de « maltraiter les femmes », a expliqué Kami Haeri, avocat au Barreau de Paris, qui a rédigé un rapport sur l’avenir de la profession, remis en 2017 à la Chancellerie.

« La différence de revenus dégrade structurellement le statut de la femme (…) Dès l’instant où un écart se creuse, la valeur accordée à quelqu’un que l’on paie mieux sera nécessairement plus grande. Les missions qu’on lui confie, son épanouissement, seront aussi plus importants. Donc c’est un tout. Si on intègre une vraie culture de l’égalité dans notre profession, peut-être que la manière de parler aux uns et aux autres va changer », a-t-il détaillé.

Des comportements discriminants et maltraitants

Au-delà de la différence de revenus et de statut des avocates, par rapport à leurs confrères masculins, ce sont aussi les comportements discriminants et maltraitants qui découragent bon nombre d’avocates. En septembre dernier, un avocat parisien a été suspendu six mois pour agissements sexistes sur des stagiaires. Une suspension de neuf mois avait également été prononcée contre un avocat qui avait renvoyé une collaboratrice enceinte.

« Mais pour que l’Ordre des avocats puisse faire quelque chose, encore faut-il qu’il soit au courant », a expliqué Marie-Aimée Peyron, bâtonnière de Paris, à nos confrères. Cette dernière souhaite organiser une rencontre avec les avocats qui ont quitté la profession pour tenter de comprendre les difficultés rencontrées par certains.